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La revue de presse internationale

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Le pape François a préconisé, lundi, l'octroi de "visas temporaires" pour les migrants fuyant des zones de conflits, dans un texte sur le phénomène migratoire dans lequel il rejette "les expulsions collectives et arbitraires".

Il y a quelques semaines, déjà, le site d'information milanais LINKIESTA, s'interrogeait : le Pape François est-il le dernier vrai leader politique ? A travers cette question, le site entendait saluer la manière qu'a le Saint Père d'offrir une vision du monde plutôt que de s’en prendre, bêtement, à l’épouvantail du populisme. Une analyse d'autant plus pertinente dans un pays, l'Italie, où il n'est pas de parti, aujourd'hui, qui se soustraie à la logique de la xénophobie. Pour s'en convaincre, note le site du Courrier International, il suffit de noter la réaction des différents éditorialistes de la péninsule après la révélation par le Vatican d'un texte initialement prévu pour être diffusé lors de la journée mondiale des migrants en janvier 2018. Dans ce message, véritable plaidoyer en faveur des réfugiés, non seulement le Pape François rejette «les expulsions collectives et arbitraires» mais il prend, par ailleurs, «explicitement position en faveur du droit du sol». Il plaide, également, pour le «regroupement familial sans jamais le soumettre à des capacités économiques». Enfin, il se montre opposé «à la détention pour ceux qui entrent sur le territoire national sans autorisation». Un texte politiquement inflammable, comme en témoigne la réaction immédiate des éditorialistes de la péninsule. Là où le journal de centre gauche LA REPUBBLICA mais aussi son confrère communiste Il MANIFESTO se félicitent des déclarations du Pape et regrettent qu’il soit, décidément, le seul leader de gauche, les quotidiens de droite, eux, éructent. IL GIORNALE parle de coup de force du Pape. IL TEMPO dénonce pour sa part la énième ingérence angéliste du Saint Père dans la politique : s’il tient à accueillir les migrants, pourquoi ne le fait-il pas au Vatican ?, lance l'éditorialiste. Et que dire encore du titre de Une du quotidien LIBERO : Citoyenneté, soins de santé, retraites. Pour le pape, il faut tout donner aux musulmans. Enfin comme attendu, les médias étrangers proches de la droite nationaliste, à l'instar du site BREITBART NEWS aux Etats-Unis, ou VALEURS ACTUELLES en France, n'ont pas de mots assez durs, eux aussi, pour critiquer la position ouvertement pro-immigration du Saint-Père.

Quoi qu'il en soit ce texte tranche, en effet, avec la logique du soupçon et de la peur, à l'œuvre actuellement dans nombre de pays. En Allemagne, par exemple, quand bien même la politique migratoire n'est plus véritablement aujourd'hui au cœur des débats, le programme électoral de l'AfD, en vue des prochaines élections, est édifiant. Il faut fermer la route de la Méditerranée et renvoyer tous les réfugiés dans leurs pays. Voici la réponse que les chefs de file du parti ont apporté ces derniers jours à la question complexe de la migration. Du populisme pur et dur se désole, notamment, la NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG. «L'Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors». Ce slogan était, d'ailleurs, déjà le même il y a 25 ans, jour pour jour, rappelle de son côté la DEUTSCHE WELLE, lorsque du 22 au 26 août 1992 plusieurs milliers de personnes (militants ou sympathisants d'extrême-droite) avaient manifesté leur colère face à la présence de demandeurs d'asile à Rostock, dans le nord-est de l'Allemagne.

Comme pour faire mentir les sombres relents du passé, la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG nous raconte, pour sa part, comment les entreprises allemandes font preuve, désormais, d’un intérêt grandissant pour la main-d’œuvre étrangère, en particulier, dans les Balkans où ont été installés des centres de recrutement, même si personne ne les nomme ainsi officiellement. En deux ans, ce ne sont pas moins de 40 000 ressortissants des Balkans occidentaux qui ont obtenu un permis de travail, un emploi salarié en bonne et due forme et donc un statut légal en Allemagne. Récemment, un centre similaire a également été ouvert à Tunis, afin d’offrir des voies légales aux migrants et d’éviter les dangers de la traversée de la Méditerranée. Des pourparlers seraient également en cours avec le Maroc. Enfin, toujours selon le quotidien de Munich, d’autres perspectives se dessinent déjà en direction du Nigeria, du Ghana et du Sénégal.

Autre sujet largement commenté dans la presse, le début aujourd'hui d'une mini-tournée en Europe centrale pour Emmanuel Macron. L'occasion pour le chef de l'Etat de plaider pour un durcissement de la directive sur les travailleurs détachés.

Cette directive européenne autorise les entreprises à dépêcher des salariés dans un autre pays membre de l’UE, dans la mesure où ceux-ci y perçoivent le salaire minimum. Emmanuel Macron, lui, entend réduire la concurrence générée par ces travailleurs sur le marché du travail français. Et quand THE POLSKA TIMES redoute que les propositions du président français affectent globalement près d’un demi-million de travailleurs polonais, son confrère du portail d’information bulgare 24 CHASA juge, lui, que l'initiative de Macron n'est rien d'autre qu'un cache-misère. Pourquoi les Français devraient-ils se protéger de nous ? Sommes-nous des cannibales ?, lance, un brin provocateur, l'éditorialiste.

Une histoire de visas, à présent, signe que la perspective d’un apaisement des tensions entre Washington et Moscou est encore lointaine.

L’ambassade américaine en Russie a annoncé sa décision d’interrompre temporairement, à partir d'aujourd'hui, la délivrance de visas aux Russes. L’ambassade justifie cette initiative par la forte diminution de son personnel diplomatique. La Russie a, en effet, exigé que les États-Unis rappellent 755 de leurs diplomates. Le quotidien russe MOSKOVSKIE NOVOSTI s’insurge contre le fait que les autorités américaines aient décidé, parce qu’elles se sont fâchées avec Vladimir Poutine, de punir ainsi l’ensemble des citoyens de Russie. Sans compter que cette mesure d’expulsion des diplomates américains a été adoptée, en réalité, peu après le vote de nouvelles sanctions américaines contre la Russie par le Congrès, le mois dernier. Bref, une véritable spirale de style guerre froide, écrit de son côté THE WASHINGTON POST, qui pourrait bien refroidir les relations américano-russes pour plusieurs années.

Enfin aux Etats-Unis plusieurs conseillers du président sont déjà chargés d'organiser sa réélection en 2020. Dans les mois à venir, Donald Trump va participer à de nombreux événements pour lever des fonds de campagne. Selon le site POLITICO, l'équipe du président aurait même déjà dressé une liste d'adversaires démocrates potentiels. Parmi eux, on retrouve des sénateurs populaires mais aussi des outsiders comme le PDG de Starbucks ou bien encore Mark Zuckerberg. Le PDG de Facebook a pourtant déjà nié, à plusieurs reprises, les rumeurs sur sa candidature. Sauf que depuis le début de l'année, il sillonne les Etats-Unis pour rencontrer les Américains et surtout iI vient d'embaucher Joel Benenson, un ancien conseiller des campagnes présidentielles de Barack Obama et d'Hillary Clinton. Officiellement, l'homme a été recruté pour s'occuper de philanthropie. Mais son profil politique contribue, évidemment, à alimenter les rumeurs d'ambitions présidentielles de Zuckerberg.

Par Thomas CLUZEL

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