LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Un avion s’apprête à décoller de Francfort pour reconduire des réfugiés dans leur pays d'origine, l'Afghanistan.

La priorité en Allemagne n’est pas l’intégration des demandeurs d’asile

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : après l’attentat de Berlin, l’Allemagne veut accélérer les procédures d'éloignement des réfugiés et augmenter le nombre de personnes reconduites dans leur pays.

Un avion s’apprête à décoller de Francfort pour reconduire des réfugiés dans leur pays d'origine, l'Afghanistan.
Un avion s’apprête à décoller de Francfort pour reconduire des réfugiés dans leur pays d'origine, l'Afghanistan. Crédits : DANIEL ROLAND - AFP

Sans surprise, le cas Anis Amri a relancé le débat en Allemagne sur la politique d’immigration. En attendant d'éventuels changements législatifs, le pays veut aujourd'hui accélérer les procédures d'éloignement et augmenter le nombre de personnes reconduites dans leur pays. Plus de 50 000 personnes ont obtenu un permis pour une aide au retour volontaire, entre janvier et décembre 2016, selon des informations publiées hier par la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. C’est deux fois plus que le nombre des personnes dont les demandes d’asile ont été rejetées et quatre fois plus que le nombre de personnes repoussées à la frontière.

Or le gouvernement veut aller plus vite encore et plus loin. Avec le programme «Starthilfe» qui commencera en février, plus vite les migrants se décideront à revenir sur leurs pas, plus l’aide obtenue sera importante. Au totale, l’État fédéral compte consacrer près de 150 millions d’euros sur trois ans à ce programme. Actuellement, dans le cadre de ce plan de retour subventionné en partie par l’Union européenne, les «volontaires» bénéficient d’une aide au voyage de 200 euros par adultes et 100 euros par enfants. Une aide à la réintégration est également versée, selon un montant qui varie en fonction du pays de retours et de la date d’entrée sur le territoire allemand (plafonnée à 900 euros par famille pour un Égyptien ou un Ivoirien et 1200 euros pour un Serbe ou un Iranien). Or, bien entendu, le renforcement de ce programme confirme la nouvelle ligne du gouvernement, note la correspondante du TEMPS : la priorité n’est pas (ou n’est plus) l’intégration des demandeurs d’asile, mais bien de réduire le plus rapidement possible leur nombre, coûte que coûte.

Il faut dire qu'à un an des élections législatives, le gouvernement est aujourd'hui sous pression, tant au sein même de la CDU d’Angela Merkel que parmi ses alliés conservateurs bavarois de la CSU. Et puis surtout, quoique fasse le gouvernement, la droite populiste du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) l’attend, elle, en embuscade. Dès la publication de l’article de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, hier, l’un de ses représentants a notamment aussitôt fustigé ces réfugiés qui « font des allers-retours » pour encaisser les primes de retour.

Une chose est sûre, renchérit de son côté le quotidien slovaque PRAVDA, l’économie et la finance ne seront donc pas au cœur de la prochaine campagne, même si l’Allemagne affiche sur ces plans un bilan brillant. La campagne portera avant tout sur la sécurité et l'immigration. L’AfD a, d'ailleurs, déjà brandi l’accusation selon laquelle les victimes de Berlin étaient les «morts de Merkel». Ce qui nous donne un avant-goût de la campagne à venir.

D'où ce commentaire, cette fois-ci, de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG : Voilà comment la semence terroriste commence, un peu partout, à porter ses fruits vénéneux, avec sa moisson de dissensions, de divisions et de désintégration. Et voilà pourquoi le plus gros défi à relever pour les partis politiques pour l’année électorale 2017 sera d’éviter, dit-il, de se laisser influencer par les trublions populistes et de ne pas adopter leurs recettes extrémistes. Ils devront bien plus et de manière responsable trouver un juste équilibre entre revendications de sécurité, responsabilité sociale et libertés civique.

Pendant ce temps, sur le terrain l’enquête, elle, se poursuit après l’attentat de Berlin. Les autorités allemandes ont notamment arrêté un Tunisien de 40 ans, possible complice de l’auteur présumé de l’attentat de Berlin, a rapporté hier le parquet. Par ailleurs, en Espagne, ce sont deux djihadistes présumés qui ont été arrêtés hier. La police a précisé avoir découvert quatre chargeurs et des munitions lors des perquisitions qui ont suivi. Enfin trois personnes ont été arrêtées, la veille, en France près de Toulouse. Le premier est soupçonné d’avoir voulu commettre une attaque le 31 décembre, selon une source policière. La deuxième opération concerne deux étrangers en situation irrégulière. Les enquêteurs soupçonnent l’une de ces deux personnes d’avoir projeté de s’attaquer aux forces de l’ordre.

Avec la fin de l'année 2016 (qui elle-même suivait une tragique année 2015), beaucoup de gens espèrent que 2017 sera plus paisible. Mais peut-on espérer ne pas avoir à faire face, à nouveau, à la terreur que veut diffuser Daech ? Si l'on en croit une nouvelle étude d’un professeur norvégien, relayée par THE WASHINGTON POST mais aussi le magazine SLATE, l'avenir ne sera pas meilleur. Ce spécialiste du djihadisme énumère, notamment, trois raisons pour lesquelles les actions violentes d'islamistes pourraient même s'intensifier à long terme. Il évoque, tout d'abord, la possibilité d'un bassin de recrutement plus grand. Car si les djihadistes recrutés sont historiquement de jeunes musulmans, il existe désormais une part substantielle de convertis, précise le chercheur. Ensuite, il faut noter l'émergence de ce qu'il appelle les djihadistes entrepreneurs, c’est-à-dire ces recrues étrangères ou revenues des zones de guerre qui peuvent susciter des vocations chez certains jeunes restés dans leur pays d'origine. Le troisième point important concerne le reste du monde musulman. Partout, des conflits durent et ne semblent pas vouloir finir, que ce soit en Irak, en Syrie, en Palestine, en Afghanistan, au Pakistan, ou en Somalie. D'autres menacent également d'émerger encore au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou en Asie du Sud. Et toutes ces régions semblent prêtes à former des djihadistes.

Bien entendu, toutes ces tendances peuvent modifier le cours des événements encore différemment. Tout dépendra des mesures prises par les gouvernements. Mais quoi qu'il en soit, le terrorisme n’a pas fini de hanter l’Europe, prévient à son tour le journal slovaque UJ SZO, avant de préciser : Même le jour où on aura réussi à intégrer en Europe les innombrables demandeurs d’asile, il y aura encore des attaques terroristes. Il suffit, pour cela, de penser à tous ces islamistes radicaux qui sont citoyens français, allemands ou belges et qui se sont engagés dans les rangs de Daech.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......