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La guerre froide du sport

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après l'arrestation de hooligans russes pour des violences en marge de l'Euro, une possible décision aujourd’hui de l'IAAF de priver les athlètes russes des JO de Rio pourrait froisser les ambitions de la Russie.

L’usage du « soft power » (littéralement de la « puissance douce »), ne vient pas forcément à l’esprit quand on pense à la Russie, dont les démonstrations de force font plus souvent les gros titres, que sa capacité d’influence sans avoir à user de la menace. Mais rien n’est définitif, puisque cette semaine et pour la première fois de son Histoire, la Russie est entrée dans le classement annuel des 30 pays les plus influents par la puissance douce. L’agence britannique PORTLAND COMMUNICATION qui procède à ce classement souligne les énormes efforts déployés aujourd’hui par le Kremlin pour améliorer l’image du pays, tant à l’intérieur que sur la scène internationale. Et bien évidemment, les médias russes ont aussitôt réagi positivement à cette reconnaissance mondiale.

Seulement voilà, depuis quelques jours, ce n'est pas tant la « puissance douce », sinon le « fair play » qui semble caractériser la Russie que la force dure de ces hooligans. Les actions des supporters russes en France, à l'occasion de l'Euro de football, devraient faire honte à notre pays, sermonne notamment le portail russe GAZETA. Et c'est vrai qu'en terme de « soft power », c’est peu de dire que ces hooligans, ces fascistes fauteurs de troubles, comme les appelle le quotidien d’Athènes I KATHIMERINI, auraient sans doute beaucoup à apprendre, eux dont les valeurs, écrit encore le journal, sont la haine, le sang et l’annihilation de l’autre.

Quoi qu'il en soit, cette semaine, la Russie a reçu une sévère mise en garde à cause d’incidents violents survenus le week-end dernier à Marseille. L’UEFA a condamné la Fédération nationale de football russe à 150 000 euros d’amende et surtout à une suspension avec sursis. Ce qui signifie que, si jamais les supporters russes sont de nouveaux mêlés à des violences durant l’Euro, l’équipe nationale sera disqualifiée sur-le-champ. Or sauf à considérer que maintenir l'ambigüité est une manière de jouer l'apaisement, les gants qu'a pris jusqu'à présent la Russie pour réagir aux agissements impardonnables de ses supporters n'ont pas vraiment la douceur du velours, mais plutôt la rugosité des protections généralement utilisés par les professionnels du ring. «Il est évident qu’il y a eu des comportements contraires à la loi du côté des supporters», a déclaré le porte parole du Kremlin, avant toutefois de préciser : «Je parle de supporters de différents pays». En réalité, dans sa déclaration officielle, le porte parole du Kremlin n’a désigné les supporters russes que pour les assurer du soutien des autorités. En clair, même si la Russie a indiqué qu’elle respectera les sanctions de l’UEFA, en revanche, le pays semble récalcitrant à condamner les débordements de ses supporters. «Ces gars défendent l’honneur de leur pays», a même tweeté le vice-président de l'Assemblée, qui siège également au comité directeur de la Fédération russe de football. «Je ne vois rien de terrible dans ce que nos supporters ont fait. Au contraire, ce sont de bons gars. Qu’ils continuent ainsi!».

Mais alors, pourquoi la Russie ne condamne-t-elle pas la violence de ses hooligans ? Réponse du TEMPS de Lausanne : la réticence des autorités à sévir contre les hooligans serait liée au risque qu’ils représentent pour l’ordre établi. Ils ont déjà prouvé leur capacité de mobilisation et constituent la seule force urbaine dont le Kremlin a vraiment peur, estime un politologue spécialiste des mouvements extrémistes, interrogé dans les colonnes du quotidien suisse. Sans compter que si le pays ne peut nier les problèmes de réputation que lui pose aujourd'hui le comportement de ses supporters, il y a sans doute une fierté à peine déguisée pour cette démonstration de force brute. Enfin, précise cette fois-ci THE FINANCIAL TIMES, ce qui est flagrant avec la Russie, c’est la propension du gouvernement à encourager, tacitement ou expressément, les supporters à se faire l’écho d’une haine nationaliste et du sentiment d’être en guerre avec le monde, des sentiments en phase avec les positions officielles du régime.

Dès-lors, la question qui se pose à présent est celle-ci : la Russie, le pays hôte du prochain mondial 2018, quittera-t-elle l'Euro plus tôt que prévu ? Pour le quotidien polonais RZECZPOSPOLITA, rien n'est moins sûr. L’UEFA a certes brandi cette menace, mais elle sait trop bien quelles seraient les possibles conséquences. Ou dit autrement, alors que l’on devrait taper du poing sur la table, force est plutôt de constater que Moscou inspire toujours une certaine crainte. Et d'ailleurs, la même chose s’est produite avec la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui connaît actuellement des problèmes avec la Russie en raison du dopage. Cela fait longtemps que la fédération aurait dû prendre la décision d’exclure l'équipe russe des prochains JO de Rio. Or elle continue de jouer la montre, car il s’agit de la Russie.

En l'occurrence, le compte à rebours est quand même censé prendre fin, puisque c'est aujourd'hui que le Conseil de la fédération internationale d’athlétisme doit se prononcer sur la présence ou non des athlètes russe aux JO de Rio. Sauf qu'hier, la veille du vote de l'IAAF, la BBC a diffusé un documentaire accusant le président de la Fédération d'avoir menti sur la date à laquelle il a eu connaissance de ce scandale de dopage en Russie. La chaîne de télévision britannique, de même que THE DAILY MAIL, affirment avoir vu un courriel envoyé au président de l'IAAF, décrivant le système d'extorsion et de corruption qui l'entourait. Et ce quatre mois avant la date à laquelle celui-ci a affirmé avoir été mis au courant de l'affaire. De quoi, évidemment, remettre en question la probité même du président de la fédération internationale d’athlétisme, laquelle est censée se prononcer sur l'exclusion ou non des athlètes russes.

Enfin toujours dans le sombre empire de Vladimir Poutine, où le sport de compétition, écrit DIE TAGESZEITUNG, est dominé par un tissus de mensonges et de fraudes, le département américain de la Justice a lui aussi ouvert une enquête, suite aux accusations d'un système de dopage organisé par le Kremlin et concernant des dizaines de sportifs de très haut niveau, notamment aux Jeux de Sotchi. Alors dehors, enfin, les Russes ? Oui, on peut voir les choses ainsi, poursuit l'éditorialiste de la TAZ. Mais qu'en est- il du dopage systématique au Kenya, du système de fraude dans l'équipe de sprinters jamaïcains, ou bien encore des dernières révélations d'un médecin britannique selon lequel dans de nombreuses disciplines, les sportifs britanniques sont dopés ? Dehors le Kenya, dehors la Jamaïque ! Ou sortez la Grande-Bretagne ! Force est de constater que de telles exigences ne sont pas formulées, aujourd'hui, par les Américains. Car conclut le quotidien berlinois, dans la "Guerre Froide du sport", la ligne de front est très claire.

Par Thomas CLUZEL

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