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La fin du ballet diplomatique : retour à la case départ ?

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après la visite de François Hollande à Vladimir Poutine, la fin du ballet diplomatique : retour à la case départ ?
Si nombre de quotidiens, du WASHINGTON POST au JERUSALEM POST se félicitent ce matin de ce que François Hollande et Vladimir Poutine ont affirmé hier soir leur souhait de "coordonner" leurs frappes aériennes en Syrie contre les jihadistes de l'Etat islamique, la visite du président français n’a pas débouché, en réalité, sur de grandes avancées, nuance pour sa part LE TEMPS de Genève. Principal point de désaccord, les divergences sur le sort de Bachar el-Assad.

Or les photos qui montrent les méthodes utilisées sur le terrain par les armées russe et syrienne suffiraient à elles seules à démontrer que la question n’est pas anodine. Elle est en réalité affaire de vie ou de mort, aussi bien au sens propre que figuré.

Aujourd'hui, la Russie est le seul acteur dont la stratégie soit claire, aussi bien sur le plan militaire que diplomatique. Aligné sur la position iranienne, Moscou rejette un départ forcé du président syrien. Et face à cette détermination russe, la marge est évidemment étroite. D'où cette question, qui revient comme une ritournelle et qui a encore gagné en intensité après les attentats de Paris : faudra-t-il s’accommoder, ne fût-ce que temporairement, de la présence du président syrien dans un éventuel règlement politique, afin de faire progresser la lutte contre les djihadistes de Daech ? Hier, François Hollande a fait un pas en direction du camp russo-chiite en levant le départ d’Assad comme pré condition à un règlement politique. Mais son départ reste indispensable au terme du processus, insiste Paris.

Russia's President Vladimir Putin meets with his French counterpart Francois Hollande.
Russia's President Vladimir Putin meets with his French counterpart Francois Hollande. Crédits : POOL New - Reuters

Il faut dire que depuis quelques semaines, la donne a quelque peu changé, précise le magazine SLATE. Les attaques terroristes de Paris ont été, bien évidemment, l’élément déclencheur de ce virage de la diplomatie française. Mais il est vrai que la Russie a elle aussi, dans une certaine mesure, modifié sa position. Depuis que le Kremlin a été obligé de reconnaître que l’Airbus de la compagnie Metrojet avait bien été victime d'un attentat revendiqué par Daech, l’aviation russe a dirigé ses frappes aussi bien contre l'organisation Etat islamique que contre les forces des opposants à Bachar el-Assad, qui, au début avaient été les cibles principales. Jusqu’à la semaine dernière, seuls 15% de leurs bombardements visaient Daech. Or aujourd’hui, c’est 50%, note en particulier une source diplomatique française.

Sauf que si cette réorientation des objectifs est jugée possible par Moscou, c'est parce qu’entre temps la Russie estime avoir suffisamment conforté la position de Bachar el-Assad. Avant l’intervention russe, le dictateur de Damas était aux abois. Et depuis, il a regagné quelques positions.

Et puis une autre question désormais se pose, Vladimir Poutine cherchera-t-il à tirer profit de sa relative position de force pour arracher des concessions sur d’autres dossiers et notamment celui de l’Ukraine ?
La situation y était plutôt stable au cours des dernières semaines. La Russie avait même fait un geste en acceptant le rééchelonnement d’une partie de la dette ukrainienne. Quant à François Hollande, il avait déjà laissé entrevoir un allègement progressif des sanctions économiques qui frappent la Russie depuis plus d’un an, si les accords de Minsk étaient respectés. Or ce n’est sans doute pas une coïncidence si des inconnus ont fait sauter la semaine dernière plusieurs pylônes alimentant en électricité la Crimée. Nationalistes ukrainiens ou Tatars, les auteurs de ces attentats ont très certainement voulu attirer l’attention à un moment où les occidentaux se voient contraints de traiter Vladimir Poutine comme un interlocuteur indispensable.

Seule certitude, écrit toujours le magazine SLATE, c’est l’art des diplomates de savoir séparer les dossiers ou de s’adonner au donnant-donnant, selon les circonstances. Pendant plus d’un an et demi, la crise ukrainienne n’a eu aucune influence dans la négociation sur le nucléaire iranien, malgré la tension entre les Russes et les Occidentaux. En Syrie, Vladimir Poutine leur a même déjà sauvé une fois la mise, en proposant la destruction des armes chimiques de Damas, alors que les États-Unis renonçaient à faire respecter la«ligne rouge» édictée par eux-mêmes. C'est peu de dire que Vladimir Poutine n’est donc pas pressé pour présenter l’addition.

Et puis dans le combat contre Daech, la principale difficulté ne sera pas de forger une alliance militaire entre l'Occident et la Russie, estime le journal économique libéral Il SOLE. Poutine n'est certes pas un modèle de démocratie, mais si Daech incarne une sorte de nazisme contemporain, alors il faut se rappeler que l'alliance entre l'Occident et Staline s'était soldée par la victoire, alors que Staline était un personnage bien plus redoutable que Poutine. Le véritable défi n'est donc pas de parvenir à un accord, en conciliant des intérêts communs, en dépit d'ambitions concurrentes. Le plus difficile sera de trouver un accord avec leurs clients régionaux respectifs. Or s'ils n'en sont pas capables et ne s'attèlent pas à construire un nouveau Proche-Orient, ils répèteront l'erreur commise par les Français et les Anglais il y a exactement un siècle, lorsque ceux-ci avaient redéfini avec arrogance les frontières d'une région qui se décompose aujourd'hui.

Par Thomas CLUZEL

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