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Le drapeau du Biafra peint sur un mur, à l'occasion du 50 ème anniversaire de la guerre civile au Nigéria

La frontière de la discorde

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Un demi-siècle après le début de la guerre du Biafra, laquelle a conduit à une famine sans précédent, les tendances sécessionnistes perdurent au Nigéria.

Le drapeau du Biafra peint sur un mur, à l'occasion du 50 ème anniversaire de la guerre civile au Nigéria
Le drapeau du Biafra peint sur un mur, à l'occasion du 50 ème anniversaire de la guerre civile au Nigéria Crédits : STEFAN HEUNIS - AFP

C'était il y a tout juste 50 ans. Le 6 juillet 1967 débutait au Nigéria une guerre civile, dans la province sécessionniste du Biafra, dont on estime à près de deux millions et demi le nombre de victimes. Or un demi-siècle plus tard, des appels à une possible sécession font encore la Une au Nigéria. Et ceci presque tous les jours. Les tendances sécessionnistes perdurent dans plusieurs parties du pays. C'est ainsi, précise le site de la DEUTSCHE WELLE, qu'un récent appel du groupe de jeunes musulmans radicaux du Nord est intervenu sur fond de divisions ethniques, faisant écho aux messages sécessionnistes et virulents du mouvement pour les peuples du Sud. Les démons du séparatisme sont donc toujours présents au Nigéria. Dans la province du Biafra, en particulier, beaucoup d’enfants nourrissent aujourd'hui un sentiment de revanche. Et pourtant, rares sont ceux qui savent ou ont appris ce qui s’est réellement passé, il y a 50 ans. Roy, 23 ans, raconte par exemple que le Biafra n'a jamais été au programme à l'école. Sauf, en sciences sociales. « Dans un livre, il y a bien un chapitre à ce sujet, mais il est très court, seulement deux ou trois pages ». Un manque presque total d'information, donc, dans le but de faire ignorer au pays sa propre histoire et qui contraste avec la couverture, à l'époque, de cette guerre, pendant laquelle le photojournalisme en plein essor, rappelle LA TRIBUNE DE GENEVE, exposait largement aux populations occidentales le dénuement du Tiers monde, quitte à contribuer à forger l'image d'une Afrique en proie aux conflits et à la famine. Roy, lui, a surtout beaucoup appris en réalité de son père, lui-même enfant soldat lors de la guerre. Il est au fond, conclue l'article de la DEUTSCHE WELLE, à l’image de toute cette génération de Nigérians qui a grandi avec des histoires de guerre partisanes qui perdurent encore aujourd'hui, sans qu'elles ne fassent plus à présent la Une de l'actualité sauf au Nigéria.

Direction, à présent, une bande de terre dans la Corne de l’Afrique, où la paix menace d'être réduite à néant avec l’actuelle crise du Golfe

C’est l'une des conséquences inattendues de la crise entre le Qatar et l'Arabie-Saoudite. Le retrait des troupes qataries à la frontière entre Djibouti et l’Érythrée a ravivé la tension entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique. Cette frontière, longue de 125 kilomètres, est l’objet d’une dispute depuis maintenant deux décennies. Sauf qu'en juin 2010, un accord avait finalement été signé entre les deux pays, sous l’égide du Qatar. Problème, l’Érythrée comme Djibouti sont aujourd'hui des alliés de l'Arabie-Saoudite. D'où la décision récemment du Qatar de retirer ses forces d'interposition. Aussitôt la frontière libérée, l’Érythrée en a profité pour violer le statu quo ante, en se rapprochant de la zone conflictuelle. Une zone, insiste LA NATION, qui appartient à la république de Djibouti et que l’Érythrée revendique de façon insensée.

Bien évidemment, lorsque l'Arabie Saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec le Qatar, le sort de cette frontière dans la Corne de l'Afrique ne figurait sans doute pas au cœur de leurs calculs géostratégiques complexes, note THE REPORTER cité par le Courrier International. Reste qu'en cas de reprise des hostilités entre l’Érythrée d'un côté (considéré comme un État paria) et Djibouti de l'autre (terre d’accueil de plusieurs bases militaires étrangères), le quotidien d’Addis-Abeba craint non seulement un impact économique pour l’Éthiopie (dont l’accès à la mer dépend de Djibouti), mais aussi pour le reste du monde. Cette frontière contestée a beau être aride et éloignée, elle n'en demeure pas moins, en effet, stratégique. Pourquoi ? Parce qu'elle surplombe le détroit à l’entrée sud de la mer Rouge. Or, plus de 10 000 bateaux empruntent ce détroit chaque année, transportant des dizaines de milliards de dollars de marchandises et, notamment, près de 4 % de l’approvisionnement mondial en pétrole.

Un autre conflit vieux, lui aussi, de plusieurs décennies et dont les pourparlers de paix ont échoué ce matin, à l'aube

Le marathon des négociations inter-chypriotes s'est conclu sans accord. Hébergées dans une station de sport d'hiver suisse (depuis le 28 juin dernier), ces négociations étaient pourtant considérées comme la meilleure chance depuis de longues années de mettre fin à la division de l'île en 1974, remarque LE TEMPS. Antonio Guterres lui-même, le secrétaire général de l'ONU, avait parlé de discussions « hautement productives ». En vain, donc. Mais faut-il seulement s'en étonner ? Le quotidien PHILELEFTHEROS juge qu'il n'est pas besoin d'être un génie de la politique pour savoir que la pression exercée sur la partie chypriote grecque avait pour but d'imposer une demi-solution, qui aurait perpétué, de facto, la présence de l'armée turque sur l'île. Dès-lors, les deux seules options auraient été soit une solution dictée par la Turquie (mais rejetée par les Chypriotes grecs), soit un rejet tout cours de la proposition (quitte à couvrir Nicosie de honte). De son côté, le quotidien HÜRRIYET DAILY NEWS note que toute solution réelle aurait été impopulaire dans les deux camps. Mais après tout, ne sont-ce pas les décisions de cette envergure qui forgent les véritables leaders ? Enfin, pour le quotidien en ligne TO VIMA, la conclusion à tirer de ce nouvel échec n'est pas seulement pessimiste, elle est résolument belliqueuse : Il faut se rendre à l'évidence, dit-il, les Turcs ne quitteront jamais Chypre. A présent, le seul moyen possible est qu'ils partent comme ils sont venus : en les expulsant par le recours à la violence militaire.

Et après n'avoir pu que constater l'échec de ces négociations, le secrétaire général de l'ONU a décollé, ce matin, direction le G20 à Hambourg

Hambourg où des affrontements ont éclaté, hier soir, entre plusieurs milliers de manifestants anti-G20 et la police. La manifestation qui a dégénéré avait été organisée sous le slogan « Welcome to Hell » (« Bienvenue en enfer »). Le titre, évidemment provocateur, est d'ailleurs repris en Une ce matin sur le site du DAILY BEAST. Quand le BERLINER MORGENPOST estime lui que Hambourg se prépare à l'état d'urgence, son confrère de Vienne DER STANDARD prévient : Avis de tempête sur le monde. D'autant qu'un autre grand rassemblement, à l'initiative de la mouvance d’extrême gauche antifasciste, est d'ores et déjà prévu demain en fin de matinée. Ce mouvement appelle « à la résistance contre les anciennes et les nouvelles formes de pouvoir du capitalisme », avec un seul mot d'ordre : « Non au G20, solidarité sans frontières ».

Par Thomas CLUZEL

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