LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La chancelière allemande Angela Merkel.

L’esprit européen ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : à Bruxelles, les dirigeants européens vont tenter d'arracher un compromis d'ici à vendredi pour ne pas mettre en péril l'unité d'un bloc menacé par la pire crise migratoire de son histoire.

La chancelière allemande Angela Merkel.
La chancelière allemande Angela Merkel. Crédits : Yves Herman

La réunion des dirigeants européens qui doit s'ouvrir aujourd'hui et s'achever en principe demain, devra répondre en somme à une question : faire le tri entre les entrants et les sortants, le tout sans mettre en péril l'unité de la famille européenne minée par de nombreuses divisions. Au menu, tout d'abord, comment éviter le « Brexit », comprenez la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Nous l'évoquions hier. Et puis au dîner, les 28 devront également aborder la question des migrants, avec l'ambition d'appliquer les décisions prises à l'automne dernier pour endiguer les flux, comprenez un mécanisme permanent de répartition des réfugiés en liaison avec la Turquie. Or si dans le premier cas, David Cameron peut espérer obtenir le meilleur accord possible afin de gagner le référendum sur le maintien de son pays dans l'UE, dans le second cas, Angela Merkel arrive, elle, affaiblie à Bruxelles.

A chaque jour qui passe, la chancelière allemande semble en effet de plus en plus isolée. Dernier exemple en date, l'Autriche, avec laquelle l'Allemagne avait pourtant agi en tandem pendant des mois sur la question des réfugiés a décidé de durcir sa politique. Hier, après avoir déjà décidé la veille d'introduire des contrôles généralisés à ses frontières, elle a prévenu qu'elle limiterait à partir de demain l'entrée des migrants sur son territoire à 80 demandeurs d'asile par jour et à 3.200 personnes en transit. Pour le quotidien de Vienne DIE PRESSE, ce n’est là rien de moins que la fin de la culture de l’accueil. A présent, écrit le journal, le gouvernement dit clairement que les frontières sont plus que de simples lignes sur une carte.

Même Paris semble ne plus vouloir soutenir la chancelière.

A deux reprises en fin de semaine dernière, le premier ministre français a répété son «non» au plan d’Angela Merkel, c'est-à-dire à une répartition des réfugiés syriens entre les différents pays membres de l’Union européenne. Une fin de non-recevoir, note LE TEMPS de Lausanne, qui a d’autant plus irrité Berlin que le premier ministre français se trouvait en Allemagne lorsqu'il a choisi de critiquer ainsi ouvertement la politique d’Angela Merkel. Un affront pour le moins peu diplomatique. Même la France nous lâche, se désole notamment le quotidien BILD. Ou dit autrement, selon son confrère TAGESZEITUNG, le gouvernement de Berlin aurait au moins pu espérer de la part de la France un peu plus de solidarité. C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses vrais amis. Mais visiblement, la serviabilité française a ses limites.

Hier, Manuel Valls a tenu tout de même à relativiser ses propos, assurant que la France allait continuer à travailler de manière très étroite avec l’Allemagne. Reste que sans l’appui indéfectible de son plus proche partenaire, Paris, il sera difficile à Angela Merkel de faire passer son projet à Bruxelles.

Quel est le projet défendu par l’Allemagne ?

Angela Merkel propose de convaincre la Turquie de contrôler ses frontières, en échange d’un chèque de 3 milliards d’euros et de contingents de demandeurs d’asile syriens que des pays volontaires accepteraient de recevoir. Sauf que la liste de ces pays volontaires, justement, ne cesse de se réduire: l’Autriche, jusqu’alors le plus grand soutien de Berlin sur le terrain, vient de décider de plafonner les entrées sur son territoire. Et avant elle, le Danemark et la Suède ont décidé de fermer leurs portes aux réfugiés. Et puis pour ne rien arranger, mardi, l'alliance créée il y a vingt-cinq ans par la République tchèque, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie pour accélérer leur intégration au sein de l’UE a présenté son propre plan B : la fermeture de la route dite des Balkans, à l’aide notamment de nouveaux barbelés entre la Grèce et la Macédoine.

Et c'est ainsi que de nombreux commentateurs, tout en pointant l'isolement à présent de la chancelière au sein de l'Europe, comme l'écrit le quotidien SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, pointent aussi l’égoïsme des Européens de l'Est. Fermer la frontière gréco-macédonienne reviendrait à isoler la Grèce et donc à entamer durablement la cohésion européenne, redoute notamment le quotidien de Vienne DIE PRESSE. Si cette idée devait s’imposer, on sera certes débarrassé du maillon faible de l’Union, comprenez la Grèce, mais c’en sera également fini de la cohésion européenne. Or si la Hongrie et la Slovaquie se réjouissent aujourd’hui du fait d’avoir encore moins de migrants musulmans à accueillir qu’auparavant, le jour viendra où ces pays auront eux-mêmes besoin d’aide, face à la perspective de vagues de réfugiés venus de l’Est ou d’autres crises. Sauf que ce type de solidarité n’existera plus, car plus aucun pays de l’UE ne se fiera aux autres. Même analyse pour son confrère de Sofia STANDART dont le pays, la Bulgarie, a refusé de participer à ce plan B. Ce plan, dit-il, recèle plusieurs dangers. D’une part, il nuirait considérablement aux relations économiques dans les Balkans. Et d'autre part, il pourrait générer un climat politique délétère. En clair, l'UE, confrontée aux nombreux autres problèmes de la région, aurait alors un prétexte pour renoncer à assumer ses responsabilités. Et le quotidien d'en conclure : il est évident que seule une action paneuropéenne permettra de résoudre la crise des réfugiés.

Que faut-il attendre de ce sommet à Bruxelles ?

Une chose est sûre, toute seule, l'Allemagne ne pourra pas poursuivre sa politique des frontières ouvertes. Du moins, écrit la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, pas contre des partenaires pour qui la crise des réfugiés est avant tout le problème des Allemands. Et si Angela Merkel ne parvient pas aujourd'hui à convaincre ses partenaires, s'inquiète le portail de blogs roumain CONTRIBUTORS, alors il ne restera plus à l’Allemagne qu’à fermer à son tour ses propres frontières. Pour dire les choses clairement : l’accord de Schengen ne sera pas aboli, mais dans la bonne tradition européenne, on approuvera un certain nombre de modifications et on adoptera des réformes qui rendront le texte méconnaissable. Pour finir, le tout sera présenté au public comme une grande réussite de négociations, dans l’esprit européen. Mais en vérité, Schengen 2 sera le premier pas vers la fin de l’âge d'or de l’Union Européenne.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......