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Des Rohingyas, issus de la minorité musulmane, fuient la Birmanie

La fuite comme unique chance de survie

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Depuis une semaine, des milliers de Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh, en raison d'un regain de combats entre l'armée birmane et des rebelles issues de la minorité musulmane persécutée.

Des Rohingyas, issus de la minorité musulmane, fuient la Birmanie
Des Rohingyas, issus de la minorité musulmane, fuient la Birmanie Crédits : ZAKIR HOSSAIN CHOWDHURY / ANADOLU AGENCY

En moins d'une semaine, on estime déjà à plus de 20 000 le nombre d'habitants terrifiés qui ont fui la Birmanie, pour se précipiter vers la frontière avec le Bangladesh. Après des attaques lancées contre des policiers par des insurgés Rohingya (cette minorité musulmane opprimée dans une Birmanie à prédominance bouddhiste) l'armée a décidé de se lancer dans une expédition punitive, particulièrement atroce, dans les villages musulmans. Et si certains se demandent encore, pourquoi devrions-nous respecter la dignité de ces insurgés qualifiés de "terroristes" par le gouvernement, peut-être ferions-nous mieux d'inverser la question et de s’interroger : les autorités birmanes ne sont-elles pas, elles-mêmes, directement responsables de cette escalade de la violence ? A lire THE BANGKOK POST, ce matin, les récents affrontements en Birmanie reflètent avant tout les échecs répétés du gouvernement à empêcher les effusions de sang. Au lieu de cela, les autorités ont exacerbé ce conflit ethnique, en traitant les musulmans Rohingyas au mieux comme des migrants illégaux, au pire comme des terroristes. Et c'est ainsi que nombre de journaux pointent, à présent, l'aura ternie de la chef du gouvernement et ex dissidente, Aung San Suu Kyi. La lauréate du prix Nobel de la paix, adulée lorsqu'elle était en résidence surveillée, elle qui incarnait la lutte pour les droits de l'homme et la liberté, est devenue une icône sans éclat, titre notamment la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, avant d'ajouter : en s'alignant sur l'armée, aux commandes dans le pays, elle paie ainsi son tribut à la Realpolitik.

Son passé de guérillera à elle et sa résistance face à la torture ne l'auront pas protégées non plus. Elle, c'est l'ex présidente brésilienne Dilma Rousseff, adulée en son temps et tombée depuis en disgrâce, destituée pour maquillage de comptes publics il y a tout juste un an. L'occasion pour la TAGESZEITUNG de rappeler combien, depuis sa chute, c'est tout le Brésil qui est en train de chavirer dans l'indifférence générale, déplore le quotidien berlinois : la pauvreté et la faim sont revenues, la violence bannie des favelas lors de la Coupe du monde et des JO est également de retour. Le journal qui relève, tout de même, que le Parti des travailleurs de Dilma Rousseff et de son prédécesseur Lula n'est pas exempt, pour autant, de critiques. La gauche a notamment échoué, dit-il, à investir dans l'éducation ou à améliorer les soins de santé. Quoi qu'il en soit, conclue l'article, le pays est désormais dans un tel état, que certains doutent même qu'il y ait une élection présidentielle l'an prochain.

Les élections prévues en Allemagne, elles, auront bien lieu. Dans moins de quatre semaines, les législatives diront si Angela Merkel restera ou non chancelière. Mais déjà la réponse est invariablement la même. Toute la presse s'accorde à dire que, selon toute vraisemblance, Merkel remportera ces élections. Pourquoi ? Tout d'abord parce que jamais l’Allemagne ne s’est aussi bien portée. Mais plus encore, écrit la ZÜRCHER ZEITUNG, le don rare de Merkel est de donner un sens aux choses, même en présence de faits complètement hétéroclites. Qu’il est rassurant pour une nation d’avoir une mère qui apporte toujours ordre et fiabilité à un monde qu’on a pourtant tant de mal à comprendre. Reste que de nombreux commentateurs s'étonnent, tout de même, de l'absence de mordant de l'opposition. THE FINANCIAL TIMES, en particulier, se demande pourquoi Martin Schulz ne capitalise pas davantage sur les points faibles de la chancelière, qu'il s'agisse de la question des réfugiés et de l’intégration, ou de la criminalité. Le nombre de cambriolages s’est envolé, dit-il, sous le mandat de Merkel, en dépit du discours de la CDU qui se pose en parti de la loi et de l’ordre. Enfin, toujours selon le quotidien de la City, l'opposition n’a pas su tirer, non plus, parti du scandale des moteurs diesel. Mais il faut bien reconnaître qu'une annonce est sans doute venue handicaper la difficile campagne de Martin Schulz : la confirmation, il y a quelques jours, par le Premier Ministre russe de la candidature de Gerhard Schröder à un poste au sein du Conseil de surveillance de la compagnie pétrolière Rosneft, avec à la clé pour l'ancien chancelier, précise LE TEMPS, une rémunération de 500 000 dollars, pour sa participation à quelques réunions par an. Voilà comment Schröder a miné le chemin que Schulz doit encore parcourir jusqu’au 24 septembre, fustige notamment le quotidien de centre gauche SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Pour le SPD, Schröder a plus que jamais des allures de boulet, alors même que les sociaux-démocrates ont toujours le plus grand mal à assumer l’héritage des réformes d’inspiration libérale adoptées lorsqu’il était au gouvernement.

De lui, en revanche, on n'est jamais déçu. Lui, c'est Vladimir Poutine. La chaîne de télévision câblée DOJD avait déjà éventé la nouvelle, mais en publiant cette semaine son enquête sous forme de clip, l'opposant Alexeï Navalny a fait exploser l’audience de sa chaîne YouTube. Pendant plusieurs mois, lui et ses partisans ont enquêté sur les biens fonciers luxueux accumulés par le président Vladimir Poutine. Des images filmées par un drone donnent ainsi à voir une somptueuse propriété, située dans le grand nord russe. Ce manoir occupe un terrain de 50 hectares, délimité par une haute clôture électrifiée. La route d’accès est fermée. L’imagerie satellite permet toutefois d’observer une place d’atterrissage pour hélicoptère, ainsi qu'une digue permettant d’amarrer au moins un gros yacht. Ledit manoir compte 745m2 sur trois étages, ainsi qu’une dépendance de 1500m2.

Les registres de propriété publics référencent aujourd’hui ce manoir comme appartenant à un réseau complexe de sociétés, dont les bénéficiaires finaux sont tous des proches amis du président Poutine. Mais un journaliste de la chaîne indépendante DOJD, qui s’est rendu sur place pour enquêter, rapporte que les habitants locaux surnomment cette propriété «la résidence de Poutine». D’autres confirment que c’est bien le Service de sécurité du chef de l’État qui patrouille autour de la propriété. Quant à Alexeï Navalny il juge que «l’ensemble de ces informations confirme qu’il s’agit du schéma habituel de corruption de Vladimir Poutine. Ses biens et propriétés personnelles sont enregistrés sous le nom de ses amis proches. Il s’agit de la plus authentique des corruptions. Elle permet le train de vie somptueux du président aux dépens des contribuables». Autant d'accusations destinées, bien évidemment, à miner la réélection pré-programmée du chef de l’Etat en 2018.

Par Thomas CLUZEL

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