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La piste du terrorisme.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les spéculations autour du crash d’un charter russe dans le Sinaï égyptien et l’éclatante victoire d’Erdogan en Turquie.
En attendant l’examen complet des débris, complété par celui des enregistreurs de vol, diverses pistes sont avancées après la crash ce week-end d’un avion de ligne russe en Egypte. Dans un premier temps, l'hypothèse privilégiée par les tenants de la piste terroriste était celle d'un tir de missile, comme cela fut le cas pour le vol MH17 en Ukraine. La presse a notamment rapporté à plusieurs reprises que les militants djihadistes du Nord-Sinaï s’étaient procuré des lance-missiles anti-aériens portatifs. Sauf que ce type de missiles ne peut toucher que des appareils volant à basse altitude. Or l’A321 de la compagnie charter russe Metrojet se trouvait à 10.000 mètres. En d'autres termes, pour l’atteindre, il aurait fallu un missile bien plus puissant que ceux tirés à l’épaule et dont disposerait le groupe armé.

A flower is seen near debris at the crash site of a Russian airliner in north Egypt.
A flower is seen near debris at the crash site of a Russian airliner in north Egypt. Crédits : Mohamed Abd El Ghany - Reuters

D'où cette autres hypothèse avancée notamment par THE TELEGRAPH : celle d'une bombe à bord de l'appareil. Si les experts militaires s'accordent sur l'idée que l'organisation Etat islamique dans le Sinaï ne dispose pas de missiles sol-air capables d'abattre un avion à haute altitude, en revanche, ils ne peuvent pas exclure la possibilité qu'un missile sol-air ait été tiré alors que l'avion effectuait une descente en vue d'un atterrissage d'urgence, ou qu'une bombe embarquée ait fait exploser l'appareil. Une hypothèse qui pourrait se révéler d'autant plus cohérente après l'annonce hier par les autorités russes du fait que l'avion s'est apparemment disloqué en vol.

C'est également ce que laisse entendre un expert britannique interrogé sur la BBC : la dislocation de l'appareil suggère la possibilité d'une catastrophe à bord, dit-il, soit en raison d’un kamikaze, soit à cause d’une bombe disposée à bord de l'avion, mais certainement pas du fait d'un problème mécanique.

L’organisation djihadiste compte d'ailleurs dans ses rangs de nombreux combattants provenant de Russie. Les Russes sont mêmes parmi les étrangers les plus nombreux au sein de l'EI. Il n’est donc pas impossible que l’un d’entre eux ait été au nombre des passagers au départ de Charm El-Cheikh, suggère à son tour LE TEMPS de Genève. A moins qu'un explosif n'ait été introduit dans l'appareil avant son décollage, hypothèse tout à fait plausible étant entendue que la sécurité dans les aéroports de la région laisse souvent à désirer.

Quoi qu'il en soit, voilà qui vient sérieusement mettre à mal les démentis des autorités Russes, qui aussitôt après la diffusion samedi d'un communiqué sur les réseaux sociaux de l'organisation Etat islamique affirmant être à l’origine de la destruction du vol, avait jugé que les annonces de Daech ne pouvaient être considérées comme fiables. THE TIME cité par le magazine Slate rappelle d'ailleurs que le Kremlin n'avait évidemment aucun intérêt à le faire. Et pour cause, cela risquerait de créer un lien direct entre la campagne aérienne menée par Moscou en Syrie et la mort de plus de 200 civils russes. En d'autres termes, le Kremlin pourrait, le cas échéant, se retrouver tenu pour responsable d'avoir incité une attaque terroriste contre sa population.

Autre sujet à la Une de l'actualité ce matin, la victoire du parti du président islamo-conservateur Recep Erdogan en Turquie.
L'AKP a remporté haut la main, hier, les législatives et réussi à la surprise générale, précise le site de la chaîne CNN, à regagner sa majorité perdue. Les résultats officiels ne seront pas proclamés avant une dizaine de jours, mais d'après les projections de la chaîne de télévision publique TRT le parti présidentiel a triomphé avec près de 50% des voix, un score qui devrait lui assurer la majorité absolue au Parlement.

Women wave flags outside the AK Party headquarters in Ankara.
Women wave flags outside the AK Party headquarters in Ankara. Crédits : Umit Bektas - Reuters

Ainsi, non seulement Erdogan a recueilli une écrasante majorité des suffrages, titre ce matin THE WALL STREET JOURNAL, mais plus encore il a remporté son pari, juge son confrère du TEMPS. Dès-lors, comment expliquer ce succès inattendu, du moins dans de telles proportions ? Tout d'abord, pour convaincre les électeurs de changer d’avis, Erdogan n’a pas hésité à lancer son pays dans la guerre contre les terroristes de l’État islamique mais aussi et surtout, en réalité, du PKK. En jouant avec les peurs, il a appelé à l’union sacrée derrière lui. Ce faisant, le président a réussi à minimiser le vote en faveur du Parti pro-kurde HDP, en insinuant qu'il était lié aux terroristes du PKK. Enfin, les piètres conditions sécuritaires du scrutin ont fait le reste. L'impossibilité pour le HDP de faire campagne, en raison des risques d’attentats qui le visaient directement. Et puis le jour du scrutin, cette fois-ci, dans certaines localités kurdes sous le coup de restrictions de mouvement en raison des opérations militaires, les électeurs qui traditionnellement votent HDP n’ont pas pu se déplacer pour aller voter.

Et puis pour bien comprendre ces résultats, le journal HURRIYET cité par le Courrier International rappelle pour sa part que si une partie de l’électorat potentiel de l’AKP s’était abstenue le 7 juin dernier, c’était avant tout pour punir ou du moins mettre en garde l’AKP. Autrement dit, ces électeurs ne voulaient que l’AKP perde le pouvoir, mais simplement qu’il renonce à son arrogance et mette fin aux affaires de corruption qui ont entaché son mandat. En revanche, ils ne s’attendaient pas à voir le parti, qu’ils continuent à l'évidence de préférer à toute autre option, perdre sa majorité parlementaire. Comme beaucoup d’électeurs, ils sont terrifiés par le terme même de “coalition”, qui leur rappelle les gouvernements incompétents des années 1990. Sauf que de nombreux analystes prédisent désormais que les résultats d'hier vont surtout donner raison à l'appétit de pouvoir d'Erdogan, lequel s'emploie depuis longtemps déjà à transformer la république parlementaire en régime présidentiel fort, rappelle le site de la chaîne américaine CNN. Ce que son confrère britannique du GUARDIAN résume d'une phrase : quand la Turquie glisse de la démocratie à l'autocratie.

Par Thomas CLUZEL

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