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Opération des forces irakiennes contre l'EI près de Falloujah

L’heure de l’offensive générale contre Daech a-t-elle sonné ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les forces d'élite irakiennes s'apprêtent à entrer dans Fallouja pour en chasser le groupe djihadiste État islamique, cible d'une autre offensive majeure en Syrie voisine.

Opération des forces irakiennes contre l'EI près de Falloujah
Opération des forces irakiennes contre l'EI près de Falloujah Crédits : Alaa Al-Marjani

Aussi bien à Falloujah (à l’ouest de la capitale irakienne), qu’à Raqqa (la «capitale» syrienne du califat autoproclamé), des armadas sont aujourd’hui à l’œuvre contre les positions de Daech. Les forces anti-djihadistes, soutenues par les États-Unis, tant en Irak qu'en Syrie, avancent dans leurs offensives contre l'EI. Reste que si les deux attaques pourraient représenter un nouveau coup dur pour les islamistes, elles présentent néanmoins des risques. Et tout d'abord pour les civils. Des témoins parlent de regroupements forcés de la population, afin de servir de boucliers humains aux combattants de Daech. Et puis les deux opérations simultanées sont également lourdes de dangers dans le capharnaüm régional, en ce sens que face à ces deux bastions d’un même «califat» (Falloujah d'un côté et Raqqa de l'autre), se trouvent deux coalitions, en réalité, très différentes l'une de l'autre, précise LE TEMPS de Lausanne. Contre le premier bastion (Falloujah) c’est l’armée irakienne qui a lancé la charge, entourée principalement de milices chiites sous les ordres de l’Iran. Et puis contre le second bastion (Raqqa), là c’est une autre constellation qui est à l’œuvre. Ici, ce sont avant tout les combattants kurdes qui sont en première ligne.

Or si les coalitions en présence sont divergentes, il existe pourtant une constante : ni les chiites en Irak, ni les kurdes en Syrie, n’ont particulièrement bonne presse auprès des populations sunnites qu’ils sont aujourd’hui censés libérer des griffes des djihadistes. Par le passé, en Irak autant qu’en Syrie, c’est une population sunnite largement trahie et laissée pour compte qui a, en partie, ouvert les bras aux troupes conquérantes de l’organisation État islamique, ou du moins, qui n’a pas arrêté leur progression. Ce qui signifie que Falloujah et Raqqa une fois «libérées» et soumises aux vainqueurs, les Américains, en particulier, auront fort à faire pour que le manège infernal ne redémarre pas pour un tour supplémentaire. Car les États-Unis sont, en effet, solidement installés derrière ces deux offensives. En Syrie, le Pentagone a déclaré que les militaires américains avaient une mission de «conseil et d’assistance» auprès des kurdes. Sauf que des forces spéciales américaines ont été vues sur place. La Turquie a, d'ailleurs, dénoncé l'«hypocrisie» des États-Unis, en évoquant la présence de ces soldats américains, dont certains arboraient l’insigne de la milice kurde, considérée comme «terroriste» par Ankara. Et puis en Irak, on a senti récemment le porte-parole du Pentagone pour le moins gêné, à l’heure d’annoncer la mise à disposition d’hélicoptères américains de combat Apache, pour aider à la victoire des combattants irako-iraniens.

Cette communication déficiente de la Maison-Blanche, sinon ce manque de transparence, parfois, irrite. Il faut dire que pour Barack Obama, la question de l’implication de l’Amérique en Irak et en Syrie est délicate. Le démocrate a été élu à la Maison-Blanche en promettant, notamment, de retirer les forces américaines d’Irak et d’Afghanistan. Et puis il est convaincu que ce n’est pas l’Amérique qui résoudra, seule, le problème syrien, en lançant une vaste opération terrestre à la manière de l’invasion de l’Irak en mars 2003. Cela ne signifie pas que les États-Unis ne font rien. Mais ils évitent une trop grande publicité.

Les États-Unis entendent toujours liquider le chef de l’organisation État islamique

Du Pentagone à la CIA en passant par la Maison Banche, il est une chose, en revanche, dont on ne fait pas mystère, le «calife» de l’État islamique, Abou Bakr al-Bagdadi, figure en tête de liste des personnalités à abattre. Et à ce titre, comme Oussama ben Laden avant lui, il est donc aujourd'hui l’objet d’une traque sans merci. Le mensuel américain THE ATLANTIC le rappelait encore le mois dernier, dans le long portrait qu’il lui a consacré : tuer le soi-disant calife de l’EI est l’un des objectifs majeurs de l’appareil américain de sécurité nationale, en cette dernière année de l’ère Obama. Son confrère THE WASHINGTON TIMES rapportait même, il y a peu, une série d’occasions où l’armée américaine l’aurait eu à portée de tirs : trois fois à Raqqa et à plusieurs reprises lors de déplacements. Alors information ou désinformation ? La question se pose. D'autant que le quotidien américain a publié plus d’une nouvelle erronée, ces dernières années, dans le domaine du renseignement.

Un fait semble néanmoins largement admis : le chef de l’État islamique a bien été grièvement blessé l’an dernier. La nouvelle a mis du temps à filtrer, comme il se doit dans ce genre de circonstances. Et lorsqu’elle est sortie, elle est encore restée longtemps imprécise. Mais à présent, le journal de Londres THE GUARDIAN, connu pour sa rigueur et son indépendance, estime pouvoir en donner une version solide, après avoir consulté de nombreuses sources bien placées. Selon le quotidien, Abou Bakr al-Baghdadi a été grièvement blessé au bas du dos en mars 2015, alors qu’il se trouvait près d'une localité irakienne, située le long du Tigre, à mi-chemin de Tikrit et de Mossoul. Il aurait alors été transféré en zone tribale sunnite, pour y être soigné, puis y passer une convalescence de plus de six mois.

Désormais, le «calife» de l’organisation État islamique paraît de retour. D’après les témoignages, toujours recueillis par THE GUARDIAN, il se déplacerait constamment de part et d’autre de la frontière irako-syrienne et aurait été repéré à Mossoul. «Il est soutenu là-bas par les tribus», explique un militaire dans les colonnes du journal. «Les gens sont très loyaux envers lui. Nous savons quand il est en ville. Ces jours-là, tous les téléphones cellulaires sont confisqués plusieurs heures avant son arrivée. Aucun appel ne doit alors être lancé.»

Le chef djihadiste est donc de retour et les États-Unis ne cachent pas leur intention de l’abattre. Mais pour quel résultat ?, interroge à nouveau LE TEMPS. Ce genre de traques a deux objectifs. Le premier, tactique, est la liquidation de la cible. Le deuxième, stratégique, est l’affaiblissement du camp adverse. Or, ce but-là est évidemment le plus difficile à atteindre. Rien ne dit, en effet, que la mort du «calife» pénaliserait l’organisation État islamique. L’EI compte aujourd'hui plus d’un cadre susceptible de prendre sa tête. Et d'ailleurs, lorsqu’Abou Bakr al-Bagdadi s’est retrouvé alité pendant des mois, il a été remplacé sans problème par son second, Abou Alaa Afri, un dirigeant que le chercheur irakien Hisham al-Hashimi, interrogé toujours dans les colonnes du TEMPS, décrit même comme supérieur, à la fois charismatique, excellent orateur et organisateur hors pair.

Par Thomas CLUZEL

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