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Tampon d'expulsion utilisé par la police allemande.

La crise migratoire peut-elle tout justifier ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : au Pakistan les réfugiés afghans sont accusés de déstabiliser le pays ; en Allemagne le gouvernement puise dans l'arsenal populiste pour sortir de la crise migratoire.

Tampon d'expulsion utilisé par la police allemande.
Tampon d'expulsion utilisé par la police allemande. Crédits : Michael Dalder - Maxppp

Au Pakistan, de très nombreux réfugiés afghans qui résident dans le pays depuis des décennies sont aujourd’hui pointés du doigt. Cette fois-ci, c'est un ministre qui demande à ce que les réfugiés afghans soient renvoyés dans leur pays, parce que manifestement, dit-il, ils sont impliqués dans des activités criminelles et nourrissent le terrorisme. Le problème, précise le journal anglophone DAWN repéré par le Courrier International, c'est que comme toujours, les preuves manquent. Chaque fois que quelqu’un dit que les réfugiés afghans doivent être rapatriés, il accompagne son appel d’une hyperbole sur tout ce qu’ils sont accusés de faire pour déstabiliser le pays. Or dans le cas, par exemple, du dernier attentat perpétré dans une université près de Peshawar, tous les individus identifiés à ce jour comme étant impliqués sont pakistanais. Ni les agences de renseignement, ni les forces de l’ordre n’ont établi le moindre lien avec des réfugiés.

Seulement voilà, comme ils sont vulnérables et considérés comme indignes d’être aidés, les réfugiés afghans sont régulièrement pris pour cible par des politiciens en quête de boucs émissaires. Et le journal de préciser que lorsque des dirigeants politiques essaient ainsi de marquer des points en accusant les réfugiés des problèmes sécuritaires du pays, ils devraient se souvenir, à l'occasion, que quantité de leurs compatriotes pakistanais qui ont quitté les Régions tribales affectées par les opérations militaires sont des déplacés internes ou des réfugiés partis, eux même, en Afghanistan.

En Allemagne, chaque jour des propositions pour réduire le flux des réfugiés nous rendent plus perplexes encore.

Les dernières déclarations de la présidente du parti anti-immigration AfD, soulèvent une vague de commentaires pour le moins indignés. Elle préconise, tout simplement, que les garde-frontières ouvrent le feu sur tout migrant qui tenterait de franchir illégalement les frontières allemandes. Évidemment, les commentateurs ne cachent pas leur effroi en établissant, notamment, un parallèle avec l'histoire allemande. Tenir des propos en totale contradiction avec les droits de l'homme pour être sur toutes les lèvres, est une tactique dont avait usé la propagande nazie avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, rappelle ainsi le portail en ligne TAGESSCHAU, avant d'ajouter, il est impératif de faire éclater toute la vérité sur ces agitateurs de consciences : ils sont contre la démocratie et la Constitution.

Le problème, semble lui répondre le journal suisse TAGES-ANZEIGER cité par Eurotopics, c'est que ce parti respecte les règles du jeu de l’État de droit. En clair, l’AfD exerce son droit démocratique et il ne saurait donc y avoir lieu de sortir l’artillerie lourde et de les traiter de nazis, ni de les faire surveiller par les services secrets pour menace à la sureté de l’État. En revanche, que les démocrates (de gauche ou de droite) prêts à affronter l’AfD le fassent avec sérieux et résolution, qu’ils démasquent leurs solutions trop faciles comme autant d'illusions et ne versent pas eux-mêmes dans le populisme, car en les imitant ils ne feraient que renforcer ce qu’ils prétendent combattre.

Certains dirigeants commencent eux-mêmes à puiser dans l'arsenal populiste.

Le parti AfD est aujourd'hui la troisième force politique du pays. Et selon les derniers sondages, il serait crédité de 13% d'intentions de vote en cas d'élections législatives. Une poussée, écrit DIE TAGESZEITUNG, directement liée à la crise migratoire. Or si tous les responsables politiques condamnent unanimement ce parti xénophobe, certains au sein même du gouvernement formulent à leur tour des propositions qui ont de quoi laisser perplexe.

La ministre du Travail, par exemple, évoque une réduction des allocations pour les réfugiés qui refuseraient de s'intégrer. Comme si, ironise le journal, les Syriens qui arrivent chez nous ne voulaient pas trouver de travail. Quant à la Ministre-Présidente de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, elle aussi sociale-démocrate, elle veut imposer aux réfugiés un devoir de résidence dans un périmètre déterminé. De son côté, la chancelière Angela Merkel veut que les réfugiés syriens retournent chez eux une fois la guerre terminée. Des déclarations dénuées de toute pertinence, preuve que le gouvernement ne sait plus quoi faire, écrit encore le journal de Berlin. Enfin son confrère DIE LANDESZEITUNG évoque une autre déclaration critiquable, celle du ministre allemand de l‘Intérieur, qui veut lui rapatrier les Afghans dont la demande d'asile a été déboutée. Évidemment, uniquement dans les régions sûres en Afghanistan. Sauf qu'elles risquent d'être difficiles à trouver, souligne le journal, avant de conclure : pour de nombreux réfugiés, la seule question est désormais de savoir quand ils seront expulsés ? Après ou avant d'avoir été intégrés ?

Sans compter que les nouveaux arrivants sont aujourd'hui condamnés à l'oisiveté. On n'entend plus du tout parler du programme de 100 000 emplois subventionnés pour réfugiés annoncé il y a deux mois déjà, précise la FRANKFURTER RUNDSCHAU. De même, d'autres propositions intelligentes faites pour accélérer l'intégration avec un contrat de travail d'un an et des aides à l'intégration des agences pour l'emploi, dorment toujours dans des tiroirs. Quant aux offres de cours de langue allemande, elles sont encore en nombre très insuffisant.

Enfin face aux difficultés de renvoyer les migrants de certains pays, beaucoup d'entre eux n'ayant plus de papiers quand ils arrivent en Allemagne (soit parce qu’ils n’en possèdent pas, soit parce qu’ils s’en débarrassent afin de ne pas être renvoyés dans leur pays), les autorités allemandes n’hésiteraient pas à solliciter l’aide des ambassades africaines. Moyennant finances, ces dernières attribuent aux migrants des origines la plupart du temps fictives mais qui facilitent leur expulsion, révèle DER FREITAG. L’hebdomadaire qui précise encore que le personnel des ambassades toucherait entre 250 et 500 euros en cas d’identification. Ce qui pour l’Allemagne, revient toujours moins cher qu’une autorisation provisoire de séjour de plusieurs mois pour ces migrants.

Par Thomas CLUZEL

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