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La guerre à visage couvert.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la guerre télécommandée, un nouveau front en Syrie et les dessous de l’invasion en Irak.
Après la publication, la semaine dernière, par le journal d’investigation THE INTERCEPT d’une enquête accablante pour l’administration américaine intitulée "Drones Papers", les médias du monde entier se penchent depuis sur le quotidien de ces «pilotes» de drones, agissant pour le compte du programme d’assassinats ciblés, l’une des divisions les mieux cachées de l’armée américaine.

A 'Hunter' Unmanned Aerial System's controller.
A 'Hunter' Unmanned Aerial System's controller. Crédits : Michaela Rehle - Reuters

THE DAILY BEAST, repéré par le magazine Slate, relate ainsi la journée type d’une prénommée Anne, sergent au sein de l’US Air Force et qui dès 2009, larguait des missiles sur ses cibles en Irak, en Afghanistan ou au Yémen, grâce à un drone télécommandé depuis une base près de Las Vegas. Elle raconte les horreurs auxquelles les pilotes assistent durant leurs heures de surveillance, autant d’images qui, en réalité, donnent aux militaires la force, selon elle, de tirer et de tuer, même si elle l’admet, les premières missions sont parfois difficiles. «Je me disais que j’étais sur le point de lâcher une arme sur ce gars», dit-elle à propos de son premier vol, avant d’ajouter qu’«au bout de cinq, six, dix opérations, ça devient une journée de travail, comme les autres». Des propos dénués de toute émotion, comme lorsqu’on lui parle des victimes que ses frappes provoquent chaque jour et qu’elle répond sans hésiter : «je ne pense pas qu’il faille pleurer ou se sentir bouleversé, parce que de toute façon mes cibles me tueraient en moins d’une seconde si elles en avaient l’occasion».

Un témoignage glaçant confirmé par une autre pilote aujourd’hui formatrice, Vanessa, interviewée cette fois-ci dans les colonnes du SPIEGEL et qui l’affirme à son tour : «quand on planifie une attaque, il n’y a pas de place pour les sentiments». Enfin parce que la question se pose, s’agissant de ces deux femmes, Anne précise non seulement qu’on ne peut pas rester douce et féminine quand on fait ce travail, mais que sa féminité en l’occurrence, son apparence comme elle le dit elle même, la sert pour «émasculer ses ennemis après leur mort. Beaucoup de djihadistes pensent qu’être tués par une femme ne leur permettra pas d’entrer au paradis. Et vu la façon dont ils traitent leurs femmes, je ne vais pas m’empêcher, lâche-t-elle, de retourner le couteau dans la plaie».

Direction à présent la Syrie où des dizaines de milliers de personnes fuient aujourd’hui leurs foyers pour échapper à l'offensive du régime lancée la semaine dernière contre les rebelles.
Environ 35.000 personnes ont été déplacées au Sud Ouest d’Alep, a annoncé hier la porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires à l’ONU. Autant d’hommes, de femmes et d’enfants jetés sur les routes et qui ont un besoin urgent de tout : de nourriture, de produits de base et d'abris. Vendredi dernier, le régime de Damas a en effet lancé une vaste offensive près d'Alep, appuyée en cela par les raids aériens russes. Or en raison, justement, de ces frappes, les Nations Unies expliquent aujourd'hui qu'elles n'ont pas pu envoyer autant de convois d'aide qu'il aurait été nécessaire.

Quoi qu'il en soit, l’armée syrienne a donc ouvert un nouveau front, peut-on lire dans les colonnes du TEMPS de Genève. Au total, près de 3.000 combattants pro-régime seraient engagés dans cette bataille, avec parmi eux des miliciens libanais du Hezbollah, des Irakiens, mais aussi des centaines d'Iraniens. Ca n'est pas véritablement une surprise, Téhéran est un allié de longue date de la Syrie des Assad, père et fils. Sauf que si jusqu'à présent le régime des mollahs s'était contenté d’envoyer à Damas une poignée de conseillers militaires, sa stratégie a changé. Face aux revers à répétition essuyés par le régime de Bachar el-Assad, l'Iran a choisi de s’engager davantage dans le conflit. Pour preuve, la publication la semaine dernière sur les réseaux sociaux de photos montrant l’un des plus hauts responsables des Gardiens de la révolution dans la région d’Alep pour y diriger ses troupes.

Members of the Iranian Revolutionary Guard.
Members of the Iranian Revolutionary Guard. Crédits : Stringer Iran - Reuters

Pour l'heure cette coalition des troupes régulières syriennes et de leurs alliés a certes réussi à s’emparer d’un certain nombre de villages mais n’a réalisé aucune percée significative. Il faut dire que simultanément les rebelles ont eux reçu une aide précieuse, en provenance cette fois-ci de Turquie : des armes de fabrication américaine. Preuve, conclue le journal que le bourbier syrien est désormais sans fond.

Enfin comme si les guerres actuelles ne suffisaient pas, voilà que la publication d’un mémo confidentiel nous renvoie plus de 10 ans en arrière, au début de l’invasion en Irak.
A la faveur des milliers de mails qu'Hillary Clinton a été obligée de dévoiler à la justice américaine, un document officiel a fuité semblant confirmer que l’ex Premier ministre britannique, Tony Blair, a soutenu l’invasion américaine bien avant le vote au Parlement britannique. “Blair nous suivra si une opération militaire en Irak devient nécessaire.” Voilà ce que l’on peut lire dans ce mémo confidentiel datant de mars 2002 et adressé par Colin Powell, à l’époque secrétaire d’Etat, au président George W. Bush.

George W. Bush (C) Tony Blair (L) and Colin Powell (R) at 10 Downing Street in London, November 20, 2003.
George W. Bush (C) Tony Blair (L) and Colin Powell (R) at 10 Downing Street in London, November 20, 2003. Crédits : Reuters Photographer - Reuters

Et le problème, précise THE GUARDIAN cité par le Courrier International, c’est que ce document révèle ainsi une contradiction flagrante entre, d’un côté, la position officielle de Tony Blair en 2002, selon laquelle il n’avait pas proposé d’intervention militaire britannique en Irak et de l’autre, le point de vue personnel du secrétaire d’Etat américain, selon lequel au contraire le Premier ministre britannique suivrait les Etats-Unis en cas d’invasion. En d’autres termes, conclue THE DAILY TELEGRAPH, pour tous ceux qui dénoncent l’invasion en Irak, ce mémo vient confirmer que Tony Blair a bel et bien menti et induit en erreur non seulement le Parlement britannique mais aussi son pays tout entier.

Par Thomas CLUZEL

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