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La Pologne s'enfonce dans la crise politique

5 min

La Pologne connait à nouveau des manifestations de masse et des tensions vives entre gouvernement conservateur et opposition libérale. En jeu des lois jugées liberticides par l'opposition, la société civile et l'Union européenne. Même la trêve de Noël, sacrée en Pologne, pourrait être perturbée.

Cela ne fait qu'un peu plus d'un an que PiS, le parti ultra-conservateur Droit et Justice est au pouvoir en Pologne et pourtant, les polémiques et les controverses s'accumulent autour de sa politique.

Dernier exemple en date le dossier de l'accès des journalistes à la chambre basse du Parlement, la Diète, dont il est question dans la loi proposée par le gouvernement sur les médias privés.

Ce texte prévoit que selon les nouvelles règles le nombre de chaînes de télévision autorisées à enregistrer les séances au Parlement sera limité à cinq et le nombre de journalistes accrédités à deux par organe de presse avec un accès limité voire interdit à la salle de presse dans l'hémicycle.

Ce projet de loi a été perçu par l'opposition et la société civile comme une provocation, une limitation de la liberté de la presse venant après la loi de reprise en main des médias publics votée en début de mandat.

Cela a entrainé, une fois de plus, des manifestations importantes à Varsovie et dans tous le pays avec un blocage du Parlement par l'opposition libérale, de PO, la Plateforme Civique, au pouvoir pendant huit ans et du nouveau parti Nowoczesna, "Moderne" en polonais.

Des manifestations massives sous l'égide du KOD, le Comité de Défense de la Démocratie qui ont poussé le pouvoir à reculer sur ce projet. Du moins en apparence.Car comme le titre le quotidien libéral, la Dziennik Gazeta Prawna, c'est l'impasse en Pologne. Certes, affirme le journal, PiS semble avoir reculé...mais uniquement jusqu'au mois de janvier où le gouvernement présentera un nouveau projet. Est-ce une manière de rentrer par la fenêtre après avoir pris la porte se demande la presse polonaise ?

Et pour tendre encore plus l'ambiance politique, le pouvoir Polonais a un autre problème avec le vote de son budget...

Lors du vote du budget 2017, le Maréchal de la Diète, c'est comme cela que se nomme le président du parlement, Marek Kuchcinski, de PiS a exclu un député d'opposition Michal Szczerba de la Plateforme Civique pour être monté à la tribune avec une pancarte où il était inscrit "Médias Libres".

Bis repetita. Les manifestations ont repris dans la rue, la police bloque les accès au Parlement et l'opposition réclame l'annulation du vote du budget comme étant entaché d'irrégularité à cause de cette expulsion du député d'opposition. Le gouvernement refuse, le président de la République, Andrzej Duda, également membre de PiS temporise en affirmant attendre le résultat d'une analyse politique qu'il a commandé sur la situation politique du pays. Bref, la Dziennik Gazeta Prawna a bien raison, c'est l'impasse.

D'autant plus que comme le précise le quotidien de référence Rzeczpospolita, que le Sénat, la chambre haute où PiS a également la majorité, estime que le vote de la Diète sur le budget est conforme à la loi et donc que le Sénat examinera le texte comme prévu du 11 au 13 janvier.

Signe que la tension est vive, Nasz Dziennik, quotidien catholique conservateur, précise que le chef de l'un des principaux syndicats polonais, Piotr Duda, qui soutient PiS, déclare se préparer à descendre dans la rue pour défendre le gouvernement conservateur.

Ce qui fait se demander à Rzeczpospolita comment le gouvernement peut, en même temps, annoncer des gestes de conciliation et affirmer par ailleurs avoir l'intention de ne pas renoncer à ces projets ?

D'où cette question : Où va Droit et Justice ?

Pour le grand quotidien libéral d'opposition la Gazeta Wyborcza, Jaroslaw Kaczynski, le président de PiS blâme l'opposition pour cette crise, mais des membres de la direction de son parti émettent des doutes sur l'efficacité de sa tactique entre compromis et fermeté

D'autant plus que la crise sur le tribunal constitutionnel n'est pas terminée

C'est même le feuilleton depuis un an et véritable point de friction avec l'opposition et l'Union européenne. Le Président de la République, comme l'explique la Gazeta Wyborcza, a promulgué les trois lois concernant cette réforme du Tribunal Constitutionnel et de nommer présidente par intérim de ce tribunal la juge proche du pouvoir Julia Przylebska

Désormais, comme le titre Rzeczpospolita, le tribunal constitutionnel est dans les mains de PiS, car les juges libéraux sont désormais en minorité.

Une situation qui inquiète l'Union européenne. Comme le précise The Guardian, Bruxelles donne deux mois à Varsovie pour répondre à de nouvelles recommandations sur la réforme controversée du tribunal. Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne évoquant un problème persistant avec l'état de droit en Pologne.

Et comme preuve que désormais PiS et la société civile étaient irréconciliables, un autre projet gouvernemental se heurte à une forte contestation. Il s'agit de la réforme de l'éducation. La Gazeta Wyborcza nous apprend que le principal syndicat des enseignants et un collectif de citoyens opposés à cette réforme ont manifestés devant le palais présidentiel. Ils ont remis au président Duda une pétition contre ce texte avec 250 000 signatures. Mais une fois de plus, le président botte en touche et déclare qu'il donnera son avis sur cette réforme en janvier...

La Pologne semble s'engager dans une situation totalement bloquée. Témoin, pour le quotidien suisse le Temps : quelques dizaines de députés d'opposition occupent toujours l'hémicycle du Parlement et comptent y passer Noël. Pourtant la fête la plus sacrée dans la catholique Pologne.

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