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Manifestation contre les mesures d'austérité en Grèce

La Grèce, comme un jour sans fin

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Rencontre entre la chancelière allemande et la directrice du FMI, dont les positions sur un allègement de la dette grecque et les objectifs budgétaires à assigner au pays semblent diamétralement opposés.

Manifestation contre les mesures d'austérité en Grèce
Manifestation contre les mesures d'austérité en Grèce Crédits : AGGELOS BARAI / NURPHOTO - AFP

« Tous les ans, la situation se dégrade davantage. Et à présent, je n'ai plus d'espoir d'amélioration ! Entre 2009 et aujourd'hui, le budget de notre école primaire, ici, a diminué de 70%. Nous n'avons même pas de quoi acheter les craies. De sorte que récemment, nous avons dû organiser une collecte, sur la place centrale de la ville, pour nous procurer les fournitures scolaires. Certains gamins n'ont même pas un blouson à se mettre sur le dos, cet hiver ! Tout autour, l'industrie est ruinée. Si vous allez sur la route nationale, vous verrez que toutes les entreprises sont fermées. Les devantures de nombreux magasins affichent -à vendre- ou -à louer- ». Cet homme qui s'exprime dans les colonnes du TEMPS, se prénomme Dimitris. Il est directeur d'école, élu local et grec. Sa ville, située à une vingtaine de kilomètres seulement d'Athènes sera capitale européenne de la culture en 2021. Et là-bas, un tiers des 30 000 habitants sont aujourd'hui au chômage.

Loin des projecteurs depuis presque deux ans, la Grèce revient donc sur le devant de la scène. Cette semaine, la tragédie grecque est de retour, prévient notamment le magazine FORBES, un brin dépité. Car c'est vrai que s'agissant de la crise grecque, il y a comme un sentiment épuisant de déjà-vu (en français dans le texte), reconnaît de son côté le site DEALBREAKER. Voilà sept ans maintenant, que l’économie grecque est au cœur des tourmentes de la crise de la dette de la Zone euro. Balayant l’ensemble de l’échiquier politique, le peuple grec a élu depuis cinq gouvernements différents, participé à trois programmes de sauvetage financier et subi de lourdes mesures d’austérité. En vain. Malgré toutes les tentatives pour résoudre la crise, la situation économique et sociale du pays ne s’est pas améliorée. La blessure reste purulente, constate à son tour avec amertume le quotidien belge DE TIJD. Pis encore, le pays connait même aujourd'hui une véritable paupérisation, renchérit à nouveau LE TEMPS. Plus d'un tiers des Grecs sont en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale ; 21 % vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Selon un chercheur à l'Institut du Travail d'Athènes, l'instabilité et l'insécurité sont les deux mots qui décrivent le mieux l'état psychologique actuel des Grecs. Le découragement est généralisé. Ils ne peuvent plus aujourd'hui faire de projet d'enfant, ni même de vie. Après sept années de crise, la société grecque est, dit-il, en dépression collective.

Mais pourquoi la plaie ne peut-elle pas être traitée, enfin, efficacement ? Le problème, écrit THE FINANCIAL TIMES, c'est que les créanciers de la Grèce (les États de la zone euro d'un côté et le FMI de l'autre) n’ont pas le même avis sur la situation économique du pays et sur la manière de rendre son niveau d’endettement supportable. Depuis longtemps, le FMI soutient que l’austérité imposée à la Grèce doit être compensée par une baisse des objectifs d’excédent budgétaire et par un allègement conséquent de la dette, qui atteindra bientôt 180% du PIB et pourrait s’établir à 265% d’ici 2060. En clair, le FMI juge que l’endettement du pays est trop grand et donc insoutenable. Or ses statuts lui interdisent d’apporter son aide à un pays, lorsqu’elle juge que les risques de défaut de paiement sont importants. Ce serait, reprend LE TEMPS, comme verser du liquide dans le tonneau percé des Danaïdes. C'est également, d'ailleurs, ce que défend l’économiste Paul Krugman, interrogé dans les colonnes du HANDELSBLATT : Le nœud qui étouffe la Grèce doit être desserré. En particulier, il est insensé, dit-il, de demander au pays un excédent budgétaire de 3,5 %. Seulement voilà, à l'inverse, un groupe de partisans de la rigueur budgétaire (Allemagne en tête) s’y refusent, faisant valoir qu’une plus grande indulgence mettrait leurs contribuables à contribution. En d'autres termes, une remise ou un abandon de la dette constituerait un dangereux précédent, mettant en question la stabilité même de l’Union. Et voilà comment l'Europe se retrouve désormais dans une situation délicate, car la plupart des pays ont conditionné leur prêt à la Grèce à une participation du FMI au programme.

Le paradoxe, reprend THE FINANCIAL TIMES, c'est que Berlin n’a jamais vraiment fait confiance aux autorités de l’UE, pour superviser le renflouement de la Grèce. Et c'est ainsi que depuis l’adoption du premier plan (en 2010) les autorités allemandes insistent pour que le FMI participe à l’opération, au motif que seule cette institution a le savoir-faire et la crédibilité nécessaires pour piloter un plan aussi complexe. Cette exigence est même progressivement devenue une ligne blanche politique en Allemagne (mais aussi en Finlande et aux Pays-Bas). En clair, plus de renflouement sans l’imprimatur du FMI. Sauf que cette exigence s'est muée en impasse.

Avec la rencontre prévue aujourd'hui à Berlin entre Angela Merkel et Christine Lagarde, la partie de poker qui se joue entre l'Allemagne d'un côté et le FMI de l'autre, va donc se poursuivre note DIE WELT. Le FMI finira-t-il par céder ?, comme le prétend son confrère HANDELSBLATT. La question reste encore en suspens. Seule certitude, conclue LE TEMPS, un retrait du FMI constituerait une réelle épée de Damoclès aussi bien pour la Grèce que pour le futur de l’Union Européenne. Face à l'explosion des mouvances populistes, un nouvel accord est en effet d’autant plus crucial, dit-il, que la fenêtre de négociation menace d’être fermée jusqu’à la prochaine échéance de juillet 2017. En cause le calendrier politique chargé des élections européennes : aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Or Athènes doit rembourser 7 milliards d’euros à ses créanciers avant l’été. Et tout le monde sait qu'elle ne pourra pas honorer ses dettes sans toucher, au préalable, la dernière tranche de crédit que le FMI et les membres de la zone euro lui ont promise en 2015. Alors l’Europe saura-t-elle faire preuve de réalisme ? Saura-t-elle admettre qu’une politique de relance doit prendre le relais de l’austérité ? Saura-t-elle comprendre que la dette de la Grèce ne pourra être remboursée sans arrangement ? En clair, saura-t-elle éviter la tragédie grecque ou uniquement la reporter dans le temps ? En attendant, les Grecs, eux, sont à bout.

Par Thomas CLUZEL

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