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L’Amérique plus divisée que jamais

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la tuerie d'Orlando est devenue, hier, le sujet central de la campagne présidentielle aux États-Unis.

En dépit des appels à l'unité lancés, dès le lendemain de la tuerie, par le journal local d'Orlando SENTINEL ou par son confrère USA TODAY, exhortant les Américains de toute religion et de toute orientation sexuelle à faire front ensemble, force est de constater que les réactions, tant dans le monde politique que dans les médias, montrent à quel point le pays est aujourd'hui plus que jamais divisé.

Faut-il seulement s'en étonner ? A lire THE WASHINGTON POST, jamais depuis le 11 septembre un drame de ce genre n’a réussi à rassembler le pays. Les catastrophes, comme celle-ci, semblent au contraire pousser plus encore la droite et la gauche chacune de leur côté. Il faut dire, que dans le cas présent, le même attentat concentre à lui tout seul trois sujets particulièrement propices au débat et à la controverse : les droits des homosexuels, le contrôle des armes à feu et le terrorisme. Quoi qu'il en soit, la nouvelle norme, quand la tragédie frappe, c'est que les Américains se divisent. Et pis encore, puisqu'il ne semble même plus possible d’examiner les causes et les solutions à de tels drames, écrit encore le quotidien de Washington. De sorte que la réponse apparaît embrouillée, alors même que la prochaine tragédie se rapproche. Preuve surtout, écrit toujours l'éditorialiste, que jusqu'ici, aucun décompte de victimes, aussi révulsant soit-il, ne nous a forcés à abandonner nos cul-de-sac idéologiques.

Et de fait, les premières réactions à la fusillade ont d’emblée confirmé cette crainte. Aussitôt après que Barack Obama a parlé d'acte de terreur et de haine, le candidat républicain à la présidence, Donald Trump, lui a reproché de ne pas avoir mentionné le caractère islamiste de l’attaque. Sur FOX NEWS, hier, le milliardaire a déclaré : «Soit Obama ne comprend rien, soit il comprend mieux que quiconque. C'est l'un ou l'autre. Et l'une des deux solutions est inacceptable.» Ou quand Donald Trump semble vouloir associer le président Obama aux extrémistes jihadistes, analyse à nouveau THE WASHINGTON POST. Une interprétation qui n'a pas plu, visiblement, au candidat républicain puisque celui-ci a qualifié le journal de « malhonnête et charlatan » et annoncé, dans la foulée, qu'il n'accréditerait plus les journalistes du quotidien de Washington.

Et voilà comment l’attentat d’Orlando pourrait désormais avoir un impact considérable sur la campagne présidentielle, gage de son côté la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Il y a longtemps, notamment, que Donald Trump a fait savoir le sort qu’il réserverait aux musulmans à l’heure du terrorisme islamiste si cela ne tenait qu'à lui : l'interdiction d’entrée sur le territoire. Et dans leur égarement, il est à craindre désormais que beaucoup d’Américains cessent de considérer les commentaires de Trump comme de vains bavardages et donnent raison, au contraire, à celui qui leur susurre à l’oreille des propos radicaux, même si ceux-ci sont en porte-à-faux total avec les valeurs des États-Unis et le droit en vigueur. Et pourtant, conclue LE TEMPS de Lausanne, si l'Amérique élit Trump en 2016, alors elle donnera chair à la thèse du choc des civilisations. Or les dirigeants de Daech, eux, ne demandent pas mieux.

Comme après chaque meurtre de masse, c’est principalement la question des armes à feu et de leur régulation qui ressurgit dans la presse

Plusieurs journaux soulignent que le fusil d’assaut utilisé par Omar Mateen est le même qui a servi à tuer 14 personnes à San Bernardino en décembre 2015, mais aussi 20 enfants et 6 adultes à l’école Sandy Hook de Newtown en 2012 ou bien encore 12 spectateurs dans un cinéma d’Aurora, toujours en 2012. Bref, l’arme de choix des tueurs de masse, résume en un titre THE BOSTON GLOBE.

A elle seule, cette arme illustre pourquoi les lois américaines sur les armes rendent les vies des Américains sans valeur, renchérit de son côté THE NEW YORK TIMES, avant d'ajouter : l’auteur de la tuerie démontre que le mélange des idéologies de l’organisation de l’État islamique et de la NRA (le principal groupe de pression en faveur des armes à feu aux États-Unis) est puissant. Merci la NRA, écrivait d'ailleurs en Une, dès hier, THE DAILY NEWS, avant de s’adresser directement en ces termes à l’organisation : à cause de votre opposition continue à l’interdiction du fusil d’assaut, les terroristes, comme ce malade, peuvent légalement acheter une machine à tuer et perpétrer la pire tuerie de masse de l’histoire américaine. Même sentiment au LOS ANGELES TIMES, pour qui la NRA a du sang sur les mains, de même que tous ceux au Congrès qui ont contribué à rendre ce pays plus dangereux.

A ce titre, d'ailleurs, ne supportant pas de voir un certain nombre d’hommes politiques (sénateurs ou députés) présenter leurs condoléances aux victimes de la tuerie d’Orlando et à leurs familles, alors même qu’ils ont bénéficié du soutien du puissant lobby pro armes, un membre d'un institut à Washington qui milite contre le port d’arme a choisi de les dénoncer un à un, en donnant notamment les montants de financement dont ces élus ont bénéficié de la NRA. Le président de la chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, a touché 35 000 dollars de la NRA. Quant au chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitchell McConnell, la NRA a lâché 992 000 dollars pour sa réélection.

Toujours est-il qu’avec la tuerie de masse de dimanche (la plus meurtrière depuis le 11-Septembre), Barack Obama possède désormais avec ses deux mandats le bilan le plus négatif de l'utilisation des armes à feu pour un président en exercice, précise le magazine SLATE : 287 morts répartis en 33 tueries. Paradoxalement, le chef de l'État a toujours œuvré pour une régulation accrue des armes à feu. Mais le combat d'Obama est perdu d'avance. Et en attendant, conclue THE GUARDIAN, la terrible vérité c'est que la société américaine est plus vulnérable que d’autres à ce genre d’attaques parce qu’elle croit que la liberté exige un accès facile et généralisé aux armes.

Par Thomas CLUZEL

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