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Le premier ministre italien Matteo Renzi

La prochaine crise viendra d'Italie

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le gouvernement de Matteo Renzi a engagé des négociations avec l’UE pour sauver son secteur bancaire. Mais Bruxelles exige que les solutions adoptées respectent les règles européennes qui interdisent les aides d’État.

Le premier ministre italien Matteo Renzi
Le premier ministre italien Matteo Renzi Crédits : Kacper Pempel - Reuters

La Une du dernier numéro de THE ECONOMIST ne laisse que peu de place au doute. On y voit un bus aux couleurs de l'Italie glisser tout droit vers un précipice dans lequel une voiture aux couleurs du Royaume-Uni, cette fois-ci, conduite par Nigel Farage est déjà, elle, en train de sombrer. Ces temps-ci, écrit l'hebdomadaire britannique cité par le Courrier International, les investisseurs du monde entier sont extraordinairement nerveux. Or le Brexit ne suffit plus, dit-il, à expliquer cette instabilité qui pèse sur les marchés. Non. En réalité, une autre menace financière, potentiellement dangereuse, plane désormais de l’autre côté de la Manche. Il s’agit de l’Italie, la quatrième économie de la zone euro mais aussi l’une des plus fragiles et dont les banques se retrouvent aujourd'hui dans une situation périlleuse. Ces banques sont, en effet, grevées par 360 milliards d’euros de créances douteuses, soit l’équivalent d’un cinquième du PIB du pays. Ce qui signifie qu'au mieux, elles étrangleront la croissance du pays. Et au pire, certaines de ces banques pourraient même carrément sombrer. Et voilà pourquoi, le magazine britannique, nous prédit cette semaine la prochaine crise européenne.

Seul espoir, que les banques italiennes bénéficient d’un bon gros nettoyage

En l'occurrence, l'opération de nettoyage pourrait prendre deux formes. La première consiste en un « bail out », c'est à dire une injection d’argent public. Le problème, c'est qu'elle est interdite par les nouvelles règles de la zone euro, selon lesquelles les banques ne peuvent être sauvées par l’État que si les créanciers, c'est-à-dire les riches actionnaires, sont d’abord mis à contribution. D'où la deuxième solution, celle du « bail in », comprenez faire payer les prêteurs plutôt que les contribuables. Mais, là aussi, il existe un problème de taille. Et c'est une spécificité du système italien. Les actionnaires des banques italiennes sont principalement des particuliers et non de gros investisseurs institutionnels. Ce qui explique que lorsque cette méthode du « bail in », la seule légale aujourd’hui, a été appliquée à quatre banques italiennes, à l’automne dernier, elle a immédiatement entraîné la ruine de petits épargnants et même le suicide de l’un d’entre eux, rappelle l'hebdomadaire britannique.

Quoi qu'il en soit, pour le Premier ministre, Matteo Renzi, déjà en position délicate à l’approche d’un référendum sur la réforme constitutionnelle, il n’est donc plus envisageable de « forcer des Italiens ordinaires à payer les pots cassés ». Et puis de son point de vue, l’état des banques italiennes et par effet domino la stabilité des marchés concernent, après tout, toute l’Europe. Sans compter que d’autres pays ont déjà pu procéder à des renflouements d'argent public, même si c'était avant l’introduction des nouvelles règles. THE ECONOMIST donne, d'ailleurs, raison sur ce point à Renzi. Suivre la règle à la lettre, dit-il, n’a aucun intérêt, si cela conduit à la mort de la monnaie unique.

C'est également l'analyse défendue par le journal finlandais KALEVA : Selon lui, la ligne de Rome est compréhensible. L'effondrement des grandes banques du pays créerait une situation dangereuse en Italie, mais la crise pourrait également provoquer un grand mouvement de panique en Europe. Le journal qui rappelle que la Finlande a, d'ailleurs, elle aussi recapitalisé ses banques grâce à l'argent du contribuable. Sauf que c'était il y a un quart de siècles, c'est à dire bien avant la nouvelle réglementation européenne. Reste qu'à l'exception des caisses d'épargne, les établissements financiers ont tous remboursé ces aides, précise toujours le quotidien. Et par ailleurs, sans cet appui, les dommages auraient sans doute été bien plus importants, dit-il. En clair, les règles sont les règles. Mais il semblerait, une fois de plus, qu'elles ne correspondent pas à la réalité. Il faudrait, dès lors, adapter ces règles. En d'autres termes, si le plan italien d'injecter des fonds publics pour soutenir ses banques en difficulté est susceptible d'empêcher une nouvelle crise bancaire en Europe, alors Rome devrait débloquer dès aujourd'hui le montant adéquat quitte, ce faisant, à enfreindre les règles de l'UE.

Tout le monde n'est pas sur la même ligne

C'est le cas, en particulier, de l'Allemagne qui aurait pourtant de bonnes raisons sans doute d’assouplir les règles européennes. Un relâchement de la discipline pourrait notamment aider le gouvernement allemand à résoudre les problèmes croissants de ses banques régionales et de la Deutsche Bank. Sauf que Berlin insiste pour que les règles soient appliquées. Et si la chancelière Angela Merkel est inflexible, ce n'est pas tant par excès de zèle mais par simple calcul électoral, estime le quotidien de Milan CORRIERE DELLA SERA. Pourquoi ? Parce que Merkel se rendrait alors vulnérable aux attaques de la droite et, en l'occurrence, de l’AfD (le parti de la droite populiste) qui ne manquerait pas l'occasion d'accuser la chancelière de laisser l’Italie détruire les règles européennes, qui ont pour fonction de protéger la discipline et l’argent des Allemands. Or bien entendu, un peu plus d’un an avant les législatives, c’est un prix que Merkel n'est pas prête à payer. Aujourd’hui, plus que tout, la chancelière préfère clairement que Renzi assume les conséquences politiques d'une mise à contribution des créanciers, quand bien même ceux-ci seraient pour l'essentiel des particuliers.

Quant à l'éditorialiste d'EL PAIS, il estime lui aussi que l'UE ne doit pas céder devant l'Italie. Selon lui, les propositions de Matteo Renzi pour résoudre la crise bancaire italienne sont égoïstes. Renzi veut assainir les banques en difficulté avec l’argent du contribuable et faire en sorte que les actionnaires ne mettent pas la main à la poche, peste le quotidien madrilène. En fin de compte, Renzi veut surtout s’épargner les contreparties (comprenez les programmes d’adaptation) d’un sauvetage bancaire. Et l'éditorialiste de préciser encore : le projet italien est absurde, dit-il. Il est appuyé par quelques voix qui demandent la possibilité de ménager des exceptions, en prenant pour prétexte le choc du « Brexit », mais aussi en agitant le risque qu'un sauvetage par les contribuables pourrait jouer en faveur du Mouvement (populiste) 5 Étoiles de Beppe Grillo. Sauf que si une exception était ménagée pour l’Italie, alors on pourrait aussi le faire ensuite pour le Portugal. Ce qui signifierait une perte définitive de crédibilité pour tout le système financier européen. Si tant est, bien sûr, qu'il reste encore une once de crédibilité, justement, au système européen tout entier.

Par Thomas CLUZEL

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