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Manifestants lors de la mobilisation contre la loi El Khomri.

La France est-elle anti-réformiste ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les opposants à la réforme El Khomri ont estimé avoir réussi leur pari en mobilisant, hier, contre la réforme du Code du travail. Mais le gouvernement n'y voit pas la démonstration d'un refus de la réforme.

Manifestants lors de la mobilisation contre la loi El Khomri.
Manifestants lors de la mobilisation contre la loi El Khomri. Crédits : Philippe Wojazer

Et si une nouvelle France, capable de commencer à se réinventer socialement, émergeait enfin ? A en juger par le nombre des pétitionnaires en ligne opposés à la réforme du Code du travail et au vu de la mobilisation des organisations étudiantes, la question semble tranchée. Et pourtant, en dépit de la levée de boucliers suscitée par le projet de réforme du gouvernement, nombre de commentateurs de la presse étrangère veulent encore y croire. C'est le cas en particulier du TEMPS de Lausanne, le journal qui garde l'espoir que le gouvernement français sauvera son projet. L’erreur, dit-il, serait de croire les choses figées. L’opinion peut être convaincue et la rébellion d’une partie du PS peut être contournée. D'autant que les syndicats les plus intransigeants ne sont plus aussi forts. Ou dit autrement, dans cette France ankylosée, le moment est peut-être plus propice aux réformes qu’il n’y paraît. Et l'éditorialiste de se persuader encore : il est grand temps de reconnaître que de très nombreux Français n’ont pas peur des réformes. Tout d'abord, parce que la France, poussée par sa vitalité démographique, change plus vite que ses élites et ses partenaires sociaux. Et ensuite, parce que le chômage massif, qui sévit depuis des décennies, a définitivement sapé aux yeux de beaucoup la crédibilité d’un système de toute façon menacé d’asphyxie budgétaire.

Pour autant, le quotidien reconnait qu'en cas de déréglementation, des licenciements massifs sont, certes, à craindre. Mais l’impasse n’est pas inéluctable, assure-t-il, et ce malgré l’impopularité record du président, l’implosion de la gauche et les calculs politiciens de fin de mandat. C’est peut-être trop tard pour Hollande, qui a dit qu’il ne se représenterait que si le chômage recule. Mais ce n’est pas trop tard pour la France, veut croire à son tour le site d'information américain BLOOMBERG.

Le défi est de taille.

Sauf que le défi est de taille, puisqu'à en croire le quotidien britannique THE INDEPENDENT, il s'agit aujourd'hui pour le gouvernement le plus impopulaire de ces dernières années de tuer, rien de moins, que la vache économique et sociale la plus sacrée du pays. Autant dire que la partie n'est pas franchement gagnée. Et d'ailleurs, la détermination du président Hollande à mener à bien son projet laisse même perplexe le journal de la City THE FINANCIAL TIMES, cité par le Courrier International. A un an de la prochaine présidentielle et avec une cote de popularité qui touche le fond, François Hollande a besoin de rallier la gauche derrière sa candidature, au risque de ne pas passer le premier tour en 2017. Et pourtant, il continue de jouer la division au sein même de son gouvernement et du Parti socialiste. Une tactique, écrit le quotidien de Londres, d’autant plus surprenante que Hollande avait jusqu’ici la réputation de préférer le compromis au clivage. Or le journal dresse la liste des coups de barre à droite donnés par le gouvernement : la loi Macron, les aides aux entreprises et la déchéance de nationalité. Et puis est arrivée l’annonce de la création de 500 000 emplois aidés, qui laissait penser enfin à un virage vers la gauche. Du moins avant que n’arrive la réforme du droit du travail, la tentative la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale pour injecter de la flexibilité dans le marché du travail français.

Bien qu'elle suscite aujourd'hui de vives critiques dans l’Hexagone, la réforme du code du travail proposée par le gouvernement a déjà été adoptée par une grande majorité des pays européens.

C'est ce que rappelle, en particulier, le quotidien italien IL MANIFESTO. Avant toutefois de préciser que si la France arrive, en effet, bonne dernière concernant cette réforme, cela ne veut pas dire que c’est une bonne réforme. En Italie, précise la correspondante du journal à Paris, des mesures analogues ont été adoptées l’an dernier : on a détricoté le droit du travail, facilité les licenciements et assoupli les procédures, comme on dit. Les jeunes, par exemple, n’ont presque plus droit au CDI mais doivent se contenter de contrats plus précaires. Un an après, le gouvernement parle de réussite mais il y a, en réalité, beaucoup d’effets d’optique et le chômage n’a pas vraiment baissé. Et la journaliste d'en conclure : y a-t-il plus d’embauches si on supprime des droits ? Vu d’Italie, il est impossible, dit-elle, de répondre à cette question par l’affirmative.

De son côté, l’Espagne a également adopté une loi analogue il y a quatre ans. Loi qui a fait très mal aux Espagnols, avertit le quotidien madrilène EL PAIS. Aujourd’hui, le chômage n’a pas baissé, contrairement à ce qu’on entend souvent. Il aurait même dû augmenter s’il n’y avait pas eu la légère reprise économique qu’on observe en Europe, grâce à la chute des prix du pétrole. En revanche, il y a eu des licenciements massifs dans beaucoup d’entreprises, facilités par cette loi, et les salaires ont considérablement baissé.

Bien entendu, précise encore le journal, les Français doivent faire quelque chose car le chômage est un vrai problème. Mais il existe d’autres solutions que de simplement casser les droits des travailleurs. Il faut trouver une voie différente. Et nous pensions, justement, que les Français en étaient capables. Pour les Espagnols, la France est un miroir, un exemple pour toute l’Europe, elle symbolise la résistance, la patrie de droits de l’homme et des droits des travailleurs. Or la réforme du droit du travail va à l’inverse de cela. Et le journal d'en conclure : les Français ont raison de se mobiliser. Ce n’est pas une réforme naturelle de la gauche et elle est dangereuse.

François Hollande est-il encore de gauche ?

D'où cette dernière question posée par le quotidien de Bruxelles LE SOIR : François Hollande est-il encore de gauche ? En réalité, écrit l'éditorialiste, la question n’est même plus de savoir si François Hollande est toujours de gauche. Car qu’elle soit de gauche ou de droite, le problème dramatique de sa politique est surtout qu’après quatre ans d’efforts elle ne porte désespérément pas de fruits.

Par Thomas CLUZEL

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