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Grève générale de 24 heures à Athènes

La Grèce, une version moderne du tonneau des Danaïdes

5 min
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Le Parlement grec doit voter, aujourd’hui, de nouvelles réformes, sous la pression des créanciers internationaux. La veille, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le centre d'Athènes aux cris de « Non à l'austérité, oui à l'allègement de la dette. »

Grève générale de 24 heures à Athènes
Grève générale de 24 heures à Athènes Crédits : NIKOS LIBERTAS / SOOC

Sous les palmiers de l’Université, à Athènes, la Grèce a des allures de paradis. A l’heure où la chaleur commence à envahir la journée, un bassin apporte une fraîcheur bienvenue. Le cadre est idyllique. Et pourtant, il peine à masquer le désespoir qui étreint, aujourd'hui, les étudiants. A 19 ans, Thanos, interrogé par l'envoyé spécial du TEMPS raconte : « Maintenant, nous voyons tous les jours, en Grèce, des gens fouiller dans les poubelles pour manger ». Et de préciser, encore, que son père mécanicien et sa mère enseignante ont déjà vu, eux, leurs salaires chuter de plus de 30% depuis 2010. De sorte qu'à présent lui et ses amis ne voient plus leur avenir qu'en dehors de leur terre natale. Selon la Banque de Grèce, entre janvier 2008 et juin 2016, ils seraient déjà plus de 427 000 à avoir quitté leur pays. Un exode qui, rapporté à une population d'à peine 11 millions d’habitants, représente une véritable hémorragie. Cette idée que l’exil serait la seule issue est aujourd'hui profondément ancrée dans la tête des jeunes Grecs, comme le démontre, d'ailleurs, une enquête publiée il y a quelques semaines dans les colonnes d'EFSYN. On peut y lire notamment ceci : Dès 12 ans, les enfants interrogés nous disent qu’ils devront partir. C’est comme si quelqu’un leur avait pris leurs rêves et leur esprit d’enfant. Dans le même temps, tels des Ulysses du XXIe siècle, tous affirment, déjà, qu’ils reviendront au pays après leur grand voyage de 10 à 20 ans à l’étranger. Preuve, explique Angeliki, une étudiante également interrogée par l'envoyée spéciale du TEMPS que quitter la Grèce, ça n’est pas, en réalité, l’ambition de tous les jeunes, c’est juste, dit-elle, le seul moyen de nous sauver nous-mêmes ! A ses côtés, Giorgos résume ainsi la situation : « Pourquoi moi et ma génération devrions-nous payer les erreurs commises par les hommes politiques dans le passé ? C’est leur faute, mais c’est nous qui devons quitter le pays! » Ou dit autrement, s'agissant des raisons qui poussent aujourd'hui les étudiants au départ, on trouve bien évidemment l'horizon professionnel mais pas seulement. Il existe aussi, chez eux, un dégoût énorme envers cette Grèce moderne inefficace, à l’Etat défaillant et clientéliste.

Hier, signe de plus de l'inquiétude qui règne dans le pays, la Grèce toute entière était plongée dans une grève générale de 24 heures. Des dizaines de milliers de manifestants ont, notamment, défilé dans les rues d’Athènes. Et fait notable, les jeunes occupaient, justement, une place importante dans les cortèges. Tous étaient venus dénoncer l’accord que leur gouvernement a passé avec l’Union Européenne, prévoyant de nouvelles mesures d'austérité en contrepartie de nouveaux crédits. Le Parlement grec devrait, en effet, voter aujourd'hui de nouvelles réformes. En échange de quoi, Athènes recevra une nouvelle tranche du plan d'aide de 86 milliards d'euros et l'ouverture de discussions sur un allègement de la dette.

D'où cette question : Est-ce un accord négatif ou positif  ?, s'interroge EFIMERIDA. S'agit-il d'un compromis raisonnable ou d'un pacte funeste ? Pour son confrère DIMOKRATIA, repéré par le Courrier International, il n'y a pas de doute à avoir, Athènes a avalisé ce qu’il considère comme une destruction totale du pays. Notre gouvernement est d'accord, dit-il, pour que les gens soient saignés aux quatre veines. Graphiques à l’appui, TA NEA fustige à son tour cet accord pour montrer qu’il s’agit, en particulier, de la quatorzième baisse des retraites depuis le début de la crise. Ce qui signifie que l’accord trouvé entre la Grèce et ses créanciers s’apparente, en réalité, à l’énième chapitre d’une punition absurde et sans fin. Une version moderne, en quelque sorte, du tonneau des Danaïdes. Car ne nous y trompons pas, les nouvelles aides financières ne changeront rien à la situation économique tendue en Grèce, prévient pour sa part DER STANDARD. Pis encore, selon le journal ELEFTHERIA TOU TYPOU, à présent les retraites vont, donc, à nouveau baisser, les taxes et les cotisations vont, elles, augmenter, et tout cela ne risque pas de faire chuter le chômage, bien au contraire. Un chômage qui détient déjà le record de l’Union européenne avec 23,5 % de la population active touchée.

Dès-lors, le temps ne serait-il pas enfin venu de se poser des questions sur cette stratégie d’étouffement de la population ? On est aujourd'hui gagné par l'impression que la Grèce a souffert démesurément. Et tout particulièrement les Grecs, qui ont été prêts à travailler et à apporter une contribution à leur société, qui se battait pour s'en sortir. Or un accord qui mettrait fin, désormais, aux souffrances de la population, ne serait-il pas non seulement dans l'intérêt des Grecs mais aussi de l'Union Européenne toute entière ? C'est en tous les cas l'analyse défendu par THE IRISH EXAMINER, pour qui l'UE a besoin de réussites pour montrer que, si elle n'est pas l'unique option, elle n'en reste pas moins la meilleure option pour l'Europe. Et, bien entendu, une Grèce revigorée serait un argument fort dans ce sens. Sans quoi les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et la politique néolibérale, qui domine aujourd'hui totalement l'Union Européenne, continuera à faire le lit des fascistes, prévient le blog PITSIRIKOS.

A ce titre, d'ailleurs, on remarquera que Yanis Varoufakis, l'ex ministre grec des finances qui avait appelé à voter Emmanuel Macron pour faire barrage au Front national de Marine Le Pen s'est fendue, récemment, d'une tribune au vitriol dans les colonnes d'EFSYN, sous ce titre : « Voilà pourquoi, Emmanuel, nous serons contre toi ». La figure de la gauche radicale (qui avait démissionné en 2015 lorsque son pays s’était résignée à une prorogation de l’austérité pour éviter d’être poussée hors de la zone euro) y dénonce la politique de « dérégulation et d’austérité » prônée par Emmanuel Macron, qui va « simplement redistribuer la misère entre les travailleurs ». Arguant de conversations personnelles avec le nouveau président français, Varoufakis assure que ce dernier a conscience de la casse qu’il va provoquer, mais persiste dans cette voie pour convaincre Berlin d’avancer vers une fédéralisation de la zone euro. Or c’est là, dit-il, que réside la grande erreur d’Emmanuel Macron car, toujours selon lui, Berlin ne lui donnera rien.

Par Thomas CLUZEL

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