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Une femme pleure à Alep après avoir retrouvé le corps de son enfant, sous les décombres d'un immeuble détruit par des raids aériens

La diplomatie est-elle véritablement à court de solution en Syrie ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la métropole d'Alep est toujours sous le feu d'intenses bombardements du régime syrien et de la Russie. Les occidentaux accusent Moscou de « crimes de guerre ». Le Kremlin dénonce, lui, une « rhétorique inadmissible ».

Une femme pleure à Alep après avoir retrouvé le corps de son enfant, sous les décombres d'un immeuble détruit par des raids aériens
Une femme pleure à Alep après avoir retrouvé le corps de son enfant, sous les décombres d'un immeuble détruit par des raids aériens Crédits : THAER MOHAMMED - AFP

Tandis qu'Alep demeure, encore ce matin, sous le feu d'intenses bombardements de la part du régime syrien et de la Russie, voilà que Moscou s'offusque de "la rhétorique inadmissible" des Occidentaux. Et c'est vrai que ces derniers ont nettement durci le ton. Le nouveau ministre des Affaires étrangères britannique a notamment accusé la Russie de « faire durer la guerre en la rendant encore plus horrible ». De son côté, l'ambassadrice américaine à l'ONU a parlé de « barbarie ». Mais le plus inquiétant pour Moscou, peut-on lire dans les colonnes du quotidien KOMMERSANT, restent les propos du chef de la diplomatie française, pour qui la Russie, en soutenant le pouvoir de Damas, « se rend complice de crimes de guerre ».

A l'inverse, la Russie, elle, continue à rejeter la responsabilité de l’impasse, sur la coalition internationale conduite par Washington. De sorte que ce qui se profile pour l’instant, note un expert toujours interrogé dans les colonnes du journal de Moscou, c'est encore la détérioration des relations entre la Russie et l’Occident, de nouvelles accusations mutuelles à venir et surtout la poursuite d’une guerre à outrance. Ou dit autrement, tout se passe comme si, aujourd'hui, aucune des grandes puissances ne recherchaient véritablement une pacification du conflit. Et faut-il seulement s'en étonner ? Pour DIE WELT, les raisons de cet échec sont extrêmement simples. Depuis bientôt un an, nous assistons au même cinéma, écrit l'éditorialiste. D'un côté, les États-Unis déploient d’intenses efforts en vue de trouver une solution diplomatique. Moscou fait mine, dans un premier temps, d’être de bonne volonté, jusqu'à chercher et trouver des prétextes pour reprendre les hostilités. Et si la Russie agit ainsi, c'est parce qu’elle est en mesure de le faire. Parce qu’elle se fiche éperdument, en réalité, de l’indignation de la communauté mondiale.

De son côté, en s'essuyant les pieds sur l'accord de cessez-le-feu qui, globalement, était de fabrication russe, le régime syrien devrait nous faire comprendre enfin une réalité depuis longtemps évidente, renchérit le magazine SLATE : Bachar el-Assad n'a aucune intention de quitter le pouvoir et il fera tout ce qui lui est possible pour y rester. Aucune méthode n'est exclue, rien n'est trop barbare, tant que les moyens autorisent ses fins. Sans compter qu'exception faite de quelques coups de poing, frappés timidement sur la table, les États-Unis ont toujours choisi de ne pas défier directement le régime syrien et ses cruelles tactiques.

D'où les accusations de plus en plus nombreuses portées aujourd'hui, dans la presse, contre la politique du laisser-faire optée par Washington qui aura eu pour conséquence, entre autres, de donner libre cours au rouleau compresseur russe. Bien entendu et comme le dit le dicton populaire, remarque ce matin l'éditorialiste de L'ORIENT LE JOUR, « Il n'est jamais trop tard... ». Sauf que dans le cas spécifique de la Syrie, le mal est déjà fait. Le président Barack Obama lui-même, d'ailleurs, n'a pas exclu avoir peut-être commis une grave erreur d'appréciation concernant la guerre syrienne. Et pourtant, les retombées des choix faits par le chef de la Maison-Blanche étaient évidentes pour qui connaît bien les réalités de la région.

Et parmi ces réalités, figure notamment le renforcement des organisations djihadistes. Pour l'administration Obama, la crise syrienne doit être abordée sous le prisme de la lutte contre le terrorisme. Sauf que sur le terrain, de tels échecs diplomatiques n'ont fait que fortifier, justement, des extrémistes comme ceux d'al-Qaïda. La concentration de djihadistes en Syrie dépasse aujourd'hui tous les records historiques détenus par un seul pays. Oubliez deux secondes la menace que représente Daech, écrit le magazine SLATE, la Syrie accueille aujourd'hui la branche d'al-Qaïda la plus compétente, la plus habile politiquement et la plus puissante militairement de toute l'histoire de l'organisation terroriste.

Et même si après plusieurs années à ignorer cette menace, les décideurs politiques américains lui ont enfin accordé un peu d'attention cette année, les échecs répétés de Washington depuis cinq ans ont offert aux djihadistes le temps et l'espace qu'il leur fallait pour modeler la dynamique de la guerre à leur image, et faire en sorte que les frappes américaines (comme les frappes russes) ne fassent que renforcer l'influence d'al-Qaïda. La triste vérité, c'est que la plupart des Syriens vivant dans les zones contrôlées par l'opposition considèrent aujourd'hui al-Qaïda comme plus fiable et plus compétent que les États-Unis quand il s'agit de protéger leur vie. Dès-lors, difficile de trouver un signe moins équivoque de défaite politique.

Quant à l'argument portant sur l'absence d'alternative politique au régime Assad, il cache mal de sombres desseins inavouables, précise à son tour L'ORIENT LE JOUR. Nul n'ignore, en effet, que la société syrienne compte une élite éclairée capable, si elle bénéficie de l'appui nécessaire, de prendre la relève. En d'autres termes, par sa politique attentiste, le président Obama aurait laminé cette élite modérée et, du même coup, boosté par ricochet une dictature sanguinaire qui foule au pied les valeurs présentées par l'Occident comme un modèle de bonne gouvernance.

D'où ce commentaire signé du quotidien AL-ARABI AL-JADID : si les États-Unis et la Russie ne cherchent pas à mettre fin aujourd'hui à la guerre en Syrie, c'est qu'il y aa une bonne raison à cela. Quand on observe le déroulement de la révolution syrienne à ce jour, une conclusion s’impose, dit-il. On ne laisse pas l’opposition vaincre un régime militairement. Et la non-livraison d’armes (à l'opposition) découlerait de ce plan. De même que l’on empêche, dans le même temps, le régime d’infliger à l’opposition une défaite qui l’anéantisse définitivement. Tout ceci, écrit encore le journal, confirme qu’il existe un accord entre la Russie et les États-Unis, poursuivant l'objectif de transformer la Syrie en un État mou qui soit perpétuellement au bord de l’effondrement. De sorte que la Syrie joue aujourd'hui un rôle dissuasif, à l’attention de quiconque envisagerait de se soulever contre une dictature dans la région.

En attendant, conclue le magazine SLATE, nos écrans de télé sont là pour nous montrer les conséquences de cette stratégie indigne, jusqu'au jour où elles viendront nous frapper en bas de chez nous.

Par Thomas CLUZEL

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