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la militante Irom Sharmila à Imphal, en Inde, le 9 août 2016

"La dame de fer de Manipur" met fin à seize ans de grève de la faim en Inde

4 min

Irom Sharmila avait cessé de se nourrir pour protester contre les violences armées dans la région de Manipur, au nord est de l'Inde

la militante Irom Sharmila à Imphal, en Inde, le 9 août 2016
la militante Irom Sharmila à Imphal, en Inde, le 9 août 2016 Crédits : Stringer - Reuters

Avec juste un peu de miel sur le bout des doigts, extrêmement émue, Irom Sharmila a recommencé mardi 9 août se nourrir par voix orale et l'image apparaît dans de nombreux journaux à travers le monde.

Le Wall Street Journal cite ses propos après sa libération " j'ai jeûné pendant près de seize ans en pensant que je pourrais changer le système mais je réalise maintenant que ça ne donnera aucun résultat. J'ai donc décidé de mettre un terme à mon jeûne et d'entrer en politique. "

Pendant toutes ces années de combat solitaire Irom Sharmila a été nourrie de force par voix nasale et a été détenue la majorité du temps dans un hôpital de la ville d'Imphal, inculpée pour tentative de suicide, ce qui est interdit par la loi en Inde.

Le quotidien américain raconte le jour où les choses ont pris un tour décisif pour la militante, en l'an 2000. Elle a alors 28 ans. Après avoir assisté à la tuerie de dix civils, elle cesse le 4 novembre de se nourrir pour protester contre une loi d'exception. L'AFSPA, qui permet depuis 1980 aux forces armées de tirer à vue et donne des pouvoirs quasi-illimités à l'armée dans la région. Et cette législation est aussi en vigueur dans des états comme le Cachemire à la frontière du Pakistan.

Les Nations Unies, rappelle le Wall Street Journal, ont demandé l'abrogation du texte, contraire aux droits de l'homme. Et un rapport de la cour suprême indienne a aussi pointé du doigt en 2013 des abus commis au nom de cette loi.

Mais les pressions comme le combat d'Irom Sharmila sont restées sans réponse. Le gouvernement indien n'est pas revenu sur la loi, nécessaire selon lui, pour lutter contre les séparatistes dans ces régions et les multiples groupes rebelles qui demandent une plus grande autonomie et des droits accrus.

"Irom Sharmila a donc décidé de commencer une nouvelle vie" écrit le Huffington Post India. Une vie où elle va entrer en politique et se marier. Pour le site d'information la militante de 44 ans, devenue le symbole de la lutte contre les violences au Manipur, veut aujourd'hui lutter sur un autre terrain. Elle va se présenter aux élections locales en tant que candidate indépendante, contre le gouvernement : "Je ne suis pas une déesse. Je veux être élue à la tête de l'Etat" a encore déclaré hier la militante avouant "je n'y connais rien en politique et mon niveau d'éducation est très faible ".

Mais l'arrêt de sa grève de la faim ne plait pas à tout le monde . Pour les supporters d'Irom Sharmila et sa famille, note le Huffington Post India, la fin de cette grève est une surprise et beaucoup sont déconcertés, jugeant sa mission inachevée.

Le journal national indien, The Hindu relève que l'activiste hier n'a trouvé personne pour l'accueillir. Un militant interrogé par le journal tente de justifier cette froideur "Les habitants du Manipur ne font pas confiance aux politiques et ils pensent qu'en rentrant dans ce milieu, et bien Irom va finir comme eux..."

Une idée fausse estime en réponse le militant indien des droits de l'homme, Binayak Sen. Pour lui il y a de bonnes raisons aujourd'hui en 2016 d'arrêter cette grève de la faim. Ces seize années de jeûne, dit- il, ont été un point crucial dans la lutte contre l'AFSPA et ce serait cynique et faux de dire que l'arrêt de cette grève de la faim est un échec.

Un autre partisan cité par The indian express, assure lui aussi qu'il s'agit d'un changement tactique.Sharmila a réalisé que la grève ne menait nulle part. Pas un seul responsable n'est venu la rencontrer pendant toutes ces années. Elle veut continuer son combat, à Imphal. Qui seront ses supporters, comment va t'elle s'y prendre, elle ne sait pas elle même. Ce qu'on sait c'est qu'elle n'a jamais été aussi isolée et seule qu'aujourd'hui conclut le militant

Et l'annonce de l'entrée en politique d'Irom Sharmila interpelle aussi les partis d'opposition dans la région. Son nom est désormais associé au mouvement de résistance dans la région de Manipur relève The Guardian, ce qui la met en position de force pour contrôler de nombreux votes. Pourtant si certains la verrait bien rejoindre leur rang, d'autres la menacent. Dans un communiqué envoyé à un journal local, un parti radical l'exhorte à continuer sa grève de la faim, lui rappelant que certains leaders révolutionnaires avaient été assasinés après être entrés en politique.

Dans ses colonnes, le quotidien britannique souligne encore comment le passage de Sharmila de la prison à la politique emmènent certains à la comparer à des icônes comme Aung San Suu Kyi ou Nelson Mandela. La fin de cette grève de la faim qui coïncide aussi avec le soixante-dixième anniversaire du mouvement Quit india.Pour certains, le choix cette date symbolique dans la lutte de l'inde contre les colonisateurs anglais n'est pas un hasard : comme un signal de la désillusion de la militante par rapport au processus démocratique en Inde.

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