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La guerre contre la drogue et la nuit de la honte. Corruption et confusion.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l’arrestation du baron mexicain de la drogue « El Chapo » et la polémique relancée en Allemagne autour des réfugiés après leur implication avérée dans les agressions de la Saint Sylvestre.
L’acteur, le Caïd et la guerre contre la drogue. C'est le titre de cet article à lire ce matin sur le site du magazine américain TIME, lequel s'amuse de la capture, vendredi dernier, de l'un des hommes les plus recherchés du continent américain : le baron mexicain de la drogue, surnommé "El Chapo", le Trappu. C'est parce que son narcissisme n’avait aucune limite et qu'il voulait porter sa gloire plus haut encore à l’écran, sous forme de biopic, que l'homme à la tête du plus grand empire de trafic de cocaïne au monde a pu être capturé ou plutôt re-capturé. Puisque en juillet dernier, l'homme incarcéré dans une prison de haute sécurité avait réussit à s'échapper en empruntant un tunnel reliant la douche de sa cellule à un hangar situé à plus d'un kilomètre et demi.

Tout aussi rocambolesque, il semblerait que cette fois-ci la capture d'El Chapo ait été rendue possible grâce à sa rencontre, il y a quelques mois, avec Sean Penn. En octobre dernier, l'acteur américain avait en effet rencontré secrètement dans la jungle le baron de la drogue en cavale, ainsi qu'il s'en vante lui-même dans une interview publiée ce week-end dans le magazine ROLLING STONE. Le caïd avait tenté d'interférer dans le processus de création d'un film, qui lui sera consacré, pour raconter sa propre version de son ascension, de simple vendeur d’oranges à membre de la célèbre liste Forbes sur les plus grandes fortunes de la planète. C’est comme si, écrit THE GUARDIAN, il voulait sa propre version de « Narcos », la série populaire de Netflix à propos d'un autre roi de la drogue, Pablo Escobar.

Et c'est ainsi que Sean Penn, accompagné d'une actrice mexicaine, laquelle a joué le rôle d’une reine de la came dans un soap opera ont été réceptionné au Mexique, par le fils du trafiquant. Il aura fallu une journée de voyage, notamment à bord d’un avion doté d’un équipement antiradar, pour atteindre le boss. Or des sources gouvernementales mexicaines ont affirmé ce week-end qu’elles avaient été tenues au courant de cette rencontre, et qu’elles ont même suivi les mouvements de Sean Penn, ce qui les aurait donc aidées à localiser El Chapo.

Une arrestation, évidemment, très largement commentée dans la presse mexicaine. Si tous se félicitent de la capture du baron de la drogue, seule à même de racheter les soupçons de corruption qui planaient sur l’Etat mexicain après la dernière évasion du criminel, le quotidien EL UNIVERSAL reste néanmoins prudent. Car le problème, dit-il, est que ces dangereux personnages, une fois arrêtés, arrivent bien souvent dans un univers carcéral clairement corrompus. Et c'est sans doute, d’ailleurs, la raison pour laquelle le Mexique a formellement entamé hier une procédure d'extradition vers les Etats-Unis du baron de la drogue, ce qui selon le journal MILENIO cité par le Courrier International, pourrait constituer un gage de sécurité, tant les prisons mexicaines semblent vulnérables aux tentatives d’évasion.

Enfin si la capture d'El Chapo a été saluée partout, en revanche, dans la petite ville où résidait le baron, l'ambiance est bien différente, note le correspondant du NEW YORK TIMES. Si de l'extérieur, beaucoup voyaient El Chapo et son organisation comme un réseau de criminels, ici, nombreux sont ceux qui considèrent que le cartel permettait de maintenir l’ordre et une certaine stabilité, bien plus efficacement que le gouvernement. Au fil du temps, le cartel était devenu un véritable Etat dans l’Etat, à l’origine du financement et de la construction d’écoles, d’hôpitaux et de maisons pour les communautés les plus pauvres. Or maintenant qu'El Chapo a été arrêté, certains craignent que sa disparition ne déclenche de nouvelles vagues de violence.

A présent, direction l'Allemagne où le scandale des agressions sexuels de la Saint Sylvestre continue de provoquer un vif émoi, alors que l’implication de réfugiés est aujourd’hui avérée.
Pour les Allemands, la gueule de bois du nouvel an n’en finit pas, en ce début 2016, où chaque jour apporte son lot de révélations sur les excès de violence enregistrés dans la nuit du réveillon. Sur les 32 suspects arrêtés par la police de Cologne, où des centaines de femmes ont été agressées sexuellement, 22 sont des demandeurs d'asile, rapporte le quotidien conservateur FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Pour son confrère DIE WELT, la majorité des personnes contrôlées le 31 décembre sur le parvis de la gare étaient des Syriens. Enfin la police de Cologne a annoncé avoir retrouvé une partie des téléphones volés aux victimes dans des foyers de demandeurs d’asile de la région.

C'est dans ce contexte que, les uns après les autres, les responsables politiques n'hésitent plus, à présent, à durcir le ton à l’encontre des demandeurs d’asiles. Ce week-end, Angela Merkel s'est dite notamment favorable à l’expulsion de tout réfugié ayant commis un crime ou un délit, dès lors qu’il est condamné à de la prison avec sursis. Or jusqu'à présent, précise la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, le droit allemand stipule que seule une condamnation d'au moins trois ans de prison ferme peut entraîner la déchéance du droit d'asile, à condition que le condamné représente un danger pour la société.

A gauche, c’est le vice-chancelier en personne qui demande lui aussi un durcissement pénal. Dans une interview au quotidien BILD, il demande à ce que les personnes condamnées en Allemagne purgent leur peine dans leur pays. D’après lui, la menace de se retrouver derrière les barreaux dans leur pays d’origine est bien plus dissuasive, dit-il, qu’une peine dans une prison allemande. Et il menace même de couper l’aide au développement aux pays comme le Maroc qui refuseraient de reprendre leurs citoyens expulsés.

Des déclarations inhabituelles, dans un pays qui a prôné un accueil quasi sans limites des demandeurs d’asile en 2015. D'où l'avertissement lancé par l’hebdomadaire DIE ZEIT, lequel dénonce un débat fou nourri de commérages sur l’islam et de discours sur le machisme et les musulmans. Désormais, tout est mélangé, dit-il. Le harcèlement sexuel, l’islam, le vol à la tire et le culte de la virilité. On pourrait même rajouter le terrorisme depuis qu'on a appris que l'homme tué en attaquant un commissariat parisien vivait dans un foyer de demandeurs d'asile en Allemagne. Une ultime révélation potentiellement embarrassante, au moment où la politique généreuse de Berlin à l'égard des réfugiés est de plus en plus décriée.

Par Thomas CLUZEL

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