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La démission du chef d'état major français vue à l'étranger

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La nouvelle a fait le tour de la planète hier, la plupart des titres reprennent ce matin le communiqué du général pour justifier sa démission que le Daily Mail qualifie de crise sans précédent.

"Dans les circonstances actuelles, écrit le général, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays."

Des propos salués par le Washington Examiner. "Le président français a tort de couper dans les dépenses militaires", titre le journal conservateur poursuivant "avec des milliers de soldats français déployés contre les groupes terroristes en Afrique et dans les opérations de maintien de la paix un peu partout dans le monde, ces coupes arrivent à un fort mauvais moment, d'autant que c'est le budget des équipements militaires qui est mis à la diète. Un problème, poursuit le Washington Examiner dont on connaît la proximité avec les thèses de Donald Trump, alors que l'équipement est la clé de l'efficacité de l'armée".

Le site de blogs conservateur PJ Media opine :"Si cela ne vous convainc pas que Donald Trump avait raison en critiquant le manque d'investissement des Européens dans la défense, je ne sais pas ce qu'il vous faut! L'Europe préfère donner de l'argent aux banques grecques et italiennes plutôt que d'investir dans sa sécurité et celle de ses alliés. Résultat l'Alliance atlantique est plus faible que jamais. Et ce n'est pas à cause de Trump mais de Macron et de leaders comme lui!a

"Macron met son armée aux arrêts" titre Le Temps, en Suisse. "Une guerre de tranchée semblait annoncée. Elle s'est soldée par une reddition inconditionnelle."

Avant de poursuivre : "En clamant d'emblée qu'il est le seul chef des armées et qu'il tiendra ses promesses budgétaires à l'aune de son quinquennat, Emmanuel Macron a fait preuve de logique, la priorité pour lui est au redressement budgétaire de la France, l'armée un test de sa volonté politique globale". Et de mettre en garde : "A trop vouloir regarder vers l'avenir, et à trop négliger les hommes de troupes exposés par les déficiences de leur matériel, Emmanuel Macron prend le risque d'apparaître comme insensible, voire déjà happé par sa tour d'ivoire présidentielle."

Le style Macron retient l'attention de plusieurs de nos confrères

"C'est moi le patron!", titre le Washington Post, expliquant qu'Emmanuel Macron a clairement fait comprendre qu'il ne tolèrerait aucune contestation de la part de ses subordonnés. Et de rappeler que la tension entre le président et le général de Villiers était perceptible lorsqu'ils ont descendu les Champs Élysées ensemble le 14 juillet sous les yeux de Donald Trump. Le Sydney Morning Herald estime carrément que cette démission met en lumière le manque d'expérience du président Macron et représente la première importante mise à épreuve de son style de gouvernement.

"C'est le 1er accident majeur du mandat d'Emmanuel Macron. Mais il est aussi révélateur d'une méthode qui pourrait déjà trouver ses limites". Voilà ce qu'écrit Russia Today, ce media proche du Kremlin vertement critiqué par le président français lors de la visite de Vladimir Poutine à Versailles. L'article n'y va pas par quatre chemins, sous le titre "Est-il encore permis de critiquer Macron? Après la démission de de Villiers, la question se pose (encore)" il fustige "l'approche jupitérienne du pouvoir d'Emmanuel Macron".

La BBC parle d'une humiliation infligée au général par le chef de l’État qui l'avait recadré devant ses troupes, notant que peu de voix s'élèvent en France pour soutenir le président. Quand The Atlantic estime qu'Emmanuel Macron a été élu sur la promesse d'être un président qui n'hésiterait pas à faire les choix nécessaires pour redresser la France mais qu'il est devenu très vite assez clair que son style irrite même ses soutiens. Il a dit, rappelle le magazine américain, que sa pensée était trop complexe pour les journalistes, a semblé insulter les États africains pour leur démographie, et a plaisanté sur les bateaux utilisés par les migrants mais c'est son conflit avec les militaires qui pourrait se révéler le plus pénalisant sur le long terme. D'autant souligne le Guardian, qu'Emmanuel Macron est le premier locataire de l’Élysée à ne pas avoir effectué de service militaire.

Le New York Times abonde : "La confiance inébranlable du président dans son propre jugement, sa réticence à admettre la moindre contestation pourrait augurer de nouvelles difficultés alors qu'Emmanuel macron tente de réduire les dépenses du gouvernement"

La presse internationale souligne en effet les défis à venir

C'est le cas de Politico, qui prédit à Emmanuel Macron un été de contestation. La démission d'un chef d'état en colère écrit Politico n'est que l'une des multiples crises qui menacent de mettre un terme à la lune de miel du président alors qu'il veut réformer les retraites et le code du travail tout en ramenant les finances du pays dans les clous de l'Union européenne.

Et oui, abonde le Financial Times, la lune de miel est bien finie pour Emmanuel Macron. Après tout juste deux mois à l’Élysée, il voit les militaires, les enseignants et les collectivités locales le défier sur les coupes budgétaires, visant, rappelle le quotidien financier, à restaurer la crédibilité de la France sur la scène européenne. Aucun ministère, note le FT, n'aime l'idée d'avoir moins d'argent mais ce qui est étrange c'est que l'opposition soit venue d'une armée généralement très silencieuse. Pour Asia Times, C'est le signe qu'Emmanuel macron doit être prêt à recevoir des coups de tous les côtés du spectre politique.

Dans l'actualité militaire, encore, cette inquiétude qui se fait jour outre Atlantique concernant la santé d'un grand militaire américain

John McCain, le sénateur, ancien pilote prisonnier de guerre au Vietnam, candidat à l'élection présidentielle et pourfendeur de Vladimir Poutine, souffre d'un cancer du cerveau. C'est un type de tumeur particulièrement agressif s'inquiète le New York Times, qui relaie les réactions de la classe politique unanime à saluer un combattant qui ne se laissera pas abattre. Le Washington Post ajoutant que son absence au Sénat rétrécit encore la majorité mais, surtout, prive l'enceinte de sa conscience morale sur nombre de sujets, notamment l'enquête sur l'interventionnisme russe dans la campagne présidentielle américaine.

Marie-Pierre Vérot

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