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Ken Livingstone, ex maire de Londres entre 2000 et 2008

La gauche britannique est-elle antisémite ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : peut-on taxer le Labour d’antisémitisme ? Voilà le genre d’accusations qui pleuvent, depuis quelques jours, sur le parti travailliste britannique.

Ken Livingstone, ex maire de Londres entre 2000 et 2008
Ken Livingstone, ex maire de Londres entre 2000 et 2008 Crédits : Andrew Winning

Tout a commencé la semaine dernière, rappelle la BBC, lorsque le président du parti, Jeremy Corbyn, s’est vu reprocher d’avoir attendu 32 heures avant de suspendre, enfin, une parlementaire accusée d’antisémitisme pour avoir posté en 2014, sur Facebook, une image montrant l'État d'Israël incrusté sur une carte des États-Unis avec ce titre : « Solution pour le conflit israélo-palestinien : relocalisez Israël aux États-Unis », suivi du commentaire: « problème résolu ».

Sauf que la suspension de la parlementaire n'a, en réalité, rien résolu justement. Deux jours plus tard, Ken Livingstone, l’ancien maire de Londres (entre 2000 et 2008) et allié de longue date de Jeremy Corbyn a décidé, en effet, de défendre à la télévision la jeune députée travailliste. Ses arguments ? « Quand Hitler a gagné les élections en 1932, sa politique, explique-t-il, était que les Juifs devaient être déplacés vers Israël ». En clair, « Hitler soutenait le sionisme, avant de devenir fou et de finir par tuer six millions de Juifs ». Évidemment, la déclaration a rapidement tourné en boucle sur tous les médias britanniques. Un député du Labour a même violemment interpellé l'ancien édile de Londres en l'accusant d'être un « répugnant apologiste du nazisme ».

Cette fois-ci, Corbyn, qui a visiblement retenu la leçon note THE INDEPENDENT cité par le Courrier International, a décidé d’agir immédiatement : Ken Livingstone a aussitôt été suspendu pour avoir nui au parti. Sauf que depuis l’ancien maire persiste et signe : 48 heures plus tard, il disait regretter les bouleversements causés par ses commentaires, mais estimait avoir dit la vérité. Dans un entretien accordé samedi à la radio LBC, il a enfoncé un peu plus encore le clou : « Je n’ai jamais eu à regretter d’avoir dit la vérité ». Et d’ailleurs, « c’est un fait, que le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, lui-même, a lui aussi soutenu », a-t-il insisté, avant d’expliquer que ses déclarations s'appuyaient sur l'Histoire et n'avaient rien d'antisémite, mais qu'elles avaient été exploitées, en revanche, à des fins politiques par les partisans de l'ancien Premier ministre Tony Blair, adversaire résolu de Jeremy Corbyn. « Il s'agit d'une bataille menée par de vieux députés blairistes aigris, pour se débarrasser de Jeremy Corbyn », s'est-il encore défendu ce week-end. Et d’en conclure: « Ils ont monté cette histoire en épingle. »

Quoi qu'il en soit, le chef du parti Jeremy Corbyn, élu triomphalement en septembre dernier mais contesté par certains cadres du parti, a beau assurer aujourd'hui que le parti n'est pas en crise, la polémique enfle. Et il suffit de lire la presse britannique pour se rendre compte de l'ampleur des dégâts. Quand THE DAILY MIRROR, à gauche, parlait ce week-end de carton rouge pour l'ancien maire de la capitale, son confrère DAILY MAIL titrait lui sur un Labour en pleine guerre civile. Quant au TELEGRAPH, classé à droite, il a publié un dessin montrant une rose, symbole du parti travailliste, dont les racines souterraines forment le mot "antisémitisme".

Cette affaire, qui entache sérieusement l’image du parti, risque aussi d’être fatale aux résultats des Travaillistes lors des élections municipales et régionales de jeudi prochain.

Alors que leurs rivaux conservateurs s’empoignent sur la question du "Brexit", le moment devait être idéal pour les travaillistes pour faire progresser leur assise électorale. Et pourtant, au lieu de cela note à nouveau THE INDEPENDENT, le Labour est parvenu à donner l’impression non seulement, qu’il est tout aussi divisé que le Parti conservateur mais qu'il a, qui plus est, un sérieux problème avec l’antisémitisme. Les conservateurs au pouvoir n'ont, d'ailleurs, pas manqué l'occasion d'enfoncer le clou : « Il est assez clair que le Labour a un problème avec l'antisémitisme », a déclaré le Premier ministre, lui-même, David Cameron. Quant à l’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, interrogé hier dans les colonnes du TIMES, il a déclaré n'avoir aucun doute sur le fait qu’une partie de la gauche est aujourd'hui dans le déni. Pour eux, l’antisémitisme, c’est « la droite et les fascistes ». Or c'est là « un raisonnement facile, dit-il, qui ne résiste pas à une étude historique sérieuse ».

Toujours est-il que pour tenter de circonscrire l'incendie, faute de pouvoir l'éteindre dans l'immédiat, les travaillistes ont promis de passer en revue certaines procédures de fonctionnement internes, avec un objectif : la "tolérance zéro" contre l'antisémitisme, a assuré vendredi le numéro 2 du parti sur la BBC. « Ce qu'a dit Ken Livingstone est vil, agressif et vulgaire et Jeremy Corbyn l'a suspendu de manière parfaitement justifié », a-t-il déclaré, avant de regretter que l'ancien maire de Londres ait ainsi laissé tomber les milliers de candidats qui se présenteront aux élections jeudi. A commencer par le premier d'entre eux, le candidat travailliste à la mairie de Londres, jusque là favori des sondages. Dans un entretien accordé à THE OBSERVER, il admet que les dizaines de milliers de juifs de la capitale pourraient désormais renoncer à le soutenir.

A présent et quand bien même Jeremy Corbyn ne cesse de répéter qu’il n’y a pas de crise, force est de constater qu'il est tout simplement incapable de gérer l’affaire et de combattre l’antisémitisme, indiquent de leur côté plusieurs députés travaillistes dans THE NEW STATESMAN. Et pour cause, renchérit THE INDEPENDENT, depuis son élection à la tête du Labour en septembre 2015 et même s’il est lui-même au dessus de tout soupçon de racisme, Jeremy Corbyn a renforcé cet aspect du parti, écrit le quotidien britannique. Car en élargissant le soutien du Labour (le nombre de membres a doublé au cours de l’année écoulée), le nouveau leader, très marqué à gauche, a également attiré des membres de la gauche radicale avec de fortes opinions pro palestiniennes, qui confinent parfois à l’antisémitisme.

Et le quotidien de Londres d’admettre en guise de conclusion : Il est parfois difficile de tracer la limite entre la critique de l’action du gouvernement israélien et les attaques visant la population israélienne ou les Juifs du monde entier. Ceux qui critiquent l’aile gauche du Labour estiment que celle-ci associe les deux. Ce à quoi, écrit le journal, d’autres répliqueront que la dénonciation de l’antisémitisme est utilisée par les Juifs pour contrer la critique d’Israël.

Par Thomas CLUZEL

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