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Peinture de Banksy

La nouvelle figure de Causette

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la crise migratoire, la possible prolongation des contrôles frontaliers rétablis par certains pays membres de l'espace Schengen et la multiplication des mesures discriminatoires à l’encontre des migrants.

Peinture de Banksy
Peinture de Banksy Crédits : Reuters - Reuters

C'était samedi dernier à Londres. Les diplomates de l'ambassade de France ont fait la découverte d'une nouvelle voisine. Face à leur bâtiment, le célèbre grapheur Banksy a fait apparaître une peinture murale, représentant une jeune fille en pleurs. Ce personnage, qui n'est pas sans rappeler la Cosette des Misérables, note le site BIG BROWSER, apparaît avec un drapeau français aux contours élimés. Et à ses pieds, une bombe de gaz lacrymogènes. L'œuvre, photographiée sous plusieurs angles a aussitôt été publiée sur le site Internet de l'artiste de rue britannique. Une manière pour lui de dénoncer le sort des migrants, entassés par milliers dans la « jungle » de Calais, de l'autre côté de la Manche. Et puis toujours sur ce même mur, Banksy a également apposé une sorte de code-barres qui permet, via un téléphone portable, d'accéder à une vidéo mise en ligne par un groupe de soutien aux migrants, lequel a filmé pendant sept minutes des interventions policières survenues dans le campement de réfugiés au début du mois.

La question des migrants, toujours et encore, avec la fin possible du rêve de l'espace Schengen.

Hier, les ministres de l’Intérieur de l’UE ont demandé à la Commission européenne de permettre le maintien, pour deux ans si nécessaire, des contrôles frontaliers rétablis par certains pays membres pour faire face à la crise migratoire. La décision finale, précise LE TEMPS de Lausanne, sera prise par majorité qualifiée au prochain Conseil européen les 18 et 19 février prochains. Or la majorité qualifiée semble d'ores et déjà acquise. L'an dernier, en effet, six pays ont commencé à réintroduire des contrôles aux frontières pour faire face aux flux migratoires. C'est le cas de la France après les attentats de Paris. L’Allemagne a, elle aussi, rétabli des contrôles à ses frontières, rappelle THE GUARDIAN. Les Autrichiens sont en train d’ériger une clôture de barbelés sur leur frontière avec la Slovénie. De la Hongrie à la Macédoine, à la Croatie et à la Slovénie, les barrières se multiplient dans toute l’Europe centrale et du Sud. Et puis dans le Nord et l’Est, des procédures similaires sont en cours. La Suède, le pays d’Europe pourtant le plus ouvert aux migrants, a rétabli en début d'année des contrôles d’identité à sa frontière avec le Danemark. Et quelques heures plus tard, le Danemark en a fait autant à sa frontière avec l’Allemagne, cette fois-ci, de façon à ce que les réfugiés refoulés par la Suède ne restent pas bloqués dans le pays.

D'où cette question à la Une du quotidien de Cologne STADTANZEIGER : Les frontières vont-elles être toutes reconstruites ? Ne pourrons-nous plus jamais voyager de Cracovie jusqu‘à Amsterdam sans un passeport dans la poche ? Seule certitude pour l'instant, reprend le quotidien de Londres, nombreux sont ceux qui commencent à écrire la nécrologie de cette zone de libre circulation des personnes. Et pourtant, le coût de sa fermeture pourrait s’avérer dramatique, dit-il. L’impact sur l’économie en particulier sera énorme. Ce qui semble suicidaire, tout particulièrement à un moment comme celui-ci, où les perspectives économiques sont sombres. Et puis on peut se demander si ce regain de nationalisme et la multiplication des contrôles aux frontières vont permettre d’enrayer l’immigration et de lutter contre le terrorisme en Europe. En l’occurrence, les lames de rasoir de la Hongrie n’ont pas réduit le nombre de migrants parvenant à franchir les frontières européennes. Viktor Orbán n’a réussi qu’à dévier leur flux vers les pays voisins. Quant aux attentats, ils sont presque toujours commis par des individus porteurs de passeports de pays de l’UE ou de l’espace Schengen.

Même analyse pour son confrère des Pays-Bas TROUW. La mort de Schengen serait une catastrophe, dit-il, car non seulement elle n'empêchera pas la crise des réfugiés, mais elle suscitera qui plus est une crise européenne. Sans compter que ce ne sont pas seulement les avantages de l'espace Schengen et la libre circulation qui sont en jeu, renchérit la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG. La crise migratoire est une épreuve existentielle pour la cohésion même de l'Europe et pour sa survie en tant qu'acteur important sur la scène politique internationale.

En attendant, les mesures discriminatoires se multiplient à l'encontre des migrants.

C'est aujourd'hui, en particulier, que le Danemark doit entériner sa réforme controversée du droit des étrangers, réforme qui vise à décourager les candidats à l'asile de tenter leur chance dans le pays, au prix d'entorses aux conventions internationales. Le quotidien danois JYLLANDS-POSTEN cité par le Courrier International précise que la police pourra désormais fouiller les bagages afin de saisir l'argent liquide de même que les objets, au-delà de 1.340 euros. Le journal qui rappelle que pour s’assurer le soutien des sociaux-démocrates, le gouvernement minoritaire a quand même dû renoncer à inclure les alliances dans la liste des objets saisis par la police. L’objectif de cette mesure est que les réfugiés financent eux-mêmes leur nourriture et leur hébergement. Une loi déjà fortement critiquée à l'étranger. Le site américain du DAILY BEAST, en particulier, n'hésitant pas à faire le parallèle avec l’Allemagne nazie.

Et puis au Pays de Galles, là aussi une mesure rappelant étrangement le régime nazi, quand les gens étaient forcés de porter l'étoile de David, a finalement été suspendue. Concrètement, les réfugiés, pour bénéficier de repas gratuits, devaient jusqu'à présent porter un bracelet en plastique rouge, selon une photo publiée par le quotidien THE GUARDIAN, qui a révélé l'affaire. Hier, le ministère de l'Intérieur britannique a finalement annoncé avoir mis fin à ce dispositif.

Par Thomas CLUZEL

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