LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (g) et le président américain Donald Trump (d)

La rencontre Netanyahou / Trump marque-t-elle une vraie rupture ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Marquant une rupture dans la politique américaine au Proche-Orient, Donald Trump a affirmé que la « solution à deux Etats » n'était pas la seule possible pour régler le conflit israélo-palestinien.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (g) et le président américain Donald Trump (d)
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (g) et le président américain Donald Trump (d) Crédits : SAUL LOEB - AFP

Après huit années de relations exécrables avec l’administration précédente, c'est peu de dire que la visite de Benyamin Netanyahou à Washington, hier, s’annonçait sous de meilleurs auspices. Déjà, on savait que Melania (qui vit encore à New York) ferait spécialement le déplacement jusqu'à la Maison Blanche, pour être au côté de son mari au moment d'accueillir le Premier Ministre israélien et sa femme. Le tapis rouge serait, par ailleurs, déroulé. Bref, ce 15 février 2017, l'alliance israélo-américaine allait enfin sortir de l'ère glaciaire où l'avait plongée Barack Obama. Et de ce point de vue, c'est vrai que la rencontre aura été en tout point conforme à ce que l'on pouvait imaginer. La poignée de main ferme et franche des deux hommes, sourire aux lèvres, les yeux dans les yeux, telle qu'elle s'affiche ce matin dans la presse à l'instar du WALL STREET JOURNAL, est là pour en témoigner.

De là à en conclure que Benyamin Netanyahou a reçu, hier, le statut qu’il attendait depuis huit ans, redevenir le chouchou de la Maison-Blanche ainsi que l'écrit une chroniqueuse du quotidien YEDIOT AHARONOT, il y a toutefois un pas que les ambiguïtés du président américain ne permettent pas de franchir aussi aisément. Certes, en accueillant son « ami » Bibi, le nouveau président n'a pas hésité à vanter les liens indestructibles des Etats-Unis avec Israël. Autre victoire importante aux yeux de l'entourage du premier ministre israélien note LE TEMPS, près d’un mois après son entrée en fonction, le chef de l’exécutif américain n’a toujours pas (contrairement à ses prédécesseurs) invité le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à le rencontrer. En revanche, hier, Donald Trump est resté plutôt évasif sur la façon dont il entendait procéder sur un dossier sur lequel tous ses prédécesseurs ont échoué. Il a également appelé l'Etat hébreu à la retenue sur la poursuite de la colonisation dans les Territoires palestiniens. Vendredi dernier, déjà, dans un journal israélien le président américain avait prévenu que l'expansion des colonies n'était «pas bonne pour la paix». Ce qui constitue, tout de même, une forme de revirement spectaculaire par rapport à ses propos de campagne. Une volte-face, écrit à nouveau le quotidien YEDIOT AHARONOT repéré par le Courrier International, qui s'expliquerait par un entretien entre Trump et le roi Abdallah de Jordanie. En clair, déclarer inopportune la construction de colonies sauvages au cœur de la Cisjordanie serait le prix à payer pour renforcer l’axe sunnite, face à une république islamique d’Iran, qui aspire à redevenir une puissance régionale de premier plan. D'où cette question, toujours soulevée par le quotidien : La droite israélienne a-t-elle trop vite sabré le champagne après l’élection de Trump ?

En réalité, ce que tous les faucons du gouvernement israélien mais aussi la base du Likoud espéraient de cette première rencontre officielle entre Netanyahou et Trump à la Maison Blanche, c'était que leur Premier ministre profite de l’impact médiatique de cet événement pour proclamer la mort des accords de paix d’Oslo. Et de ce point de vue, on peut dire que leurs vœux ont été, en partie, exaucés puisque de manière aussi lapidaire qu'un Tweet Donald Trump a déclaré : « La solution à deux Etats n'est pas la seule possible ». Et en ce sens, Trump marque une vraie rupture dans la politique américaine au Proche-Orient. Plus précisément, la victoire la plus significative aux yeux des dirigeants de l’Etat hébreu réside dans la déclaration du porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, selon laquelle « la paix est l’objectif, que ce soit sous la forme d’une solution à deux Etats si c’est ce que les parties veulent, ou de quelque chose d’autre si elles le veulent également ». En clair, cela signifie que contrairement à Bill Clinton, à George Bush et à Barack Obama, le nouveau président n’exprime aujourd'hui aucune préférence entre une solution de paix prévoyant un ou deux Etats. Ou pour le dire autrement, qu'il ne s’accroche pas à la solution prévoyant deux Etats vivant pacifiquement côte à côte. Une solution soutenue, pourtant, par la quasi-totalité de la communauté internationale.

Dès-lors, quand bien même la solution à deux Etats n’est pas officiellement enterrée, par quoi serait-t-elle remplacée si elle devait être abandonnée ? Réponse du TEMPS : Par un dispositif prévoyant un Etat binational (Israël) s’étendant de la Méditerranée au Jourdain et englobant, en plus des 8 millions d’Israéliens, les 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie. Les faucons du gouvernement israélien rêvent, en effet, de voir leur pays annexer 62% de la Cisjordanie, c’est-à-dire les zones dans lesquelles se trouvent les grands blocs de colonies. Y compris les dizaines de milliers de Palestiniens des alentours, lesquels bénéficieraient de tous les droits sociaux accordés aux ressortissants de l’Etat hébreu, mais pas des droits politiques. Ce qui signifie qu'ils ne pourraient pas voter ni exercer des fonctions électives et qu'ils n’auraient pas accès, par ailleurs, aux hautes fonctions administratives, aux postes de commandement de l’armée ou aux fonctions à responsabilité dans les services de sécurité. Cette solution est-elle envisageable?, interroge à nouveau le quotidien. Non, répond l'Autorité Palestinienne. « Croire que nous pourrions accepter d’être considérés comme des citoyens de seconde zone dans un Etat où nous n’aurions rien à dire est ridicule », a notamment asséné l’un des hommes forts du Fatah de Cisjordanie. « Comment ne pas voir qu’un Etat binational instaurerait un régime d’apartheid qui ne dirait pas son nom? », interroge pour sa part un député progressiste israélien dans les colonnes du journal.

Pour le quotidien EL WATAN, l’affaire est déjà entendue. Galvanisé par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, plus rien n’arrêtera aujourd’hui Israël. Même analyse pour THE IRISH TIMES. Sans une égalité potentielle entre deux Etats (israélien et palestinien), tout accord de paix paraît quasi impossible. Dès-lors, deux conclusions s'imposent : La première, selon le quotidien YEDIOT AHARONOT, c'est que les présidents vont et viennent, mais dans le conflit israélo-palestinien il n’y a rien de neuf sous le soleil et encore moins de solution magique. Et la seconde, c'est qu'à l'issue de la rencontre hier entre Bibi et Donald, la perspective de la création d’un Etat palestinien qui coexisterait avec Israël paraît de plus en plus inaccessible.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......