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Une mise en abîme vertigineuse

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Plus que jamais, Londres impute l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia à la Russie, laquelle nie toujours toute implication et dénonce une provocation occidentale.

L'information est à la Une du TIMES, ce matin, les services de sécurité britanniques auraient localisé le laboratoire secret russe qui aurait fabriqué le poison utilisé contre l'ex agent double Sergueï Skripal. Dans les colonnes du quotidien, une source gouvernementale assure que la Grande-Bretagne connaissait même l'existence de cette installation avant l'attaque de Salisbury. Quoi qu'il en soit, c'est très probablement ce qui a conduit Londres, hier, à maintenir ses accusations contre la Russie, qu'elle tient pour responsable de cet empoisonnement. De son côté, Moscou qui nie toujours catégoriquement toute implication dans cette affaire et dénonce «une campagne antirusse» a décidé de porter le dossier, aujourd'hui, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, précise le site de CBS

Quant à l'ambassadeur russe en Suisse, interrogé dans les colonnes du TEMPS ce matin, il précise que «les scientifiques soviétiques qui ont participé à la création de cet agent neurotoxique ont émigré en Occident dans les années 1990, que la formule de cette substance est connue d’un grand nombre de spécialistes et par conséquent, qu'elle pourrait être reproduite dans un laboratoire n’importe où dans le monde». Et d'ajouter encore : «par une étrange coïncidence, le plus ancien laboratoire chimique du monde se trouve à 13 kilomètres de ... Salisbury et développe toujours des armes chimiques, y compris des agents neurotoxiques».

Reste qu'à l'exception du TIMES, c'est une toute autre affaire qui est portée, ce matin, à la Une de la presse britannique : l'histoire d'un retraité de 78 ans, Richard Osborn-Brooks, arrêté hier après avoir poignardé à mort un homme de 40 ans son cadet, un cambrioleur muni d'un tournevis et qui se serait introduit chez lui alors qu'il était en train de dormir avec sa femme. D'où cette question soulevée, notamment, par la BBC : Quels sont vos droits si quelqu'un entre par effraction dans votre maison ? Nul doute que cette affaire va raviver le débat sur les droits des propriétaires à se défendre, note à son tour THE DAILY MAIL. Et de fait, à lire les témoignages des voisins qui tous constatent que les cambriolages se sont multipliés ces derniers temps dans ce quartier chic du sud-est de la capitale, force est de constater qu’ils sont nombreux à considérer, ainsi que le retranscrit en lettres capitales sur sa première page le quotidien METRO, que «ce retraité ne devrait pas avoir à faire face à des accusations» et qu' «il avait le droit de défendre sa maison et sa femme».

Toujours est-il que cette affaire résonne étrangement, ce matin, avec ce que la veille, déjà, la presse britannique pointait du doigt : la multiplication des meurtres dans la capitale. Pour la première fois, les statistiques enregistrées à Londres ont dépassé celles de New York. Tout un symbole, pour deux villes de taille similaire. Tandis que le taux d’homicides new-yorkais a baissé de 87 % environ depuis les années 1990, celui de Londres a explosé de près de 40 % en trois ans seulement, précise le quotidien du soir EVENING STANDARD. Lundi, une jeune femme de 17 ans est devenue la 47ème personne assassinée depuis le début de l'année dans la capitale, suivie quelques heures plus tard par la 48ème, un adolescent de 16 ans ayant succombé à des blessures par balle. A ce rythme, avertit THE GUARDIAN, le nombre d’homicides pourrait dépasser cette année la barre des 180, du jamais vu depuis 2005. Alors comment expliquer la propagation d’une telle épidémie de violence ? Pour THE DAILY MIRROR, cité par le Courrier International, la coupable est toute trouvée : l’austérité et son corollaire la réduction du nombre de policiers. Le gouvernement a choisi de ramener les effectifs des forces de l’ordre au plus bas depuis vingt-deux ans. Et le journal d'ajouter : peut-être que si ces crimes avaient lieu à Maidenhead (le fief de Theresa May), l’exécutif se bougerait davantage ?

Direction les Etats-Unis, à présent, où l'on en sait davantage sur la fusillade qui a eu lieu cette semaine dans le quartier général de YouTube.Ce n'est que tard, mardi soir, que la police a identifié Nasim Aghdam comme l’auteure des coups de feu. En revanche, dès leur première conférence de presse, les autorités ont mentionné le fait que le principal suspect était … une femme. Et c'est ainsi que la chaîne CNN, par exemple, a aussitôt spéculé sur la possibilité d’un triangle amoureux à l’origine de la tragédie. Même les enquêteurs ont d’abord privilégié l’hypothèse d’un drame conjugal. Sauf que les investigations n’ont décelé aucun lien entre Nasim Aghdam et ses victimes. Et pour cause, depuis c'est une toute autre hypothèse qui a pris le pas, celle d'une youtubeuse véhémente de la cause végétalienne, qui accusait la filiale de Google de l'avoir injustement privée des revenus liés à la fréquentation de son site, où elle exposait sa passion pour les animaux et dénonçait pêle-mêle la corrida, la consommation d'ailerons de requin ou le commerce de la fourrure. La chaîne NBC, relève ce matin le site d'Arrêt sur Images, a notamment réussi à enregistrer et publier l'une des vidéos dans laquelle Aghdam poussait un «coup de gueule» contre l'entreprise  (le mot est d'ailleurs largement repris dans les médias américains). Dans cette vidéo, d'à peine deux minutes, postée en janvier dernier, elle dénonçait notamment le «filtrage» de ses vidéos par YouTube. 

En réalité, la jeune femme semblait surtout reprocher à l'entreprise la démonétisation de plusieurs de ses vidéos. Une décision qu'elle interprétait comme une «discrimination» et la preuve d'un manque de liberté d'expression. Dans les colonnes de MERCURY NEWS, le frère de Nasim raconte qu'elle ne cessait de répéter à la maison que «YouTube a[vait] ruiné sa vie». Quant au père de la tireuse, lui aussi interviewé par le journal de Californie, il  assure avoir signalé à la police la disparition de sa fille la veille du drame et prévenu qu'elle pourrait s'en prendre à YouTube, car elle «haïssait» cette société. 

Enfin, toujours aux Etats-Unis, la décision hier de Donald Trump d'ordonner l'envoi de la Garde nationale à la frontière avec le Mexique, pour contenir l'immigration clandestine, est évidemment reprise par la plupart des chaînes américaines. Le site d'ABC NEWS, en particulier, retranscrit la note officialisant ce déploiement. Le président y écrit : «La situation à la frontière a désormais atteint le point de crise». En réalité, ça n'est pas véritablement une surprise. Depuis quelques jours, déjà, les médias conservateurs américains s'étaient empressés de dépeindre une caravane de plusieurs centaines de migrants faisant route vers les Etats-Unis comme un signe de la menace que l’immigration clandestine faisait peser sur les États-Unis. Quant au quotidien de Londres, THE GUARDIAN, il rappelle que Donald Trump n'est pas le premier président américain à prendre une telle décision. La Garde nationale était déjà intervenue à la frontière sur ordre de Barack Obama et avant lui encore George W. Bush.

Par Thomas CLUZEL

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