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Manifestation à Manchester contre la politique migratoire des Etats-Unis

La chasse aux immigrés

5 min
À retrouver dans l'émission

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Amnesty International fustige les discours haineux de plusieurs dirigeants mondiaux «diabolisant» certains groupes désignés comme boucs émissaires. Une rhétorique «toxique» qui rend le monde plus dangereux.

Manifestation à Manchester contre la politique migratoire des Etats-Unis
Manifestation à Manchester contre la politique migratoire des Etats-Unis Crédits : JONATHAN NICHOLSON / NURPHOTO - AFP

« Ils ne font rien d’autre que détruire nos bâtiments, vendre de la drogue à nos jeunes et prostituer nos femmes ». Ce message inscrit sur une pancarte dans un quartier à l’ouest de Pretoria résume bien le regain de xénophobie en cours depuis deux semaines en Afrique du Sud, rapporte THE MAIL & GUARDIAN. De quoi réveiller les vieux démons du pays, s'inquiète son confrère CITY PRESS, comprenez la guerre des pauvres contre des pauvres. Et cette haine de l'étranger ne se contente pas de cracher son venin sur des pancartes placardées dans les rues. A lire le quotidien de Lagos THE GUARDIAN, lequel dit s'appuyer sur des rapports du gouvernement, plus de 116 Nigérians ont été assassinés au cours des deux dernières années dans des circonstances inexplicables, par des citoyens sud-africains voire par des fonctionnaires de l’État. Et le journal, cité par le Courrier International, d'ajouter : Personne ne s’attendait à ce qu’une Afrique du Sud démocratique se comporte comme l’ancien État de l’apartheid.

Et c'est, d'ailleurs, ce qui inquiète le plus aujourd'hui l'organisation Amnesty International, laquelle publiait hier son rapport annuel résumant les atteintes aux libertés dans le monde. Que des dictatures se fassent épingler par l'ONG, personne ne s'en étonnera. Le problème c'est que de plus en plus de démocraties y occupent, aussi, une place de choix. En 2016, partout, l’utilisation cynique des discours rejetant la faute sur les « autres » et distillant la peur a atteint des niveaux inégalés, depuis la montée du nazisme et du fascisme avant la Seconde Guerre mondiale. Les présidents hongrois, turc, philippin sont tous qualifiés par l'ONG de « marchands de la peur ». On pourrait également citer le premier ministre néerlandais, lorsqu'il invite les migrants «à se comporter de façon normale ou à rentrer chez eux ». Mais le premier dirigeant mis en cause dans ce rapport n’est autre que Donald Trump lui-même. De sorte que même des Etats qui se targuaient, autrefois, d’être de grands défenseurs des droits humains à l’étranger (par exemple, les Etats-Unis) sont aujourd’hui trop occupés à faire régresser ces droits sur leur propre territoire pour demander des comptes aux autres.

Cette semaine, Donald Trump a notamment fait publier, discrètement, deux mémorandums sur le site du département de la Sécurité intérieure, précisant ses intentions en matière d’expulsions de clandestins. Ce que THE WASHINGTON POST résume sous ce titre : Une feuille de route pour des renvois massifs, empreinte de cruauté. Alors que précisent ces directives ? Elles confirment que 10 000 agents de l’immigration supplémentaires seront engagés pour procéder à des arrestations, des incarcérations et des expulsions. Seront prioritairement arrêtés ceux qui ont déjà fait l’objet d’une condamnation ou qui sont sous le coup de poursuites. Mais les sans-papiers qui ont profité de prestations étatiques de manière abusive ou qui ont simplement « triché » seront également ciblés. Un clandestin qui conduit sans permis pourra ainsi être expulsé. De sorte que selon les critères définis, écrit LE TEMPS, la plupart des 11 millions de sans-papiers présents sur sol américain pourraient, théoriquement, être déportés. Pratiquement n’importe qui vivant aux États-Unis de façon illégale est désormais susceptible d’être expulsé, note à son tour THE WALL STREET JOURNAL.

Cette politique appuyée par des paroles stigmatisantes est adoptée parfois de façon ouverte et parfois de manière plus voilée. En Allemagne, par exemple, le ministre de l’Intérieur prépare un projet de loi permettant le contrôle des portables des demandeurs d’asile. Une mesure censée aider à déterminer l’identité réelle des migrants, leurs réseaux, leurs routes de migration et d’éventuels liens avec des mouvances extrémistes. Mais surtout, quand les autorités ignorent d’où vient un réfugié, elles ne peuvent pas l’expulser. Et les migrants le savent. Car très souvent, ils détruisent systématiquement leurs papiers d’identité afin d’éviter, justement, l’expulsion. Or dans ce cas, note le TAGESSPIEGEL, l’analyse des données d’un portable est la dernière solution possible.

Plus largement, l'Union Européenne n'est pas en reste, elle qui a décidé pour mettre fin à la route migratoire méditerranéenne de sous-traiter les migrants à un pays qui n’existe pas, en l'occurrence la Libye, une sorte de no man’s land que se disputent des centaines de milices et de bandes criminelles, avec à sa tête trois pseudo-gouvernements. Alors quel sens y a-t-il à signer un accord international avec un pays qui n’existe pas ?, interroge la revue de Rome LIMES, repéré par le Courrier International. Trois réponses possibles : par ignorance de la réalité, par désespoir, ou alors parce que cet accord sert d’autres objectifs. La première hypothèse étant exclue, le désespoir est une explication crédible. Rien, en effet, ne hante plus l’opinion publique occidentale aujourd'hui que la peur du migrant, surtout s’il est arabe et musulman. Quant à la troisième hypothèse, elle est invérifiable par définition. Reste que plus de cinq années se sont écoulées depuis la chute de Kadhafi, à l’issue d’un aventureux coup d’État franco-britannique. Et depuis lors, on a tout de même l’impression que le sport préféré des Européens consiste à lui chercher un digne successeur, avec lequel reprendre les versements d’argent, en échange du blocage des migrants. L’important est que ce ne soit pas trop flagrant, histoire de ne pas déclencher une énième guerre entre les gouvernements locaux pour savoir qui s’est vendu à l’étranger et en échange de quoi.

Enfin une exception qui confirme la règle, ce matin. Mardi, le canton de Genève a décidé d'en finir avec l’hypocrisie qui entoure la situation des sans-papiers. Reconnaissant leur contribution à l’économie, il a décidé de faciliter leur régularisation. Cet accord inédit devrait permettre à quelques milliers de sans-papiers d’obtenir un permis B ces deux prochaines années. LE COURRIER ne peut que se réjouir du pas important qu’implique cette opération, qui permettra à des personnes de ne plus vivre dans la peur d’être expulsées et de sortir (un peu, du moins) de la précarité. Mais ne nous voilons pas la face, prévient aussitôt journal : Cet accord ne doit pas faire oublier que la Suisse continue, en parallèle, de durcir les conditions d’asile, criminalise les requérants et procède à un nombre croissant d’expulsions scandaleuses. Une politique de renvois que le canton de Genève applique, d’ailleurs, lui aussi avec zèle. Par ailleurs, la démarche n’est pas sans risque, relève cette fois-ci LE TEMPS. Car entamer une procédure, c’est aussi se dénoncer et les personnes qui se verraient opposer un refus devront quitter la Suisse. Enfin, l’intérêt financier de l’opération n’est pas non plus négligeable puisque chaque année, des dizaines de millions générés par l’économie clandestine échappent, bien évidemment, aux caisses de l’Etat.

Par Thomas CLUZEL

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