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Partisans d'Alexander Van der Bellen, après la victoire annoncée du candidat écologiste à l'élection présidentielle autrichienne.

La nouvelle théorie du domino

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la défaite de l'extrême droite à la présidentielle autrichienne a rassuré les capitales européennes. En revanche, après le rejet de sa réforme constitutionnelle, le chef du gouvernement italien a annoncé sa démission.

Partisans d'Alexander Van der Bellen, après la victoire annoncée du candidat écologiste à l'élection présidentielle autrichienne.
Partisans d'Alexander Van der Bellen, après la victoire annoncée du candidat écologiste à l'élection présidentielle autrichienne. Crédits : ROLAND SCHLAGER / APA / AFP - AFP

Depuis la victoire des populistes en Grande Bretagne puis aux États-Unis, une nouvelle théorie veut que cette révolte du peuple soit en train de gagner, à présent, le Vieux Continent. C'est en tous les cas le sens de la Une du dernier numéro de NEWSWEEK. L'hebdomadaire américain se demande, cette semaine, si l'Europe ne sera pas bientôt la prochaine victime de cette grande vague populiste.

Et dans ces conditions, bien sûr, on imagine aisément ce qu'il serait advenu si Norbert Hofer avait remporté, hier, l'élection présidentielle en Autriche. Sa victoire aurait aussitôt été célébrée comme la normalisation d’une extrême droite de pouvoir, y compris en Europe occidentale. Sauf que Norbert Hofer a perdu et que c'est son adversaire, un écologiste, totalement à contre-courant de ce moment historique qui voit un peu partout les droites nationalistes l’emporter, qui s'est imposé. Selon les projections de la télévision publique Alexander Van der Bellen est crédité ce matin d'un peu plus de 53% des voix.

Dès-lors, quand le quotidien de Vienne DER STANDARD salue ce matin le vote de l’autre Autriche, celle qui ne voulait pas d’un populiste de droite nationaliste à la présidence, son confrère berlinois DIE TAGESZEITUNG clame, lui, euphorique : La victoire triomphale de la raison ! Le journal de la gauche alternative se réjouit, notamment, que nous n’ayons pas eu à boire le calice d’une victoire de la droite extrême en Europe. Et de préciser encore : L’Autriche a fait le premier pas. Ce résultat est comme une insurrection tranquille contre la droite populiste.

Reste que si le sursaut des Autrichiens est, en effet, une bonne nouvelle pour l’Europe, le camp des pro-européens aurait tort d’y voir un retournement de tendance, prévient LE TEMPS de Lausanne. Bientôt, les Autrichiens reprendront le chemin des urnes pour des législatives et le renouvellement du gouvernement. Or, cette fois-ci, le Parti de la liberté pourrait bien en sortir comme le grand vainqueur. Si la vieille République a encore une fois réussi à mobiliser toutes ses ressources pour barrer la route au FPÖ, en revanche, on aurait tort de croire que c’est une victoire du système, renchérit de son côté DIE PRESSE, cité par le Courrier International. La majorité des Autrichiens n’a certes pas voulu d’un mini-Trump à la présidence, mais ils ont donné un signal d’alarme que les partis au pouvoir auraient tort d’ignorer. Et le journal de Vienne de rappeler, à toutes fins utiles, que les deux grands partis traditionnels avaient été balayés de ce scrutin dès le premier tour.

Voilà pourquoi, nuance la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG, davantage qu'un retour véritable aux idéaux de la gauche libérale, la victoire d’Alexander Van der Bellen doit surtout être analysée comme un vote contre. Selon un sondage de sortie des urnes, 30% des personnes qui ont voté pour le candidat écologiste mettaient en avant le fait d’écarter un glissement à droite. Ce qui signifie, d'ailleurs, qu'il y aura bel et bien eu un effet Trump sur le scrutin autrichien. Mais inversé. Plutôt que de bénéficier au candidat d'extrême droite (lequel espérait récupérer ce message venu des États-Unis : le peuple veut le retour des frontières), il aura permis au candidat écologiste de faciliter la mobilisation de ses électeurs pour éviter, au contraire, le scénario américain.

Si le résultat de l'élection présidentielle en Autriche invalide cette nouvelle théorie du domino (qui veut que le populisme de droite gagne du terrain en Europe), en revanche, l'issue du référendum en Italie rebat les cartes

Hier, les italiens ont rejeté à près de 60% la réforme constitutionnelle voulue par Matteo Renzi, infligeant ainsi un véritable camouflet au chef du gouvernement, lequel a aussitôt mis sa menace à exécution en annonçant dans la foulée sa démission. Et comme attendu, là encore, le fondateur du Mouvement 5 Étoiles, Beppe Grillo, a immédiatement réclamé la tenue d'élections anticipées. Or avec d'un côté une droite qui n’en finit pas de se morceler et de l'autre un Parti démocrate qui se débat lui-même avec son courant frondeur, le Mouvement 5 Étoiles a toutes les chances, en effet, de prendre la relève, comme il l'a d'ailleurs répété dans les colonnes de LA REPUBBLICA.

Et c'est ainsi que l'on en revient, inexorablement, à notre théorie des dominos. Car si le Mouvement 5 Étoiles n’appartient à l’évidence pas à l’hémisphère droit de la vie politique italienne (mais reste le produit de l’effacement de la gauche), par son style c’est bien une forme de populisme qu’il incarne aujourd’hui, note le magazine SLATE.

D'où cette question formulée par la philosophe de gauche Chantal Mouffe sur le portail d'information hongrois KETTÖS MERCE : Ne peut-on répondre au populisme de droite que par un autre populisme, de gauche ? Et de préciser, dans de nombreux pays européens, les populistes de droite s’arrogent la soif de souveraineté du peuple, en l'enjôlant dans des discours xénophobes. Les partis populistes de droite se créent des peuples qui veulent une démocratie dans laquelle le nationalisme ethnique est la priorité suprême. Or le seul moyen d’agir aujourd'hui contre ce genre de partis est d’apporter son soutien, dit-elle, à des mouvements populistes progressistes, mus par une volonté démocratique, qui créent une définition alternative du peuple.

Sauf que tout ce qui caractérise le populisme est diamétralement opposé à une politique démocratique de gauche, affirme de son côté la BERLINER. Voilà pourquoi, écrit le journal, la gauche ne doit pas essayer de faire concurrence aux populistes en rivalisant de slogans de droite, mais en proposant, au contraire, une véritable politique de gauche. Elle ne pourra convaincre le gros de son électorat que si, en plus de prendre au sérieux leurs inquiétudes, elle s’attaque au problème fondamental : le fait que dans un monde de plus en plus complexe, les élites soient les seules à profiter d’une économie qui suit un processus de mondialisation inexorable. Et le journal d'en conclure : la formule pourra paraître suranné, mais face à la réalité du populisme, le seul remède, en réalité, c’est la redistribution des richesses, du haut vers le bas.

Par Thomas CLUZEL

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