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Deux militaires cambodgiens lisent un journal dans les rues de la capitale, Phnom Penh

La fin du jeu démocratique

5 min
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Au Cambodge, en amont des élections générales l’an prochain, le chef du gouvernement menace de fermer un des derniers journaux critiques du pays, en invoquant une dette fiscale de 6,3 millions de dollars.

Deux militaires cambodgiens lisent un journal dans les rues de la capitale, Phnom Penh
Deux militaires cambodgiens lisent un journal dans les rues de la capitale, Phnom Penh Crédits : ROB ELLIOTT - AFP

C’est un tournant qui menace de faire entrer le Cambodge dans une nouvelle période de répression. Dans son éditorial, THE CAMBODIA DAILY s'inquiète ce matin de la nouvelle ruade du gouvernement à son encontre. Hier, le ministère des finances a décidé, en effet, de porter un peu plus haut encore ses accusations contre le journal. Le service des impôts le soupçonne d'évasion fiscale et lui réclame un versement de plus de 6 millions de dollars avant lundi prochain, faute de quoi le journal pourrait être fermé. Une facture que conteste, bien évidemment, le quotidien qui prend soin de rappeler que la répression du gouvernement contre les médias a déjà été condamnée par de très nombreux observateurs internationaux qui, tous, laissent entendre que les autorités cherchent à purger les médias, en particulier les plus critiques. Et lorsqu'on sait combien THE CAMBODIA DAILY s'est fait remarquer pour ses enquêtes, sans concession, sur le népotisme qui caractérise le régime cambodgien, on a vite fait de comprendre d'où vient le harcèlement dont il fait désormais l'objet.

Aussitôt, de nombreux journalistes ont décidé de se mobiliser sur les réseaux sociaux, sous le mot-clé #SaveTheDaily. En particulier, l'ex rédactrice en chef, récompensée l'an dernier par un prix Pulitzer, évoque «un coup terrible porté à la liberté de la presse». Car ce journal n'est, malheureusement, pas le seul média à faire les frais de cette véritable purge. Les radios Voice of America (VOA) et Radio Free Asia (RFA) se voient, également, réclamer des arriérés d’impôts. Enfin dernier exemple en date, la semaine dernière, une station de radio locale (où le principal parti d’opposition disposait à l'antenne d’une émission) a été contrainte de cesser d’émettre, à la suite d'une injonction du ministère de l’Information. Pour un journaliste cité par THE PHNOM PENH POST, repéré par le Courrier International, les attaques actuelles du gouvernement sont à mettre directement en relation avec les élections législatives qui se tiendront l'an prochain. Par son ultime combat contre la société civile, le Premier Ministre Hun Sen (en poste depuis plus de 30 ans) tente ainsi de maîtriser l’espace public et de neutraliser toute velléité d'opposition.

Toujours plus haut, en Chine cette fois-ci, les autorités ont dévoilé de nouvelles règles d'utilisation d'Internet dans le pays. Et pour les résumer, le site QUARTZ écrit tout simplement : l'anonymat sur l'internet chinois vient de mourir. On savait déjà que pour des applications comme WeChat ou Weibo des règles existaient pour forcer les internautes à donner leur vrai nom. De même pour obtenir une ligne téléphonique mobile. Le forum Tieba (où l'on trouve une communauté d'activistes politiques très importante) a également dû affronter l'imposition de cette règle, il y a quelques mois. Mais cette fois-ci l'administration a voulu aller encore plus loin. Désormais, précise le magazine SLATE, un internaute chinois ne pourra plus rien poster sur le web, sans dévoiler qui il est. En clair, les censeurs sont en train de gagner.

Pendant ce temps, en Thaïlande, on est toujours sans nouvelles de l'ex Première-Ministre. Vendredi dernier, Yingluck Shinawatra ne s'est pas présentée au verdict de son procès. Et depuis tous les journaux s'interrogent : Yingluck, où es-tu?, se demande notamment THE NATION. Selon une source au sein de la junte militaire au pouvoir, l'ex-Première ministre se trouverait à Dubaï, où son frère Thaksin (lui aussi ancien Premier Ministre) possède une résidence de luxe. Mais davantage encore que sur son point de chute, tous les médias spéculent sur le fait que son départ a été négocié avec les militaires au pouvoir, lesquels ont désormais les coudées franches pour remodeler la scène politique avant les élections de l'an prochain.

Et voilà comment THE BANGKOK POST explique, ce matin, comment les militaires cherchent à présent à justifier la fuite de l'ancienne Première Ministre. Selon le chef de l'armée, son évasion a été planifiée : dans les jours précédant son départ, Yingluck Shinawatra a changé de téléphones et de voitures pour déjouer la surveillance dont elle faisait l'objet, a-t-il expliqué hier devant la presse, tout en rejetant les affirmations selon lesquelles l'armée l'aurait tout simplement laissée s'échapper. Quoi qu'il en soit, pour le journal de Bangkok, l'affaire est entendue. Toute cette histoire n’est qu’une comédie, dit-il, jouée à la fois par l’ancienne garde et la nouvelle élite, comprenez les technocrates, la bureaucratie et le milieu des affaires. Et aucune élection ne pourra, désormais, changer cet état de fait. Au fond, peu importe où se trouve l'ex Première ministre, conclue l'éditorialiste, car la population, elle, sera contrainte de jouer le jeu, de se soumettre au rôle qui lui est assigné dans la pièce écrite par les puissants. Ou dit autrement, quand les élites s’arrangent, le peuple, lui, n’est rien d'autre qu’un pion.

Direction l'Europe à présent avec une nouvelle passe d'armes entre Bruxelles et Londres. Les négociateurs britanniques et européens ont commencé un troisième cycle de discussions, au sujet du «Brexit». Or hier, peut-on lire sur le site de la BBC, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a répété que l'UE refuserait catégoriquement de discuter de ses futures relations commerciales avec la Grande-Bretagne, tant que les conditions du divorce n'auront pas été définies au préalable (contrairement à ce que souhaite Londres). La veille, déjà, rappelle THE TIMES, le négociateur européen Michel Barnier avait lui dénoncé l’ambiguïté britannique et notamment le fait que le Royaume-Uni n’ait pas encore produit de proposition financière pour régler ce qu’on appelle la facture du divorce.

Bien entendu, il n'en fallait pas davantage pour provoquer l'ire des journaux les plus hostiles à l'UE, à l'instar du DAILY MAIL. Il est grotesque, dit-il, de nous demander de faire une proposition sans savoir à quoi nous pouvons nous attendre en retour. Et d'ajouter, l'attitude de Bruxelles ressemble à une tentative délibérée de saboter les négociations dans l’espoir de faire reporter le «Brexit» à jamais. Une chose est sûre, rapporte de son côté l'hebdomadaire de gauche NEW STATESMAN, on ignore peut-être encore ce que désiraient ou attendaient les pro-«Brexit» lorsqu’ils ont mis leur bulletin dans l’urne, mais il est quasi certain qu’ils ne voulaient pas d’un tel scénario.

Par Thomas CLUZEL

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