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"Infamie, boulet, coup de poker"... la déchéance de nationalité vue par la presse étrangère

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PAR LUDOVIC PIEDTENU "François Le Pen" barre la Une de Il Manifesto le quotidien communiste italien.C'est "le titre le plus choc de la presse étrangère", selon nos confrères du Monde, qui l'ont mis en avant dès hier soir sur leur site internet."Les socialistes divisés, le FN exulte" résume le journal transalpin qui donne la parole à l'économiste français Thomas Piketty.Pour lui, "à l'incompétence économique, le gouvernement y ajoute l'infamie et se met à courrir derrière le Front national".

François Le Pen
François Le Pen Crédits : Il Manifesto / www.ilmanifesto.info

"La déchéance de nationalité est un nouveau boulet politique pour François Hollande" estime de son côté Richard Werly, correspondant à Paris du quotidien suisse Le Temps qui parle "d'un président-gaffeur".Notre confrère suisse reconnaît être "tombé dans le panneau" comme les autres médias laissant entendre l'abandon de la déchéance de nationalité dans son édition de mercredi. Dont acte. Une erreur qui en dit long, cela dit, sur les fractures au sein du gouvernement français, écrit-il, et sur l'autorité contestée de François Hollande, à qui sa Garde des Sceaux opposée à la mesure semble avoir tenté de forcer la main.""Qu'en déduire ? D'abord que la politique tactique a complètement repris ses droits, un mois et demi après les attentats du 13 novembre"."L'autre enseignement est qu'une fois encore, le curseur est placé en France sur des symboles plus que sur des mesures effectives.""Dans une France anxiogène, toujours propice à s'enflammer pour les combats idéologiques, la déchéance de nationalité ressemble, quoi qu'on en pense, à l'étincelle qui pourrait rallumer un mauvais incendie, à un an et demi des élections présidentielles de mai 2017" estime mon confrère suisse.GUILLAUME ERNER : Vu de Belgique à présent, Ludovic LUDO : Le président français « prend le risque de cabrer la gauche », écrit Bernard Delattre le correspondant de La Libre Belgique, qui souligne que la "cohérence" qu’invoque Manuel Valls pour justifier cette mesure "est relative"."Ce projet confirmé est, certes, dans la continuité de la promesse de François Hollande au Congrès de Versailles, mais il contredit à la fois les propos publics de la ministre de la justice, Christiane Taubira, mardi, et les confidences de Manuel Valls aux médias, ces jours-ci.""Quant à "l’unité" et à "la cohésion" revendiquées, elles sont factices. Des ministres étant opposés à cette réforme.""En somme, conclut-il, le chef de l’Etat tente un coup de poker. Il mise sur le fait que les voix qui lui manqueront à gauche pour voter sa réforme, il les trouvera à droite. Qui, parie-t-il, n’osera pas voter contre le cap ultra-sécuritaire de l’exécutif, qui est salué par l’opinion.""Symboliquement, le pari est lourd à porter."Dans la presse anglo-saxonne, le Wall Street Journal titre sur le "changement" en France.Le pays reconsidère "les principes qui soutiennent son identité nationale". L'Etat français "fondé sur la devise Liberté, Egalité, Fraternité s'adapte" à la menace.Angélique Chrisafis, correspondante du Guardian à Paris, titre son papier outre-manche, "Hollande accusé de trahir la République".Le reste de l'article est très factuel, très sobre.Coup d'oeil intéressant aussi à la presse du monde arabe.Nos confrère du Monde ont relevé l'analyse du site saoudien Arab News."C'est un cadeau idéologique au Front national" et le journaliste craint que l’extension de la déchéance de nationalité "n’isole les musulmans de France".Car, "première cible de la lutte contre le terrorisme", "les musulmans risquent de vivre dans la crainte de perdre leur nationalité", poursuit l’éditorial du site saoudien. Et de conclure : "Un tel changement de la Constitution ne fera que renforcer le statut de citoyens de seconde zone dont beaucoup de musulmans français ont souffert."Toute la presse étrangère ne tombe pas non plus à bras raccourcis sur le chef de l'Etat français et cette affaire de déchéance de nationalité, le New-York Times par exemple préfère parler de la "High-Society French Madam", Fernande Grudet, connu sous le nom de Madame Claude, décédée à l'âge de 92 ans, tenancière d'un réseau de call-girls de luxe dans les années 60-70, avec autour d'elle, les leaders du monde entier et les hommes d'affaires, une autre histoire de déchéance.

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