LE DIRECT
Une plage de la baie Nettlé sur l'île de Saint-Martin, avant l'arrivée de l'ouragan Irma

La fin du rêve

5 min
À retrouver dans l'émission

Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré dans l'océan Atlantique, a semé une dévastation absolue dans plusieurs îles des Caraïbes. L'ouragan se décale vers l'ouest et devrait passer au nord d'Haïti, avant de prendre la direction de Cuba et la Floride.

Une plage de la baie Nettlé sur l'île de Saint-Martin, avant l'arrivée de l'ouragan Irma
Une plage de la baie Nettlé sur l'île de Saint-Martin, avant l'arrivée de l'ouragan Irma Crédits : LIONEL CHAMOISEAU - AFP

Oubliez les décors de carte postale. Tous les poncifs qui ont façonné et structurent, encore aujourd’hui, le regard porté sur les Caraïbes et ses points de vue paradisiaques ont été balayés, depuis hier, par le plus puissant ouragan jamais enregistré dans la région, un ouragan de la taille de la France. Sur la petite île de Barbuda, Irma a semé une dévastation absolue. L'île, désormais à peine habitable, n'est plus qu'un tas de décombres. A Saint-Martin et Saint-Barthélémy, les premières rafales ont dépassé les 300 km/h. Sur les deux îles, la situation est dramatique. 95% de la partie française de Saint-Martin est aujourd’hui détruite. Ce matin, du LOS ANGELES TIMES au WALL STREET JOURNAL en passant par FOX NEWS, chacun cherche encore ses mots. Mais qu'il «ratisse», qu'il «frappe» ou qu'il «s'abatte» sur les Caraïbes, rien ne semble véritablement pouvoir rendre de compte de la violence de cet ouragan, comme en témoignent, d'ailleurs, les très nombreuses photos et vidéos déjà postées sur les réseaux sociaux : mer déchaînée, toits arrachés. Quand les voitures ne sont pas déjà immergées, ce sont les bateaux qui sont projetés sur les routes.

A présent, l'ouragan se décale vers l'ouest. A Cuba, l'état d'alerte a été déclaré dans les provinces orientales. Le sud de la Floride, lui, se prépare déjà au pire. A Miami, de longues files d'attente se sont formées devant les stations-services et les habitants se ruent dans les supermarchés. Et puis tandis que le puissant ouragan s'approche des côtes haïtiennes, la colère des habitants du littoral envers les autorités grandit. Et pour cause, les pêcheurs du Cap-Haïtien n'ont reçu aucune information officielle et ignorent, désormais, où se mettre à l'abri. Accroupi près du tronc d'arbre qu'il a creusé pour se faire une barque, Josué n'a entendu parler de l'arrivée de l'ouragan qu'hier, en prenant son café matinal près d'un marché. «Je ne savais pas qu'un cyclone arrivait, parce qu'ici on ne reçoit pas l'électricité et donc on ne peut pas avoir d'informations», explique de son côté Jacquie. Depuis le début de l'année, la jeune femme a déjà vu son habitation par deux fois inondée. Et l'évocation du passage à proximité d'un nouvel ouragan la terrifie. Dans les colonnes du NOUVELLISTE, Hilaire, lui, raconte qu'il n'a pas peur de mourir dans la mer : «Au contraire, dit-il, je préférerais parce que personne ne retrouverait mon corps et pourrait se faire de l'argent sur mon dos». «Maintenant que je sais qu'un cyclone approche, je vais rassembler mes papiers importants dans un sac plastique et les attacher en hauteur, sur la charpente, car je n'ai que cette maison et nulle part où aller», raconte pour sa part Pierre, en pointant du doigt une maigre poutre qui soutient la pièce unique, faite de tôles et de bois, où il vit avec sa femme et ses deux enfants. Conscient que la rivière d'eau sale qui coule à quelques mètres de là pourrait l'emporter, lui et sa famille, il ne peut que se résigner. «Dans la vie, on a tous un endroit où mourir», conclut-il avant d'aller jouer aux dominos avec ses amis, en évoquant brièvement dans la conversation l'arrivée «d'un mauvais temps».

Moins de 10 jours après la tempête Harvey, qui a balayé le Texas, la violence de l’ouragan Irma annonce un nouveau désastre humanitaire. Ou quand un ouragan chasse l'autre. Irma pourrait même être suivi par Jose, une tempête tropicale actuellement au milieu de l'Atlantique et reclassifiée en ouragan, tout comme Katia, de l'autre côté du Golfe du Mexique, avec des vents de 120 km/h qui devraient, eux aussi, se renforcer dans les prochaines heures.

Aux Etats-Unis, hier, à peine rentré de sa pause estivale, le Congrès américain a lui commencé à voter pour débloquer des fonds d'urgence pour les victimes de la tempête Harvey. Et c'est, d'ailleurs, l'un des rares sujets consensuel entre la majorité républicaine, l'opposition démocrate et Donald Trump. Car pour le reste, la proposition du président de mettre fin au programme de protection temporaire des «Dreamers» (ces immigrés arrivés illégalement avec leurs parents alors qu’ils étaient mineurs et pour la plupart, depuis, parfaitement intégrés), continue de susciter de vives critiques. Hier, quinze Etats américains mais aussi la capitale fédérale, Washington, ont porté plainte contre cette décision, cet acte de pure cruauté, ainsi que l'écrit THE LOS ANGELES TIMES. Même les patrons commencent désormais à donner de la voix. «Pourquoi se priver d’actifs bien intégrés dans le marché de l’emploi et qui paient des impôts ?», se demande notamment l'un d'entre eux dans les colonnes du NEW YORK TIMES. «Ces jeunes qui poursuivent le rêve américain sont des Américains comme les autres, exception faite de leur statut, et ils sont actifs dans tous les secteurs de l’économie», renchérit un autre cité, lui, par THE WASHINGTON POST. Et le site POLITICO d'en conclure : Même si l’administration Trump a indiqué qu’elle attendrait six mois avant d’appliquer sa décision, cette nouvelle initiative, qui répond aux vœux de la base la plus conservatrice du président, élargit un peu plus encore le fossé entre les patrons d'un côté et Donald Trump de l'autre.

Et après la fin du rêve américain, la fin du rêve européen. Selon un document fuité cette semaine au quotidien de Londres, THE GUARDIAN, le ministère de l'Intérieur britannique souhaite donner «la préférence sur le marché du travail aux résidents» et restreindre la possibilité pour les Européens peu qualifiés de chercher un emploi au Royaume-Uni. Ou dit autrement, immédiatement après le Brexit (dont la date est prévue en mars 2019), le Royaume-Uni supprimerait la libre circulation et mettrait en place des mesures pour réduire le nombre d’immigrants en provenance de l’UE. Parmi celles-ci figurent, notamment, l’introduction d’un nouveau système limitant drastiquement le droit des citoyens européens au regroupement familial, mais aussi l’obligation de montrer un passeport plutôt qu’une carte d’identité en arrivant dans le pays. Le document souligne, toutefois, que les propositions qu’il contient doivent encore obtenir l’approbation de l’ensemble du gouvernement et qu’elles sont «sujettes à négociation avec Bruxelles».

Bruxelles, d’ailleurs, qui de son côté a gagné une manche, hier, contre les pays réfractaires à l’accueil de réfugiés. La justice européenne a, en effet, confirmé que la Hongrie et la Slovaquie ne pouvaient pas refuser d’accueillir des demandeurs d’asile, au titre de la solidarité envers d’autres Etats membres. Viktor Orbán et ses homologues d’Europe centrale et orientale auront beau eu se battre jusqu’au bout, c’est une défaite cuisante qu’ils ont essuyée hier, se réjouit LE TEMPS. Reste à savoir si la Hongrie et la Slovaquie accepteront de se plier à cette décision de la Cour de justice ou gâcheront, définitivement, le rêve européen.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......