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La psychose sur les marchés mondiaux.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la dégringolade des prix du pétrole, le krach de la place de Shanghai et la publication des chiffres de l’emploi aux Etats-Unis.
2016 vient à peine de commencer, que déjà des nouvelles inquiétantes de toute part viennent déstabiliser l'ensemble des marchés. Hier, les cours du pétrole ont dégringolé de plus de 5%, à des niveaux jamais atteints depuis douze ans. Pour ne remonter qu'à 2008, rappelle le journal économique de Lisbonne DIARIO ECONOMICO, le prix du baril s'élevait à 146 dollars. Et personne n'aurait pu s'imaginer que ce prix ne serait plus que de 34 dollars aujourd'hui. Une évolution dont se réjouissent, d'ailleurs, les consommateurs et les entreprises. Sauf qu'ils pourraient bientôt déchanter. Car si l'on regarde les choses de plus près, on constate que les entreprises qui exportent vers des pays producteurs de pétrole connaissent actuellement une importante détresse financière. C'est le cas, par exemple, en Angola ou au Brésil. Et le danger à présent, c'est que le chômage et la faillite risquent de toucher plus rapidement encore qu'on ne le pense, tous ceux qui ne parviendront pas à s'adapter rapidement à cette nouvelle donne.

Pour le reste, entre la baisse de la demande et la hausse de la production, il n'y a rien d’étonnant, en réalité, à ce que les cours du pétrole reculent, précise son confrère britannique THE GUARDIAN cité par le Courrier International. Le problème, c'est qu'ils ne sont probablement pas près de remonter. Trois raisons à cela. Tout d’abord, personne n’a arrêté de pomper du brut. L’Opep est contrainte de suivre la politique de son leader de fait, l’Arabie Saoudite, qui pousse à une baisse des prix dans l’espoir de faire sortir du marché les producteurs américains de pétrole de schiste. Or pour l’instant, cette stratégie ne porte aucun fruit. Au contraire, non seulement la production totale des Etats-Unis continue à augmenter mais les producteurs de pétrole de schiste ont également montré qu’ils étaient capables de réduire leurs coûts, comme tout le monde. Deuxième raison, la vieille théorie selon laquelle les tensions au Moyen-Orient font grimper les cours ne semble pas s’appliquer aujourd’hui. Pour preuve, tandis que l’Iran veut faire son retour sur les marchés pétroliers mondiaux, l’Arabie Saoudite, elle, ne veut pas céder la moindre part de marché à son rival. Enfin, dernier élément qui nous laisse entendre que les prix du brut ne sont pas prêts de remonter tout porte à croire que le ralentissement de l’économie chinoise, l'un des poumons de la croissance économique mondiale, est plus prononcé que les statistiques officielles le laissent penser.

Et voilà qui nous conduit tout naturellement aux tensions financières renouvelées en Chine.
Hier et pour la deuxième fois cette semaine, les Bourses chinoises ont du fermer après un nouvel effondrement des cours de plus de 7 %. La séance n'aura duré que quatorze minutes, soit la plus courte de l’histoire des Bourses chinoises, titre en particulier THE FINANCIAL TIMES de Londres. L’effondrement des marchés chinois, qui s’est répercuté cette semaine dans l’ensemble du globe, rappelle ainsi la déroute de l’été dernier et met une fois encore en lumière la politique erratique de la Chine, note le journal de la City.

Mais si généralement les variations du marché chinois dépassent l’entendement, le coupable est cette fois-ci désigné, précise son confrère britannique, l’hebdomadaire THE ECONOMIST : il s’agit du « coupe-circuit » mis en place lundi et qui, en seulement quatre jours, a déjà été déclenché deux fois. Selon ce mécanisme, les transactions sont suspendues pendant quinze minutes si l’indice varie d’au moins 5 % (à la hausse comme à la baisse). Et si la variation atteint 7 %, là, les transactions sont carrément suspendues jusqu’à la fin de la séance. En théorie, ce « coupe-circuit » est censé calmer un marché surexcité. Sauf que dans le cas chinois, il semble avoir eu l’effet inverse. Lorsque la baisse des cours a atteint 4 %, les traders se sont en effet précipités pour vendre leurs titres, avant que le premier seuil de 5 % ne soit franchi et que la cotation ne soit suspendue. Et lorsque les transactions ont redémarré, l’accélération de la chute était inévitable. Dès-lors, tout le monde voulait se débarrasser de ses actions avant que le seuil fatidique des 7 % ne soit atteint. En clair, le disjoncteur chinois est mal conçu. Et c'est pourquoi, d'ailleurs, la Chine a finalement décidé hier soir de suspendre ce mécanisme.

Sauf que la volatilité des marchés chinois est entretenue par un autre facteur, prévient THE WALL STREET JOURNAL. Après le crash boursier de l’été dernier, les autorités avaient interdit aux actionnaires possédant plus de 5 % des titres d’une société de vendre leurs actions pendant six mois. Normalement, cette mesure doit expirer aujourd'hui, ce qui pourrait entraîner la vente de 152 milliards de dollars de titres. Mais rien n’est moins sûr. Selon THE SOUTH CHINA MORNING POST, cette interdiction pourrait être prolongée. D'ores et déjà, les autorités de régulation boursière chinoises ont annoncé que les grands actionnaires ne pourront pas vendre plus de 1% d'une valeur donnée.

Et puis dernier facteur d'instabilité, les autorités ont abaissé le cours de référence du yuan face au dollar. Or la baisse du yuan alimente, par exemple, la baisse du pétrole, qui alimente elle-même la chute des marchés.

Enfin si la santé chinoise inquiète, tout autant que la capacité des autorités à redresser la barre, un autre doute émerge peu à peu.
La reprise américaine est-elle durable ? Et la Fed pourra-t-elle vraiment tenir le rythme prévu de remontée des taux d’intérêt ? Ces questions, il y a quelques semaines encore, n’en étaient pas. Mais aujourd’hui, elles deviennent des interrogations majeures, peut-on lire dans les colonnes du TEMPS de Lausanne. Alors de manière générale, rassure le quotidien, les prévisions n’ont pas encore changé à l’égard de la première économie mondiale. Mais si la situation économique mondiale se dégrade et si le dollar devient trop fort trop vite, alors la banque centrale pourrait renoncer à ses plans. Quoi qu'il en soit, une première partie de la réponse à toutes ces questions sera donnée aujourd'hui, avec la publication des chiffres de l’emploi américain. Pour certains experts, d'ailleurs, il est là le vrai rendez-vous de ce début d’année.

Par Thomas CLUZEL

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