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L'Autriche vote dimanche pour élire son président

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Un scrutin qui risque de virer au fiasco pour les grands partis de gouvernement.

Pour la première fois depuis 1945, le président de la république en Autriche pourrait ne pas être issu de l'un des deux grands partis de gouvernement qui se partagent le pouvoir depuis la fin de la guerre : les Conservateurs de l'ÖVP, le Parti Populaire et les Sociaux-Démocrates du SPÖ.

Alors que ces deux partis gouvernent ensemble dans une coalition comme en Allemagne, les favoris des sondages sont comme nous l'apprend The Local Austria, un écologiste et un candidat d'extrême droite.

L'ancien président des Verts, Alexander Van Der Bellen 72 ans est en tête des intentions de vote avec 26% juste devant Norbert Hofer du FPÖ, le Parti de la Liberté, 24%. Le FPÖ étant dans le même groupe que le Front National au Parlement européen.

Et même si le rôle du Président de la république est essentiellement symbolique en Autriche, Channel News Asia à Singapour, nous rappelle qu'il peut cependant depuis le palais Hofburg, ancienne résidence d'hiver des Empereurs de la maison des Habsbourg, démettre le gouvernement et être le chef des armées, dans un pays, il est vrai, neutre depuis la chute du nazisme.

Mais ce rejet massif des partis de gouvernement interpelle un expert cité par Channel News Asia. D’après lui, ce rejet est accentué par le fait qu'en Autriche l'élection présidentielle a moins d'importance que les législatives et que ce scrutin peut donc servir de défouloir aux électeurs qui ont envie de donner une leçon aux hommes politiques.

Même si comme le signale le portail internet Euractiv.com, basé à Bruxelles, Robert Marschall, un politicien qui souhaitait la sortie de l'Autriche de l'Union européenne n'est pas parvenu à obtenir le nombre suffisant de parrainages pour se présenter au scrutin malgré un discours contre l'immigration, souverainiste et que Richard Lugner, 83 ans, le Donald Trump autrichien, entrepreneur ayant fait fortune dans la construction, marié à une ancienne play mate de 24 ans, qui lui a obtenu ses signatures, stagne dans les intentions de vote à 9%.

Mais il faut préciser que l'espace politique populiste, europhobe, islamophobe et anti-immigrés est déjà occupé par le FPÖ

La crise des migrants a largement occupée la campagne en particulier de l'extrême droite...

Comme le rappelle le président de la république actuelle, le social-démocrate Heinz Fischer, cité dans le quotidien britannique le Daily Express, l'Autriche a enregistré l'an passé 88 000 demandes d'asile pour

82 000 naissances pour une population de 8 millions et demi d'habitants.

Qu'un chef de l'état social-démocrate fasse ce genre de déclaration démontre bien la panique qui s'est installé au sein de la coalition droite-gauche en Autriche au fur et à mesure que l'extrême-droite s'est emparé du dossier des migrants.

Le Financial Times évoque une vague lente mais inexorable dans la vie politique autrichienne en faveur de l'extrême-droite. Une vague qui se nourri de la crise des migrants mais également de la baisse de confiance dans les partis politiques traditionnels. Pour les prochaines législatives, prévues en 2018, les sondages donnent même 30% d'intentions de vote en faveur du FPÖ. D'ailleurs, le FT ne voit pas comment il sera possible dans un système à la proportionnelle, si rien ne change d'ici là, d'éviter le retour de l'extrême droite dans une coalition après ces législatives de septembre 2018.

En attendant, en ce qui concerne la présidentielle de dimanche, comme en France avec le FN, le FPÖ risque de se heurter au second tour à un plafond de verre, car il aura toujours contre lui, pour le Financial Times, une majorité d'Autrichiens modérés.

Le FT estimant cependant qu'en comparaison avec le Front National en France, le Parti de la Liberté aux Pays-Bas, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède ou UKIP au Royaume-Uni, le Parti de la Liberté autrichien est le plus proche des arcanes du pouvoir, d’autant plus qu'il a déjà participé à des majorités en 1983 et entre 2000 et 2006.

Donc, si la droite et la gauche sont disqualifiées et que l'extrême droite n'a pas assez de réserves pour remporter le second tour, qui pour être président ?

Alexander Van Der Bellen sera-t-il le premier chef d'état écolo d'Europe ? demande la Libre Belgique. En faisant d'ailleurs une petite erreur, puisque le président actuel de la Lettonie, Raimonds Vejonis, est co-président des Verts Lettons, un parti qui avait déjà eu un premier ministre.

Mais au delà de cette précision, Alexander Van Der Bellen est effectivement légèrement en tête des intentions de vote. Universitaire, professeur d'économie et de finances, cet homme posé et réfléchi a débuté sa carrière politique dans les rangs du Parti Social-Démocrate avant de rejoindre les Verts en 1992, un parti qu'il a longtemps présidé, même s'il se présente en candidat indépendant.

Et si c'était une femme au final ?

Car la surprise pourrait également venir d'Irmgard Griss.

Die Presse nous présente cette ancienne présidente de la Cour Suprême, qui se présente également en indépendante, même si elle est soutenue par les Libéraux de Neos, un nouveau parti centriste fondé en 2013.

Pour le quotidien viennois, Irmgard Griss troisième dans les sondages pourrait bien être la première au final.

Première candidate à obtenir les 6 000 signatures nécessaires pour se présenter, première sur les bulletins de vote, grâce à l'ordre alphabétique, elle pourrait bien devenir la première femme présidente de la république en Autriche.

D'après les journaux autrichiens Heute ou Östereich 24, elle s'en est très bien sorti lors du dernier débat télévisé hier soir, malgré une ambiance orageuse et des petits coups bas et des grandes attaques verbales.

L'Autriche, comme une grande partie de l'Europe gronde et s'inquiète à chaque scrutin.

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