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Réunion de protestation contre la NRA, dans le Colorado

La puissance de feu diabolique des lobbies pro-armes

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : aux États-Unis, de plus en plus d’incidents d’armes à feu impliquant des bébés ; en Europe, des lobbies se mobilisent contre une proposition de l’UE qui vise à limiter les ventes d’armes à feu.

Réunion de protestation contre la NRA, dans le Colorado
Réunion de protestation contre la NRA, dans le Colorado Crédits : Reuters photographer

S'il vous venait l'idée inattendue et aussi, c'est vrai, quelque peu bizarre de taper dans Google «toddler shot mother» ou «toddler shot father», à savoir «bambin tire sur sa mère» ou «son père», le moteur de recherche vous proposera un nombre étonnamment élevé de réponses, constate ce matin le magazine SLATE. Bien sûr, toutes les occurrences ne concernent pas directement ce genre d’affaires, mais elles sont au total extrêmement nombreuses. Et c'est ainsi, par exemple, que la semaine dernière, à Milwaukee aux États-Unis, un enfant en bas âge a tué sa mère dans sa propre voiture. L’enfant, qui était assis sur le siège arrière, raconte THE GUARDIAN, a pris le pistolet qui était en train de glisser sous le siège conducteur et a tiré, touchant sa mère. Le genre de faits divers qui émeut les lecteurs, parce qu’il s’agit essentiellement d’enfants qui n’ont, bien entendu, pas conscience de ce qu’ils font et qui tirent par accident.

Mais comme le note, cette fois-ci, THE WASHINGTON POST, ce genre de choses arrive, en réalité, plus souvent qu’on ne le croit. Le quotidien américain a repéré pas moins de sept situations similaires, ces dix derniers jours. Depuis le 20 avril, la police a compté sept enfants, sachant à peine marcher, qui ont tiré accidentellement sur leurs parents, leurs frères, leurs sœurs ou parfois sur eux-mêmes. C'est le cas, en particulier, d'un garçon de 3 ans qui, il y a une semaine tout juste, s’est tué après avoir trouvé une arme chez lui. Quelques jours plus tôt, un autre garçon âgé, lui, de 2 ans est mort après avoir utilisé l’arme trouvée dans le sac à main de sa mère.

Et le problème est encore plus inquiétant quand on regarde la tendance globale de ces drames aux États-Unis. Ainsi, alors que le nombre d’incidents impliquant un bébé âgé de 1 à 3 ans tirant avec une arme sur quelqu'un était d’une fois par semaine en moyenne, les chiffres ont explosé depuis le début de l’année. La statistique était déjà choquante, mais elle l'est de plus en plus en 2016 : depuis le 1er janvier, au moins vingt-trois bébés ont été impliqués dans des incidents avec armes à feu, contre dix-huit sur la même période l'an dernier.

Les États les plus touchés sont la Géorgie, le Texas et le Missouri. Or toujours selon THE WASHINGTON POST, il ne s’agirait pas que d’une question de densité de population. La Californie et New-York, par exemple, sont deux États avec une population très élevée mais ils ont compté seulement trois tirs impliquant des bébés depuis l’année dernière. Quant à l’Illinois, où Chicago produit des chiffres tragiques en termes d’homicides, cet État n’a pas compté de bébés parmi les tireurs depuis l’année dernière. L’explication principale de ces différences s'expliquerait davantage par des lois moins strictes, dans certains États, pour encadrer l’accès aux armes par les enfants.

Si l’impossible contrôle des armes à feu est un sujet récurrent aux États-Unis, en revanche, on parle moins souvent du lobby des armes en Europe.

Bien moins puissants que la tristement célèbre NRA (National Rifle Association) des États-Unis, des lobbies européens pro-armes se mobilisent, aujourd’hui, contre une proposition de l’Union Européenne qui vise à limiter les ventes d’armes à feu. Ces groupes ont, en effet, lancé une pétition en ligne et adressé des courriels en nombre aux décideurs de Bruxelles. A les en croire, les mesures que prépare la Commission européenne pénaliseraient les chasseurs et les tireurs sportifs, sans guère limiter la capacité des terroristes et autres criminels à se procurer des armes.

Car c'est bien, là, tout l'objet de cette proposition européenne : lutter contre le terrorisme. Dans un premier temps, rappelle le journal POLITICO repéré par le Courrier International, la Commission avait appelé à de nouveaux contrôles sur les ventes d’armes automatiques après les attentats de Paris (en novembre dernier), avant de réitérer ces appels au lendemain des attaques de Bruxelles (le 22 mars 2016). Le lendemain même des attentats, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, déclarait qu’une révision de la directive de l’UE sur les armes à feu était à l’ordre du jour, pour améliorer la sécurité dans l’ensemble de l’Union. Sauf que les lobbys pro-armes, eux, ne l'entendent pas de la même oreille. Ils affirment haut et fort leur opposition aux nouvelles mesures et cherchent, désormais, à influencer les ministres de l’Intérieur de l’UE, appelés à se demander s’il y a lieu ou non aujourd'hui de renforcer les lois sur les armes à feu et même d’interdire certaines armes semi-automatiques en Europe. Leurs pressions ont été telles, précise toujours l'article, que Juncker a cru bon d’inviter explicitement les pays de l’UE à ne pas céder face aux divers lobbys. Les ministres de l’Intérieur espèrent boucler leur version de la directive le mois prochain. Et les membres de la Commission du marché intérieur au Parlement européen tablent sur le même calendrier.

S'il est peu probable que les groupes de pression européens fassent obstacle à la législation, une telle campagne révèle, quoi qu’il en soit, une ardeur nouvelle de la part des lobbies des armes de l’UE. Et ce, quand bien même les efforts des lobbies européens ne sont encore rien en comparaison de la capacité de la NRA à influencer, aujourd'hui, les législateurs américains. L’an dernier, la NRA a dépensé plus de 20 millions de dollars en lobbying et dons de campagne aux États-Unis, d’après la base de données OPEN SECRETS. Par comparaison, la plupart des associations de chasseurs et de tir sportif de l’UE révèlent des coûts de lobbying de moins de 10 000 euros par an. En attendant, la pétition contre la proposition de l’UE a déjà recueilli plus de 315 000 signatures depuis son lancement.

Par Thomas CLUZEL

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