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La Pologne inquiète l'Union Européenne

4 min

PAR LUDOVIC PIEDTENU

L'opposition décrit ce qui se passe en Pologne comme un "coup d'Etat par la ruse"."Ce n'est peut-être pas encore cela, estime l'éditorialiste de la Deutsche Welle en Allemagne, mais les derniers développements sont certainement des motifs de préoccupation".Dans la foulée des législatives d'octobre, PIS, le parti eurosceptique Droit et Justice a formé un gouvernement il y a tout juste un mois.Et la capitale Varsovie connaît depuis des manifestations massives, tant de ses partisans que de ses adversaires.Varsovie, et même "dans plus de vingt grandes villes", fait remarquer The Daily Beast, site américain d'informations en ligne qui signe un article dans lequel l'auteur fait part de sa grande surprise."Jusqu'à récemment, écrit-il, la Pologne était l'étoile la plus brillante des anciens pays communistes d'Europe centrale. Mais depuis quelques semaines, la transition d'un parti au pouvoir à l'autre est très dure.""Une dureté qui a sauté au visage de l'OTAN et du reste du monde vendredi dernier, quand des responsables du Ministère de la défense accompagnés de gendarmes, ont pénétré en pleine nuit dans les locaux d'un centre de contre-espionnage pour en expulser ses responsables accusés d'insubordination."Pour le journaliste du Daily Beast, "ce qui se passe en Pologne, c'est beaucoup plus que cela, ce raid est juste un incident dans une période où l'incertitude va croissante."Dans les rues, les Polonais scandent "Constitution !" rapporte The Globe and Mail au Canada."Ceux qui manifestent, militants de gauche et du parti libéral, mouvement social et ONG, brandissent des banderoles pour défendre la démocratie et appellent le gouvernement à respecter la loi et la constitution" lit-on encore dans The Daily Beast.En cause, le vote mardi soir par les députés d'une réforme du Tribunal constitutionnel, l'équivalent de notre Conseil constitutionnel."Les critiques disent que la loi élimine pratiquement le tribunal comme organe de contrôle du gouvernement" rapporte The Guardian, outre-manche.Le parti PIS de M. Kaczynski affirme sans détours éliminer ainsi un obstacle dans la mise en oeuvre de sa politique.Le quotidien britannique le cite : il veut "casser cette bande de copains" parlant des membres du Tribunal.Le texte doit à présent être voté par le Sénat que contrôle également le parti conservateur.D'après le Süddeutsche Zeitung, le vice-président de la commission européenne, s'en est ému par lettre auprès des ministres polonais des affaires étrangères et de la justice, leur rappelant les principes de l'Union Européenne."L'Etat de droit est l'une des valeurs communes sur lesquelles est fondée l'Union", écrit-il dans cette lettre que le quotidien allemand publie ce matin. La Commission, poursuit le journal, va surveiller étroitement les développements en Pologne. Elle interviendra, je cite, "si l'intégrité, la stabilité et le fonctionnement adéquat du tribunal constitutionnel sont affaiblis".GUILLAUME ERNER : C'est une revue de presse qui rapporte aussi ce qu'il se dit à la radio ! Hier, sur les ondes de Zet, une radio polonaise, l'ancien Président Prix Nobel de la Paix Lech Walesa est sorti de ses gonds."Ce gouvernement agit contre la Pologne, contre nos acquis, contre la liberté, contre la démocratie. Sans même dire qu'il nous ridiculise dans le monde entier"... déclare le chef historique du mouvement Solidarnosc.Il appelle à un référendum pour l'organisation d'élections anticipées."Il faut démontrer, dit Lech Walesa, que 2/3 des polonais et même plus sont opposés à ce genre de pouvoir et en abréger le mandat.""J'ai honte de voyager à l'étranger" ajoute l'homme qui en 1990 avait pour conseillers, avant de se brouiller avec eux, les frères Kaczynski, actuel chef du Parti Droit et Justice; son frère jumeau, alors Président, est décédé il y a 5 ans dans un accident d'avion en Russie.The Guardian rapporte encore les propos de Walesa tenus cette fois à la télévision il y a quelques jours.Il mettait en garde les conservateurs contre un risque de "guerre civile" en Pologne.Le journal britannique ajoute que la situation est à l'agenda du Parlement européen, mais pas avant... le mardi 19 janvier."C'est un choc des deux côtés de l'Atlantique" écrit l'éditorialiste du Washington Post sous ce titre "Les nouveaux dirigeants de la droite polonaise ont franchi une ligne"."La Pologne reste une démocratie robuste, M. Kaczynski et son parti sont hostiles à la Russie, méfiants envers l'Allemagne. Mais ils sont largement pro-américains. Cela peut donner à l'administration Obama d'influer sur le cours des choses. Il doit informer les dirigeants à Varsovie que l'affaiblissement du contrôle judiciaire, la censure de toutes critiques émanant des médias d'Etat et la poursuite des opposants politiques peut très vite changer la relation avec Washington."L'éditorialiste américain s'inquiète de cette course à l'échalote avec le Hongrois Viktor Orban, qui compromet, je le cite, lui aussi les institutions de son pays.The Globe and Mail rappelle cette inquiétante déclaration de Kaczynski il y a quelques années devant ses supporters."Je suis convaincu, disait-il, que le jour viendra où nous aurons Budapest à Varsovie". Une déclaration d'admiration de Kaczynski à Orban.Avec ces deux-là, l'Union Européenne a de quoi sérieusement s'inquiéter.

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