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Geert Wilders, leader du parti populiste et islamophobe PVV

La Hollande, l'autre pays du populisme

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Les Néerlandais sont appelés aux urnes pour des législatives considérées comme un baromètre du populisme, avant des votes similaires en Europe.

Geert Wilders, leader du parti populiste et islamophobe PVV
Geert Wilders, leader du parti populiste et islamophobe PVV Crédits : JOHN THYS - AFP

Parce qu'ils sont un modèle de progrès et de tolérance en Europe occidentale (c'est-à-dire rien de ce qui généralement fait vendre la presse), les néerlandais, note avec ironie THE WASHINGTON POST, ne sont généralement pas habitués à ce qu'on s'intéresse à eux. Et encore moins à leurs élections. Or voilà que depuis quelques temps, toute l'Europe (et même au-delà) suit avec un regard inquiet ce qui va se passer chez eux, aujourd'hui. Et pourtant, insiste à son tour LE TEMPS, les tulipes fleurissent toujours et encore au pays de Rembrandt. En réalité, rien ne clocherait s’il n’y avait cette crinière peroxydée (une de plus), presque une perruque poudrée héritée du 18ème siècle venant coiffer le visage à la fois dur et poupin d'un homme, un trublion, dont les discours nauséabonds pourraient faire de lui le nouvel homme fort de l'autre pays du fromage.

Son nom, tout le monde à présent le connaît : Geert Wilders. Quant à son programme, lequel tient sur une simple page A4 précise THE GUARDIAN, il pourrait se résumer ainsi : brûler les Corans, fermer les mosquées, abandonner l’Union européenne et barricader son pays pour empêcher les migrants d’y poser le pied. D'où cette question qui taraude désormais tous les commentateurs : Comment le pays le plus progressiste d’Europe, celui qui garantit le mieux des droits égaux pour toutes les communautés, qui a légalisé la consommation de haschisch, qui longtemps a accueilli nombre de réfugiés, ce pays admiré a-t-il pu céder aux sirènes de l’extrémisme et de l’intolérance ? Pour répondre à cette question, l'envoyé spécial du TEMPS s'est rendu à A Volendam. Cette petite bourgade touristique et proprette compte 35000 habitants. Moins de 2% d’entre eux sont originaires d’un pays en dehors de l’Europe et le chômage y est inférieur à 3%. Et si l’on parle beaucoup de Volendam, ce n'est pas parce qu'elle offre une image de carte postale de la Hollande, mais parce qu'elle est, justement, l’un des bastions du parti PVV de Geert Wilders. En d'autres termes, elle illustre parfaitement ce paradoxe d'un pays aujourd'hui prospère et qui pourrait voter massivement pour un strident islamophobe. Pour expliquer l’engouement autour de Geert Wilders, la maire de la municipalité invoque la peur : « Les citoyens, dit-elle, ont le sentiment de perdre le contrôle sur leur existence. » En réalité, cela s'explique-t-il sans doute, d'abord, par le contexte actuel. Avec la crise européenne des migrants, l’élection de Donald Trump et le vote en faveur du Brexit, mais aussi les attentats, le débat public est, en effet, aujourd'hui focalisé sur la sécurité, l’immigration et l’islam. Autant de questions dont le parti de Geert Wilders réclame, pour ainsi dire, la propriété. Et puis on pourrait ajouter à cela que les Néerlandais, qui pensaient que la tolérance faisait consubstantiellement partie de leur ADN, réalisent qu’elle était aussi (et peut-être surtout) nourrie de beaucoup d’indifférence. De sorte qu'en jouant sur un péril imminent mais imaginaire, Wilders a réussi à susciter un risque bien réel : la polarisation de la société, en fédérant les inquiets et les mécontents, galvanisés par ses propos chocs.

Mais la réussite de Wilders ne se nourrit pas uniquement de la colère ou de la peur, précise aussitôt DE MORGEN. Elle révèle aussi le sentiment qu’ont beaucoup de Néerlandais de ne pas goûter aux fruits de la bonne conjoncture économique. Enfin aux Pays-Bas, tous les partis ont imputé à l'Europe la responsabilité des problèmes du pays ce qui, regrette EL MUNDO, a pavé, là encore, la voie à Wilders.

Pour autant, dans ces élections législatives, les jeux ne sont pas encore faits. Aux Pays-Bas, davantage d'ailleurs qu'à l'étranger, on veut encore garder la tête froide. Et les derniers sondages donnent plutôt raison aux commentateurs néerlandais. Après avoir été donné gagnant pendant près de deux ans, le PVV a reculé à 14,6 % des intentions de vote. Il est désormais en deuxième position, derrière le parti du premier ministre Mark Rutte qui, selon le même sondage, obtiendrait 16,4% des voix. Mais en 2017 qui a encore envie de se fier au sondage ?, interroge aussitôt THE NATION. Ensuite, avec 28 partis en lice (qui tous peuvent prétendre à un siège au moins), c'est vrai que l'éclatement dessert le PVV de Wilders. Sauf qu’il joue aussi contre les partis traditionnels (les libéraux, le centre-gauche et les démocrate-chrétiens).

Par ailleurs, les opposants se rassurent aujourd'hui en expliquant que Geert Wilders (qu’il arrive ou non en tête de l’élection) n’a aucune chance d’entrer au gouvernement, puisque tous les autres partis (ou presque) ont d'ores et déjà exclus de travailler avec lui. Ce qui pose, toutefois, deux problèmes : Tout d'abord, l’exclure du gouvernement malgré une victoire électorale serait mauvais pour les Pays-Bas, estime le rédacteur en chef du VOLKSKRANT. Je ne suis pas en faveur d’un cordon sanitaire, explique-t-il, car c’est une façon d’exclure toute une partie de l’électorat et cela ne se fait pas. Par ailleurs, il sera difficile pour les autres partis de former une coalition solide sans lui. Et c'est la raison pour laquelle certains évoquent même, déjà, de possibles élections anticipées.

Enfin, une dernière question se pose : Wilders, lui-même, a-t-il vraiment envie de gagner ces élections, c'est-à-dire de gouverner ?, interroge l'hebdomadaire KNACK. Contrairement, par exemple, à Marine le Pen, Wilders n’a pas construit une machine politique. Il dirige son parti comme un dictateur. Et il n’a pas encore réussi (ni même essayé) de convaincre des personnes expérimentées, qui auraient des compétences pour devenir ministre, de rejoindre son parti. Même au sein de son parti, il semble qu’il ne veuille préparer personne pour un poste de ministre. En d'autres termes, le chef du PVV a l’air de préférer rester un parti de protestation. Ce qui, pour autant, ne devrait pas être de nature à nous rassurer. Pourquoi ? Réponse de LA REPUBBLICA : Parce que même s'il n'arrivera probablement pas au pouvoir Wilders a, d'ores et déjà, changé les Pays-Bas.

Par Thomas CLUZEL

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