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La détresse des proches des victimes de l'attentat de Lahore.

La colère après le sanglant attentat de Lahore

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : colère à Lahore après le sanglant attentat de Pâques qui a fait 72 morts, dont 29 enfants et six femmes.

La détresse des proches des victimes de l'attentat de Lahore.
La détresse des proches des victimes de l'attentat de Lahore. Crédits : Mohsin Raza

La colère à Lahore après le sanglant attentat de Pâques. Première raison à cette colère, selon la presse pakistanaise repérée par le Courrier International, l’attaque suicide de dimanche soir contre un parc d’attraction de la capitale du Pendjab démontre combien la politique antiterroriste du gouvernement est aujourd’hui un échec. Tout au long de l’année dernière, on nous a ressassé l’histoire d’un Pakistan qui serait plus en sécurité qu’autrefois. Mais la sinistre réalité est tout autre, écrit THE NEWS, le journal de Karachi qui estime que le plan d’action national antiterroriste lancé en janvier 2015 est un échec. Autant l’attaque perpétrée il y a deux ans contre une école militaire de Peshawar avait poussé le gouvernement et l’armée à intervenir, autant celle de Lahore dimanche soir démontre que la seule action militaire ne suffira plus, dit-il, à vaincre un problème qui nécessite avant tout un sursaut de la société tout entière.

Dès-lors, écrit THE DAWN, la question est de savoir comment avec des dirigeants politiques et militaires nous promettant, semaine après semaine, de poursuivre la lutte contre le terrorisme, sans relâche et partout, un kamikaze a-t-il été capable d'agir aussi facilement au milieu de cette foule immense ? Est-ce qu’on tirera un jour les conséquences du terrorisme ?, se désespère à son tour THE NATION. Selon lui, les mesures de sécurité à Lahore et aux alentours étaient clairement insuffisantes, alors même que l’attaque était prévisible. Et le journal de rappeler que le Pendjab est notoirement infiltré par des groupes terroristes, dont les idéaux sectaires conduisent à s’en prendre aux minorités. Or dimanche, même si la majorité des victimes étaient musulmanes, c’est bien la communauté chrétienne de Lahore qui était une nouvelle fois visée. Récemment, d'ailleurs, deux églises de la ville avaient déjà attaquées.

La colère, toujours et encore, compte tenu cette fois-ci de la nature de cette attaque, perpétrée dans un parc d’attraction et qui a fait 72 morts, essentiellement des femmes et des enfants. L’explosion s’est produite en fin de journée, à quelques mètres seulement de l'aire de jeu pour enfants, précise THE NATION. Quant aux témoins interrogés dans les colonnes de son confrère THE DAWN, tous racontent des scènes d’horreur, avec des morceaux de corps humains éparpillés sur tout le site. L'auteur de ce carnage a, d'ailleurs, lui-même été identifié grâce à sa tête retrouvée sur place.

Enfin la colère est également perceptible sur les réseaux sociaux, avec cette question : pourquoi ce terrible attentat qui a coûté la vie à 72 personnes a-t-il suscité une couverture médiatique moins intense que celui qui a frappé Bruxelles, tuant 35 personnes ? Il y avait eu Beyrouth et Paris et il y aura désormais Lahore et Bruxelles. Vous en souvenez-vous ? Le 12 novembre 2015, un double attentat suicide avait fait plus de 40 morts et 200 blessés blessés à Beyrouth, le pire attentat dans la capitale libanaise depuis 1999. Sauf qu'il avait été rapidement éclipsé par les attentats de Paris, moins de 24 heures plus tard. Or exactement comme après les attaques quasi-simultanées à Beyrouth et Paris, le débat sur les biais médiatiques se retrouve aujourd'hui relancé par les attentats survenues en Belgique et au Pakistan, peut-on lire sur le site d'information SLATE.

Vous allez voir des gens se plaindre que les médias accordent moins d'importance aux atrocités commises en dehors de l'Europe occidentale, qu'à celles qui se produisent dans des villes comme Paris ou Bruxelles. Et de fait, écrit THE GUARDIAN, il est indéniable que la couverture de ces attentats au Pakistan aura été moins importante. Mais il est également vrai et regrettable de constater qu'il est bien plus compliqué d'obtenir aujourd'hui de nos lecteurs qu'ils lisent ces articles. Cela ne veut pas dire que l'événement doit être minimisé ou oublié, mais cela explique, en partie, la façon dont il sera couvert. Et le journaliste britannique de préciser : «je n'utiliserai jamais une statistique comme celle-ci pour déterminer une priorité éditoriale. L'attaque de Lahore était méprisable et est clairement le sujet numéro un dans le monde aujourd'hui. Je la placerai toujours en première position. Mais ce que vous constaterez, probablement, dans les prochains jours est qu'il y aura beaucoup moins de suivi dans les médias qu'il n'y en a eu pour Bruxelles».

Ce phénomène, d'ailleurs, n'est pas nouveau. Derrière ce différentiel, on trouve en effet des réflexes ou des réflexions que partagent nombre de journalistes, mais aussi beaucoup de leurs lecteurs et qui font qu'un événement est d'autant plus traité qu'il repose sur une proximité géographique ou culturelle. On parle aussi parfois de manière crue de «loi du mort au kilomètre». En novembre dernier, déjà, un journaliste de VOX avait pointé que le problème n'était pas tant que les médias n'avaient pas couvert l'attentat au Liban, mais plutôt que les lecteurs n'avaient pas lu les articles qui lui étaient consacrés. En clair, oui, les médias sont biaisés, mais nous, leurs consommateurs, sommes aussi complices. À l'époque où il n'y avait pas de retour détaillé sur l'audience, il était facile d'accuser les journalistes d'appliquer leurs propres stéréotypes à la couverture des morts étrangères. Or désormais, armés de preuves empiriques renchérit THE NEW STATESMAN, ils peuvent vraiment affirmer que personne ne s'intéresse à des morts dans des pays qui ne sont pas comme les nôtres et qu'ils ne font, en somme, que répondre à la nature humaine.

Il y a quelques temps, rappelle toujours le magazine SLATE, une reporter de guerre correspondante au TIME avait raconté comment elle avait essayé de définir une "arithmétique talibane". «J'ai essayé de définir un ratio, expliquait-elle, sur le mode : combien de morts pakistanais ou afghans faudrait-il pour générer le même degré d'actualité que la mort d'un citoyen Américain ?» Réponse ce matin du journal pakistanais THE DAWN, lequel rappelle  en guise de conclusion et à toutes fins utiles, que sur l'échelle de l'horreur, il est clair que tous les actes de terrorisme sont égaux.

Par Thomas CLUZEL

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