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La comédie au/du pouvoir.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le sens de l’humour de François Hollande, la libération en détention provisoire de José Sócrates, la percée du comique Jimmy Morales, la vraie fausse candidature de Lawrence Lessig et le record de trône d’Elisabeth II.
La comédie au/du pouvoir.
Que retenir d'un exercice dont François Hollande a lui même concédé, avec son habituel sens de l’humour, qu’il se conclut souvent par «les même questions», auxquelles il apporte les «mêmes réponses» ? Tout d'abord, que l'on s'attendait à l'annonce de frappes aériennes françaises contre les sanctuaires de Daech en Syrie. Et puis non. Erreur, écrit ce matin le correspondant du TEMPS de Genève. La décision annoncée hier par le chef de l'Etat n’est pas celle d’un engagement militaire ferme. Des vols de reconnaissance aérienne seront opérés dès aujourd'hui par les avions français, avant peut-être de passer à l’acte. La nuance peut paraître mince. Mais elle est révélatrice. En clair, le locataire de l’Elysée continue de procéder par étapes. Avec précaution. Au risque d’être à nouveau accusé par ses détracteurs de louvoyer.

French President Francois Hollande arrives to attend his news conference at the Elysee Palace in Paris.
French President Francois Hollande arrives to attend his news conference at the Elysee Palace in Paris. Crédits : Charles Platiau - Reuters

Sur la question de l’accueil des migrants, cette fois-ci, Paris se dit favorable à un mécanisme d’accueil obligatoire, mais dont les contours restent, là encore, assez flous. C'est comme si le gouvernement socialiste avait été pris au dépourvu par la vague de générosité venue du gouvernement conservateur allemand, analyse pour sa part THE TIMES à Londres. Seule certitude : il ne s’agira pas de quotas qu’il suffirait d’atteindre pour se dédouaner, mais d’un engagement à long terme, dont les critères pourraient être définis lors d’une conférence internationale organisée, nous dit-on, prochainement à Paris.

Enfin conscient des risques de déroute électorale, lors des élections régionales de décembre prochain, François Hollande a préféré ironiser sur ces «victoires triomphales» de la gauche au niveau local qui, comme en 2004, avaient été suivies par une défaite à la présidentielle. Une sorte de démonstration par l’absurde. Ou dit autrement, puisque l’actuelle majorité semble assurée de sombrer lors des prochaines échéances de fin d’année, tous les espoirs restent possibles, en revanche, pour 2017. Et le journal helvétique à nouveau d'en conclure : décidément, François Hollande reste toujours plus à l’aise dans le contournement que dans la rupture, assez fidèle à son image d’anesthésiste que lui a collé une partie de la presse hexagonale.

Et de l'anesthésie à l'apathie il n'y a évidemment qu'un pas que le Portugal est lui sur le point de franchir.
Un mois avant les législatives, l'ex-Premier ministre socialiste José Sócrates, soupçonné de corruption et en détention provisoire depuis novembre 2014, a été libéré de prison. Il sera désormais assigné à résidence. Une décision, écrit le journal lisboète PUBLICO qui risque de porter le coup de grâce à la campagne électorale. Pourquoi ? Parce que dans les prochains jours, la livraison de pizzas au domicile où Sócrates est assigné à résidence revêtira probablement plus d'intérêt que la politique fiscale. Et la question de savoir si le secrétaire général et tête de liste des socialistes rendra visite ou non à Sócrates occultera le débat sur l'avenir de la sécurité sociale. Voilà pourquoi, se désole à nouveau le journal, le pays assiste à une campagne électorale aujourd'hui apathique et indigente. Ou quand le Portugal donne l'impression d'être un pays fatigué, sceptique et hésitant.

Pas de risque d'engourdissement, en revanche, au Guatemala.
Et pour cause, c'est un humoriste et un vrai, cette fois-ci, qui vient bousculer la présidentielle, écrit le journal madrilène EL PAIS, cité par le Courrier International. Après une semaine rocambolesque, de la démission du président conservateur Otto Pérez, accusé de corruption, à son placement en garde à vue, les électeurs ont finalement exprimé leur indignation en misant sur un candidat totalement étranger au monde politique.

Guatemalan presidential candidate for National Convergence Front, Jimmy Morales, addresses supporters outside his campaign headq
Guatemalan presidential candidate for National Convergence Front, Jimmy Morales, addresses supporters outside his campaign headq Crédits : Jorge Lopez. - Reuters

Surtout connu en tant que comique de télévision, l'homme est en effet un illustre inconnu dans la sphère politique, ce qui, paradoxalement, joue en sa faveur. Surgi du néant, le comédien est arrivé en tête au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche dernier, avec près de 24% des voix. Et pourtant, Jimmy n’a pas de programme, il a présenté un plan qui tient en six pages seulement avec quelques vagues idées sur la santé, l’éducation, l’emploi et la sécurité. En clair, écrit l'analyste interrogé dans les colonnes d'EL PAIS, il n’a ni les qualités requises, ni l’assise politique suffisante pour exercer le pouvoir.

Lui aussi a fait une entrée surprise dans la course à la Maison Blanche. Lui c'est Lawrence Lessig, un juriste militant de 54 ans, professeur de droit de l’université Harvard et qui après avoir réussi à lever 1 million de dollars, grâce au financement participatif, a décidé dimanche de se lancer dans la course à l’investiture démocrate, avec une seule promesse : réparer la démocratie américaine. Et pour se faire, précise THE WASHINGTON POST, Lessig a une stratégie toute particulière puisqu'il a pour objectif d’être le président d’un référendum, c’est-à-dire se faire élire, faire voter une loi baptisée l’égalité citoyenne qui devrait balayer tous les aspects de la vie démocratique (de l’accès aux urnes au financement politique), pour ensuite démissionner et passer la main à son vice-président.

Enfin elle n'entend pas démissionner, même pour réparer la démocratie. Au contraire, elle considère qu’il est même de son devoir de rester jusqu’à sa mort.
Pas question, en effet, pour la reine Elisabeth II d'abdiquer et certainement pas maintenant alors même qu'à 89 ans, elle s'apprête à battre un nouveau record : celui du nombre de jours passés sur le trône d’Angleterre. Sauf catastrophe imprévue, demain 9 septembre, The Queen entamera son 23 227ème jour de règne : soit 63 ans, 7 mois et 3 jours. C'est à dire 24 heures de plus que son arrière-arrière-grand-mère, la reine-impératrice Victoria.

Britain's Queen Elizabeth leaves after the State Opening of Parliament, at the Palace of Westminster in London.
Britain's Queen Elizabeth leaves after the State Opening of Parliament, at the Palace of Westminster in London. Crédits : POOL New. - Reuters

Pour autant, dans une interview pour le moins provocante accordée à RADIO TIMES, l'historien David Starkey a dressé le bilan du plus long règne de la monarchie britannique en quelques phrases expéditives : elle n’a rien dit et rien fait, qui restera dans les mémoires elle n’a aucunement marqué son temps de son empreinte elle est montée sur le trône avec une seule idée en tête, maintenir la monarchie à tout prix pis encore, elle n’a jamais perçu sa fonction autrement, dit-il, que comme un travail monotone et banal. Ou quand la comédie au pouvoir ne fait pas toujours sourire.

Par Thomas CLUZEL

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