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Manifestation contre le parti AfD, à Berlin

La démocratie est-elle en danger ?

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Victorieuse mais affaiblie par un électoral décevant, Angela Merkel va s’atteler à la tâche difficile de former une nouvelle majorité, dans un paysage politique éclaté sous l'effet de la percée historique de l’extrême droite.

Manifestation contre le parti AfD, à Berlin
Manifestation contre le parti AfD, à Berlin Crédits : ERBIL BASAY / ANADOLU AGENCY

«Bouleversement», «Césure», «Catastrophe». Ce matin, du SPIEGEL à DIE WELT en passant par la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, dans la presse outre-Rhin, peu importe qu'Angela Merkel ait remporté son pari, hier, en s'assurant un quatrième mandat consécutif, la fête a été gâchée par l'entrée fracassante au parlement du parti populiste AfD (Alternative pour l'Allemagne). La formation d'extrême droite visait au moins 10% du corps électoral. Et selon les résultats préliminaires, elle en aurait obtenu plus de 13%. Pour le journal de Munich, l'entrée de l'AfD au Bundestag est un pas en arrière historique pour la société allemande toute entière. Evidemment, la très grande majorité des électeurs se tient ailleurs, nuance aussitôt l’éditorialiste. Mais les votes AfD n'en demeurent pas moins une défaite, dit-il, pour notre culture démocratique.

Bien sûr, on pourrait encore se rassurer, tempère à nouveau la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, en se disant que nous ne sommes pas une exception en Europe. Sauf que si le populisme d’extrême droite est monté ces dernières années dans presque tous les pays européens, avec des pourcentages d'ailleurs nettement plus élevés que ceux de l’AfD, il est vrai aussi que l’Allemagne est un cas unique pour des raisons historiques évidentes. Or si son passé nazi faisait jusqu’ici que la possibilité d’avoir un parti d’extrême droite était considérée comme très lointaine, force est de constater que ce n'est plus le cas aujourd'hui, tranche EL PAIS. Ou quand les fantômes du passé sont de retour, peut-on lire encore dans les colonnes de l'hebdomadaire DER SPIEGEL.

Et puis toujours ce weekend se tenaient d'autres élections en Nouvelle Zélande, avec là encore des résultats inquiétants. Le parti conservateur du premier ministre est arrivé en tête des élections générales. Il devance largement le Parti travailliste. Sauf qu'aucune majorité claire ne se dégage du scrutin. Et comme en 2011 et 2014, c'est donc le parti d'extrême droite Nouvelle-Zélande d’abord (NZF) qui pourrait se retrouver à jouer le rôle d'arbitre, note THE AUSTRALIAN. Pour l'heure, les Travaillistes refusent de reconnaître leur défaite, dans l'espoir de former une coalition avec les Verts mais aussi le parti populiste et anti-immigration. De son côté, le Premier ministre sortant qui espère offrir à son camp son quatrième mandat d'affilée s'est refusé à préciser ce qu'il avait mis sur la table pour séduire, lui aussi, la formation d'extrême droite. Mais il estime d’ores et déjà avoir de «bonnes chances» de parvenir à un accord. La date de l'annonce officielle des résultats est fixée au 12 octobre.

La démocratie est-elle en danger ? La question se pose encore, ce matin, en Catalogne. Après que le gouvernement central a au recours, vendredi, à des mesures répressives, en arrêtant au moins douze membres du gouvernement catalan, mais aussi en ordonnant la saisie de millions de bulletins destinés au référendum d'autodétermination controversé, les commentateurs pointent que ce conflit remet en question les acceptions courantes des concepts de démocratie et de politique. Si l'Etat central a la force de son côté, il ne devrait pas oublier l'ampleur de la réaction qu'une telle humiliation est susceptible de provoquer, prévient le journal catalan ARA. Son confrère flamand, DE MORGEN, précise lui que le mouvement indépendantiste catalan ne doit pas être considéré comme un dangereux précédent, susceptible d'éveiller des mouvements réactionnaires. Si en Flandre, des partis d’extrême droite ont certes phagocyté les aspirations indépendantistes, en Catalogne en revanche, on observe un phénomène inverse. Même si ces dernières années, des partis de centre-droit ont sauté sur le train en marche de la cause indépendantiste, le mouvement catalan est, dit-il, dans sa grande majorité progressiste et se veut rassembleur.

En Irak, cette fois-ci, sauf ultime coup de théâtre, les dés sont jetés. Aujourd'hui, écrit LE TEMPS, la population de la région autonome kurde devrait être appelée à se prononcer sur son adhésion à l’idée d’un futur Etat indépendant. Une consultation qui prend des allures de formidable coup de pied dans la fourmilière, avec dans le rôle de la fourmilière une région aujourd’hui à feu et à sang. Malgré leurs divergences, Bagdad, Téhéran et Ankara ont décidé de faire front commun pour s’opposer à ce référendum. Le quotidien HÜRRIYET DAILY NEWS s'inquiète notamment des récentes déclarations chef du parti d'opposition d'extrême-droite MHP, lequel estime que la Turquie doit réagir par une déclaration de guerre.

Et puis autre coalition pour le moins surprenante, celle-ci, celle rassemblant à nouveau la Turquie et l'Iran mais également l'Arabie-Saoudite, le grand rival pourtant de la République islamique. Tous trois craignent aujourd'hui de se laisser déborder par les djihadistes, dans la défense de la minorité musulmane traquée par l’armée birmane. Et de fait, précise encore le journal de Lausanne, acculés dans leur califat en Syrie et en Irak, les combattants de Daech pourraient réapparaître en Asie du Sud-Est. En 2014, d’ailleurs, Abou Bakr al-Baghdadi (le chef de l’EI) mentionnait déjà la Birmanie comme un possible débouché. Or à la faveur des dernières atrocités perpétrées contre les Rohingyas, de plus en plus de vidéos circulent, à présent, montrant des combattants indonésiens prêts à se battre aux côtés de leurs frères musulmans en Birmanie. Enfin toujours s'agissant du drame vécu par les Rohingyas, la Cour Suprême d'Israël doit, elle, se pencher aujourd'hui sur un dossier explosif. Tel Aviv est, en effet, soupçonné de fournir des armes à la Birmanie, en dépit de l’embargo à l’encontre du régime de Rangoon, accusé de «nettoyage ethnique» par l’ONU. Ces discrètes livraisons auraient débuté du temps de la dictature militaire, mais un groupe de militants israéliens des droits de l’homme affirme qu’elles se poursuivent encore aujourd’hui.

Enfin n'en jetez plus, tous les jours, par des voies innombrables et inattendues, Donald Trump trouve de nouveaux moyens de diviser et de démoraliser notre pays, constate, dépité, THE NEW YORKER. Dans une flopée de commentaires inconvenants, le président américain s’en est pris ce weekend aux deux sports les plus populaires des Etats-Unis, le football et le basket, dans un cas pour sanctionner les joueurs qui s’agenouillent durant l’hymne national pour protester contre l’oppression des Noirs et dans l'autre contre une star des parquets qui avait indiqué que l’équipe pourrait décliner une traditionnelle invitation à se rendre à la Maison-Blanche. Pour THE NEW YORKER, ce que vise Trump avec ces attaques contre des athlètes, en particulier des athlètes noirs célèbres, est évident : ça fait partie de sa guerre culturelle. Diviser. Mettre de l’huile sur le feu. Semer la confusion. Faire diversion. Et régner.

Par Thomas CLUZEL

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