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Photo d'un poisson "guppy" dans un aquarium

La nature ne fait rien en vain

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Une équipe de chercheurs a voulu savoir si les poissons avaient une personnalité. Leur expérience a permis de démontrer qu’ils développaient des traits de caractère uniques.

Photo d'un poisson "guppy" dans un aquarium
Photo d'un poisson "guppy" dans un aquarium Crédits : BRUNO CAVIGNAUX / BIOSPHOTO

Imaginez un guppy. Sans doute cet animal ne vous est-il pas familier, mais tâchez de visualiser simplement un poisson d'eau douce tropicale, dont la taille varie de 3 à 7 centimètres. A présent, imaginez que vous êtes vous-même ce guppy. Vous nagez tranquillement avec vos amis dans un aquarium. Voilà plusieurs jours que vous êtes là. La nourriture tombe du ciel, tout va bien, jusqu'à ce que l'on vous pêche et qu'on vous jette dans un monde parallèle. Vous vous retrouvez seul, encerclé par les vitres d'un étrange aquarium. D'abord, vous paniquez. Mais petit à petit, le courage revient et vous partez en exploration de ces nouveaux lieux. Un mur, puis deux, puis trois, et bientôt quatre murs de verre, ainsi qu'un morceau de plastique collé au sol en guise d'abri de fortune. Et soudain, un énorme bec fend l'eau. Celui d'un héron. Aussitôt vous vous cachez sous le bout de plastique et vous attendez la mort. Sauf que le bec ne revient pas. Mieux encore puisque, bientôt, une épuisette vient même vous chercher pour vous ramener auprès de vos semblables. Pendant trois jours, tout revient à la normale et votre souvenir terrifiant finit par s'estomper. Du moins, jusqu'à ce que l'on vous transvase de nouveau dans l'aquarium de l'horreur.

Voilà donc le type d'expérience qu'un chercheur a mené sur des poissons pour connaître l'essence même de leur être. Et il en est venu à cette conclusion étonnante, raconte THE WASHINGTON POST : Les poissons ont une personnalité. Les résultats de cette étude, publiée cette semaine dans la revue FUNCTIONAL ECOLOGY, montrent en effet que chaque poisson a adopté une réponse singulière à ces situations stressantes. Quand certains se sont directement réfugiés sous l'abri, d'autres ont simplement arrêté de bouger (peut-être en espérant qu'ils ne seraient pas repérés), enfin d'autres ont foncé de tout côté pour tenter de s'échapper. Et c'est ainsi que les scientifiques ont pu déduire que certains poissons étaient naturellement «lâches», quand d'autres étaient relativement «courageux». Car il ne s'agissait pas là de hasards. Non, chaque guppy a fait preuve de la même «lâcheté» ou du même «courage», à chaque test effectué tous les trois jours et ce pendant quatre semaines. Ou dit autrement, tous ces petits poissons apparemment identiques, qui ont grandi dans les mêmes aquariums de laboratoire, ont développé des traits de caractère individuels. Alors peut-être pas aussi complexes que les nôtres, mais les poissons sont tous singuliers, et c'est ce qui compte dans l'étude de l'évolution, note THE WASHINGTON POST, car ces différentes conduites peuvent expliquer comment et pourquoi certaines espèces survivent ou non dans leur milieu naturel.

Alors si la nature ne fait rien en vain, que dire à présent de l'homme en tant qu'animal politique, par nature ? Nombreuses sont les nouvelles cette semaine tendant à prouver, en effet, que décidément l'animal politique ne fait rien au hasard. Prenez, par exemple, la décision hier de l'Arabie Saoudite d’autoriser les femmes à conduire. Le décret royal a suscité d’innombrables scènes de joie à Riyad. Chacun à parler de mesure historique, d’une avancée considérable. Mais encore faut-il s’interroger sur les réelles motivations qui expliquent cette mini-révolution. Ce droit a-t-il été gagné grâce à la mobilisation de la société civile face au pouvoir, ou bien a-t-il été généreusement accordé par ce même pouvoir politique ? Et à quelle fin ? C’est là tout l’enjeu du débat qui s’ouvre en Arabie Saoudite. Selon James Dorsey, un observateur averti du royaume, ce qui est sûr, c’est que l’enjeu est aujourd'hui considérable pour le pouvoir saoudien, écrit-il sur son blog repéré par le Courrier International. En réalité, cette mesure aura surtout valeur de test pour savoir si le prince héritier sera ou non en mesure d'introduire des réformes, économiques et sociales, malgré l’opposition conservatrice. Et puis cette décision est également un moyen de faire diversion des autres aspects de la politique saoudienne. En particulier, cela détourne l’attention des critiques internationales au sujet de la guerre au Yémen, ainsi que d’un sévère tour de vis à l’égard de toute forme d'opposition. Et THE WASHINGTON POST, notamment, de rappeler que l’Arabie saoudite n’a jamais été aussi répressive.

Et que dire, désormais, du départ annoncé en Allemagne du plus populaire des ministres de la chancelière ? Wolfgang Schäuble aurait sans doute bien rempilé pour la troisième fois à la tête du Ministère des Finances. Mais depuis quelques jours les responsables de la CDU accentuent leurs pressions pour qu'il cède ses fonctions gouvernementales et prenne la tête du Bundestag. Du fait de la nouvelle situation au Parlement, marqué par l’entrée de 94 députés d’extrême droite, Schäuble disposerait, selon eux, de l’autorité parlementaire nécessaire pour stopper d’éventuelles dérives verbales du bouillant groupe parlementaire de l’AfD. Pour le SPIEGEL ONLINE, c'est d'ailleurs un bon choix. Schäuble va carrément dompter l'AfD, peut-on lire sur le site de l'hebdomadaire. Sauf qu'en réalité, en lâchant son poste au gouvernement, le vétéran de la politique allemande ouvre surtout la voie aux négociations en vue de former une coalition. Les Libéraux (FDP) n'ont pas fait mystère, en effet, de leur ambition de s'occuper des Finances. Et ce faisant, en laissant la place libre, Schäuble va donc faciliter la tâche d'Angela Merkel.

En revanche, le probable départ de l'intransigeant ministre de ce poste clé n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les partenaires de la première économie européenne. Car s'ils obtiennent le portefeuille, les libéraux du FDP pourraient être encore plus durs aux Finances. Pour le journal hongrois VECERNJI LIST, les libéraux sont notamment formellement opposés à l'éventualité que l'Allemagne paye les pots cassés de la zone euro. Et comme Merkel n'était déjà pas franchement emballée par l'idée dès le départ, la réticence du FDP tombe à point nommé pour la chancelière. En clair, elle trouverait ici un partenaire idéal pour ne pas accéder à toutes les propositions de réformes formulées, cette semaine, par Emmanuel Macron.

A ce titre, d'ailleurs, on comprend mieux pourquoi le président français, lui, avait choisi de détailler, mardi, ses ambitions de réformes. Le timing était parfait, écrit DIE WELT. Un véritable coup stratégique, de la part d’un homme aux instincts politiques parfaits, renchérit son confrère de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Pourquoi ? Parce que pour dicter la ligne directrice des négociations européennes, Emmanuel Macron a voulu utiliser le vide qui existe aujourd'hui entre les résultats des élections en Allemagne et la formation du prochain gouvernement de coalition. Et le journal de Munich d'ajouter : Décidément, ce président français a plus d'un tour dans son sac. Macron cherche aujourd'hui à embarquer la chancelière dans sa danse et lui imposer son rythme. Preuve que les poissons ne sont pas les seuls à user de leur caractère quand ils sont plongés dans un même aquarium.

Par Thomas CLUZEL

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