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Emmanuel Macron, candidat d'En Marche! (g) et Marine Le Pen, candidate du Front National (d)

La politique à front renversé

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, le front républicain semble plus fissuré que jamais. Et si le piège se refermait sur Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron, candidat d'En Marche! (g) et Marine Le Pen, candidate du Front National (d)
Emmanuel Macron, candidat d'En Marche! (g) et Marine Le Pen, candidate du Front National (d) Crédits : ALAIN JOCARD, ERIC FEFERBERG - AFP

Alors que l’entre-deux tours de la présidentielle en France devait permettre au candidat d’« En marche ! » de rassembler le pays, voilà que le scénario de la division et du rejet de sa candidature est en train de s’installer dangereusement. Le nouveau scénario qui fait peur, titre notamment LE TEMPS. Le front républicain semble aujourd'hui plus fissuré que jamais, avec en particulier une droite qui se déchire, comme l’illustre le soutien inattendu, ce weekend, de Nicolas Dupont-Aignan à la chef de file du Front national. Un retournement pour le moins radical, une improbable alliance, analyse de son côté LE SOIR. Le journal de Bruxelles qui se fait, d’ailleurs, un malin plaisir à rappeler toutes les dernières interventions publiques du souverainiste, lorsque le candidat de « Debout la France » dénonçait encore « la politique de bouc émissaire » de Marine Le Pen et appelait ses compatriotes à ne pas céder à « l’impasse du Front National ». Une percée d'autant plus symbolique pour l'extrême droite, renchérit THE WALL STREET JOURNAL repéré par le Courrier International, que le Front national avait jusque-là le plus grand mal à trouver des alliés, où que ce soit dans le spectre politique en France.

A l'inverse, le principal problème d'Emmanuel Macron sera d’obtenir le soutien d’autres partis au sein de l’Assemblée nationale, ce qui impliquera, donc, une bonne dose de marchandage à l’ancienne. Or les idéalistes d’« En marche ! » auront probablement du mal, eux, à digérer les alliances inévitables avec d’autres partis, prévoit THE SPECTATOR. Et, d’ailleurs, n’est-ce pas là le problème de ce nouvel empereur de l’Europe ?, ainsi que le titre le journal britannique. Cet homme qui affirme créer une nouvelle forme de politique et dit vouloir défier le système est, en réalité, un « outsider » et un « insider », en même temps. Chez lui, reprend LE TEMPS, tout est conciliant et ambivalent, en phase avec une époque où les corpus politiques semblent trop contraignants pour qu’on y adhère, se laissant le choix opportuniste de rassembler à gauche et à droite, au risque de se contredire sans états d’âme.

Sans état d’âme, lui aussi. Le refus du pape François de se prononcer sur l’élection française, au prétexte « qu’il ne connaît pas » Emmanuel Macron, a-t-il ouvert une brèche ? Quoi qu’il en soit, jamais une élection n’aura autant mis à jour le morcellement du paysage catholique. Désormais, le rejet du discours frontiste ne semble plus aller de soi. Tout se passe aujourd’hui comme si le fameux plafond de verre qui, jusque-là, rendait si difficile la victoire finale des candidats du Front national ne cessait de s’élever, au fur et à mesure de sa progression électorale. Bien sûr, le candidat d’ « En marche ! » reste toujours en tête des intentions de vote. L’un des derniers sondages disponibles, prédit une large victoire pour Emmanuel Macron, par 59% contre 41% pour son adversaire d’extrême droite. Pour autant, le score de l’ancien ministre de l’économie ne cesse de s’effriter depuis sa victoire au premier tour. Les enquêtes d’opinion le créditaient il y a encore peu de 65% à 69% des voix. Et cet effritement pourrait encore s'aggraver, dans les prochains jours. D'autant que pour devenir majoritaire le 7 mai prochain, Marine Le Pen, elle, sait qu'elle devra surmonter un obstacle majeur : la question européenne. 53% des Français interrogés considèrent toujours l’appartenance à l’UE comme une «bonne chose». Or pas plus tard qu'hier, la candidate Front National a affirmé que le retour au franc, qu’elle préconise, pourrait s’accompagner d’un maintien d’une monnaie unique pour le commerce.

En attendant, pour Emmanuel Macron, c'est peu de dire que la période est aujourd'hui difficile. Alors qu’une partie de la droite traditionnelle joue le «ni-ni», même le milieu des entrepreneurs semble désormais contaminé, reprend LE TEMPS. « Beaucoup de petits patrons de PME sont persuadés qu’ils seront les dindons de la farce Macron », s’alarme notamment un membre du Medef, interrogé dans les colonnes du journal, avant de préciser : « Ils craignent le triomphe de la finance, l’influence des grands patrons du CAC 40 et la manipulation démocratique. » D'où cette question : Et si le libéralisme assumé d’Emmanuel Macron se retournait contre lui ?, interroge le magazine SLATE. Déjà, l’accueil tendu que lui ont réservé les salariés de l'usine Whirpool d'Amiens, après le passage de Marine Le Pen en terrain conquis, a donné le ton : Avec lui, il n’y aura plus de chèque en blanc.

En ce sens, la campagne présidentielle prolonge, donc, la dynamique des derniers mois. L’élection française met à nouveau aux prises le peuple et les élites. Ou plus exactement (davantage encore qu’un affrontement entre peuple et élite), cette campagne oppose des visions antagonistes de ce qu’est le peuple : d'un côté les opprimés, agressés par une minorité et qu’il s’agit de protéger avec la poigne d’un Etat fort et de l'autre le peuple des jeunes, des entrepreneurs, voire des très honnis start-upers et bobos dont Emmanuel Macron est aujourd'hui le champion.

D'où cette question, du journal de Lausanne : le scénario du « tous contre Macron » remplacera-t-il le « tout sauf Le Pen », alors qu’une semaine de duel frontal s’ouvre ce matin ? Et si le piège se refermait sur Emmanuel Macron, de plus en plus contesté à droite comme à gauche ? Comme à son habitude, Le FN fêtera ce 1er mai, entre défilé traditionaliste de Jean-Marie Le Pen et meeting de sa fille à Villepinte. De son côté, Emmanuel Macron ripostera, lui, par un rassemblement à La Villette, là où un certain François Fillon avait tenté de galvaniser ses troupes après l’explosion du « Penelopegate ». Pour l'heure, le candidat d’ « En Marche! » semble surtout, en réalité, vouloir jouer sur la peur qu’inspire son adversaire, conclue THE OBSERVER. Ces derniers jours, il s’est essentiellement empressé de rassurer la communauté juive. Après s'être rendu vendredi au village martyr d’Oradour sur Glane, il était hier au mémorial de la Shoah.

Par Thomas CLUZEL

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