LE DIRECT
Le président américain Barack Obama au sommet de l'OTAN

L'ennemi qui venait de l'Est

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. L’OTAN a décidé d'envoyer quatre bataillons en Europe, provoquant la colère de Moscou. De son côté,Pyongyang menace d'une "action physique" après la décision de Washington et Séoul de déployer un bouclier antimissiles sur la péninsule.

Le président américain Barack Obama au sommet de l'OTAN
Le président américain Barack Obama au sommet de l'OTAN Crédits : Jonathan Ernst

A l'ouverture, vendredi dernier, du sommet de l'OTAN à Varsovie, le quotidien moscovite NEZAVISSIMAÏA GAZETA avait titré : la guerre froide commence aujourd’hui. Eh deux jours plus tard, force est de constater que le journal n'avait pas tout à fait tort de se montrer inquiet. A l'issue de cette rencontre, l'Alliance a en effet décidé de déployer quatre bataillons en Pologne et dans les Etats baltes, un défi sans précédent envers la Russie depuis la fin, précisément, de la Guerre froide. Hier, tout en dénonçant la focalisation de l'Otan sur une menace russe qui, selon lui, n'existe pas, le ministère russe des Affaires étrangères a reproché à l'Alliance de continuer de voir le monde politico-militaire à travers une sorte de miroir déformant. En revanche et face à cette situation, prévient aussitôt le journal moscovite, Moscou ne peut pas non plus faire dans la dentelle. A présent, dit-il, tout ce qui se passe aujourd’hui à nos frontières est considéré comme facteur de déstabilisation, auquel il est impossible de ne pas réagir de manière symétrique, et Moscou prend déjà des mesures de dissuasion stratégique.

En clair, cette remilitarisation n'est sans doute pas le meilleur moyen aujourd'hui de calmer le jeu, pour revenir à la normale de manière pacifique, note le journal de Copenhague POLITIKEN. En inaugurant quelques bases militaires et en faisant tourner 4 000 soldats en Pologne et dans les États baltes, on sort l'artillerie lourde, constate de son côté DIE PRESSE à Vienne. Ce qui fait dire à nouveau au journal NEZAVISSIMAÏA GAZETA que la Russie et les pays réunis sous la bannière de l’Otan se trouvent désormais en état de guerre, avant de préciser : de guerre froide, heureusement, pour l’instant du moins.

Bien sûr, le dialogue n’est pas pour autant totalement rompu entre l’Est et l’Ouest, et un conseil Otan-Russie aura même lieu dans la foulée du sommet de l’Alliance, rappelle le quotidien MOSKOVSKI KOMSOMOLETS. Reste qu'à lire le journal tchèque HOSPODARSKE NOVINY, une menace venue de l'Est existerait bel et bien aujourd'hui. Après la guerre froide et la désagrégation de l’Union soviétique, on a eu l’impression, pendant quelques années, que le risque d’une attaque de l’Europe était moindre. Mais voici que ressurgissent les vieux démons, dit-il. En effet, comment comprendre autrement, par exemple, les déclarations des experts militaires de Moscou quand ils disent que deux à trois jours suffiraient aux soldats russes pour prendre le contrôle des États baltes ? Et ce faisant, il serait déroutant et même contre-productif de se demander à nouveau qui, de l’OTAN ou de l’Union Européenne, serait le plus en mesure de garantir la sécurité européenne. Car à moyen terme, sur le plan militaro-stratégique et géopolitique, on ne pourra pas se passer des États-Unis. Même si Washington insiste pour que l’Europe assume un peu plus sa sécurité et sa défense, les États-Unis vont donc déployer 1000 soldats, dès l’an prochain, en Pologne. A la fin de l’année dernière, ils s’étaient déjà engagés à envoyer trois brigades de 12 000 hommes en Europe de l’Est face à une Russie dite «agressive». Au total, 62 000 militaires américains sont actuellement stationnés en Europe.

Non contents de raviver la guerre froide avec l'Ours russe, les États-Unis viennent également de lancer un nouveau front en Asie

Au même moment où le président Barack Obama était à Varsovie, pour organiser le déploiement de troupes américaines en Pologne et dans les pays Baltes, le Pentagone annonçait lui s’être mis d’accord avec la Corée du Sud pour installer un bouclier antimissiles hyper sophistiqué sur son territoire. Officiellement, Washington et Séoul ont expliqué cette initiative par leur volonté de contrer la montée en puissance de la Corée du Nord. Évidemment Pyongyang, coutumier des déclarations belliqueuses, a aussitôt qualifié les actions américaines ou sud-coréennes de déclaration de guerre, précise THE GUARDIAN. Ce matin, l'armée nord-coréenne a même annoncé qu'elle répondrait par "une réponse physique" à l'initiative des États-Unis et de la Corée du Sud.

Mais davantage qu'avec la Corée du Nord, les répercutions pourraient être plus problématiques encore avec deux super puissances, qui reprochent à Washington de vouloir ainsi montrer ses muscles dans la région. Car la vérité, précise LE TEMPS de Lausanne, c'est que la Corée du Sud n’a pas besoin d’un dispositif aussi puissant pour s’opposer à son voisin du nord. Ce qui signifie que le déploiement de ce bouclier ne peut s’expliquer autrement, en réalité, que par le désir de Washington de renforcer ses capacités militaires face à l’Extrême-Orient russe et, plus encore, face à la Chine. Avec leurs nouveaux moyens radars, les États-Unis pourront en effet capter plus finement que par le passé les activités de leur principal rival sur la scène mondiale, et notamment dans la zone où ils craignent le plus sa progression, c'est-à-dire, la mer de Chine du Sud.

Le Ministère russe des affaires étrangères n’a d'ailleurs pas tardé à dénoncer cet accord. «Ce système de défense antimissiles tend à porter atteinte à l’équilibre de la région», a-t-il expliqué. Et son équivalent chinois n’a pas été en reste, en exprimant «sa forte désapprobation et sa ferme opposition». Bien entendu, de telles réactions allaient de soi. Mais le risque désormais, c'est que les autorités chinoises réagissent à l’initiative américaine en renforçant leur propre arsenal, par exemple, en se dotant de plus de missiles balistiques et de plus de sous-marins nucléaires. Ce faisant, la région, dont les dépenses militaires connaissent déjà une forte hausse, se retrouverait alors piégée dans une redoutable course aux armements, conduisant tout droit à un monde de paix belliqueuse, autrement dit, l'autre nom donnée à la guerre froide.

Par Thomas CLUZEL

Chroniques

8H20
3 min

Le Billet politique

Le Billet politique : Lundi 11 juillet 2016

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......