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Malgorzata Gersdorf, présidente de la Cour Suprême polonaise

Comme un air de défi

5 min
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Mercredi, la présidente de la Cour suprême polonaise, Malgorzata Gersdorf, s'est rendue à son bureau, confirmant ainsi son refus de partir à la retraite aux termes d'une réforme controversée, critiquée aussi par Bruxelles.

Malgorzata Gersdorf, présidente de la Cour Suprême polonaise
Malgorzata Gersdorf, présidente de la Cour Suprême polonaise Crédits : JANEK SKARZYNSKI / AFP - AFP

Comme chaque jour, depuis 10 ans, elle avait décidé hier de se rendre à son bureau, raconte ce matin LE TEMPS. Beaucoup moins habituel, en revanche, elle était accompagnée pour l'occasion, et presque malgré elle, par des milliers de manifestants l'applaudissant, tout en entonnant l'hymne national polonais. Et c'est ainsi que son visage, à la Une ce matin de très nombreux journaux, à l'instar du FINANCIAL TIMES ou d'EL PAIS, est devenue en quelques heures seulement le symbole de la résistance ouverte contre le pouvoir politique. Pourquoi ? Parce qu'à 65 ans et conformément à la nouvelle réforme controversée de l'appareil judiciaire, Malgorzata Gersdorf aurait dû hier se retrouver automatiquement à la retraite. De sorte qu'en choisissant donc de se rendre à son travail, comme si de rien n'était, la présidente de la Cour Suprême polonaise élue pour six ans a voulu marquer la limite entre la Constitution d'un côté et la violation de la Constitution de l'autre. Ou dit autrement, défendre l'état de droit, contre la mainmise du parti ultra-conservateur au pouvoir sur les institutions polonaises.

Et de fait, rappelle le quotidien de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, la Cour suprême était, jusqu'à présent, le dernier organe judiciaire indépendant du pays. Or l'entrée en vigueur de la nouvelle loi la subordonne, désormais, au gouvernement et au président de la République. Ou quand un grand pays renonce aux plus beaux acquis obtenus dans son combat pour la démocratie et tombe dans les griffes d'un gouvernement nationaliste et ultraconservateur, résume pour sa part EL PAIS. Pour l'éditorialiste du journal de Varsovie GAZETA WYBORCZA, le pouvoir autoritaire en place entend garantir ainsi l'impunité d'un Etat mafieux. Un virage autoritaire qui n’est pas sans rappeler le fonctionnement des Républiques soviétiques, s’alarme à son tour l'hebdomadaire DER SPIEGEL. Et c'est, d'ailleurs, ce que pointait un rapport du Conseil de l'Europe, lui-même, dès décembre 2017. Pour autant, le magazine allemand regrette que l’Union Européenne ne soutienne aujourd'hui que trop discrètement cette révolte des juges contre l’exécutif polonais. Bruxelles a certes adressé, lundi dernier, une mise en demeure à la Pologne pour violation des traités européens. Mais pourquoi la Commission a-t-elle pris cette initiative un jour, seulement, avant que les juges ne soient poussés vers la sortie et alors que le danger est connu depuis des mois ? D'où cet avertissement, lancé à nouveau dans les colonnes d'EL PAIS : Il est fondamental, écrit l'éditorialiste, que les citoyens polonais qui s'opposent aux abus antidémocratiques de leur gouvernement reçoivent de la part de leurs amis et partenaires européens un message sans équivoque de soutien, et qu'on leur assure que l'Union, en recourant à tous les instruments à sa disposition, ne les abandonnera pas.

Comme un air de défi, toujours et encore : aujourd'hui Viktor Orban se rend à Berlin pour une visite au goût de victoire, au moment où les partisans de la fermeté sur les migrants triomphent partout en Europe. Durant des années durant, c'est peu de dire que la chancelière allemande et le Premier ministre hongrois ont incarné des pôles radicalement opposés en matière de politique d'asile : volonté d'accueil généreux pour l'une et refus catégorique de l'immigration pour l'autre. Sauf que depuis les temps ont bien changé, au point que les voilà désormais contraints de collaborer. D'où le titre de cet article à lire, ce matin, sur le site de la DEUTSCHE WELLE : Viktor Orban est-il le méchant ou le héros de l'Union Européenne ? Il y a quelques jours, le quotidien de Budapest MAGYAR IDOK, proche du pouvoir, écrivait lui : Un événement incroyable se produit : Angela Merkel a demandé une entrevue à Viktor Orban et pas l'inverse. 

Et de fait, force est de constater que, petit à petit, Viktor Orban est donc parvenu à imposer son agenda au reste de l'Union européenne sur les questions migratoires, aidé en cela par l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite en Autriche et en Italie, mais aussi par ses percées dans d'autres pays, comme l'Allemagne justement. En l'occurrence, sa politique d'asile intransigeante lui vaut aujourd'hui une clientèle fidèle à domicile, peut-on lire encore sur le site de la DEUTSCHE WELLE, qui rappelle que depuis octobre 2016, Orban et un certain Horst Seehofer, le ministre allemand de l'Intérieur, semblent même s'appeler par leur prénom. 

Direction à présent les Etats-Unis, avec de bien surprenantes révélations, si tant est que les frasques de Donald Trump soient encore de nature à nous étonner. La scène remonte au 10 août dernier. Lors d'une réunion à la Maison Blanche, le président américain aurait ainsi interpellé ses conseillers : «Pourquoi ne pas envahir le Venezuela» ? Aussitôt, précise le site de la chaîne CNN, ses assistants l'ont vigoureusement encouragé à renoncer à cette idée, avec pour argument principal que les Etats-Unis risqueraient, le cas échéant, de s'aliéner tous leurs alliés dans la région. Tout compte fait, Donald Trump a fini par comprendre le message. Sauf que quelques mois plus tard, alors qu'il participait à un dîner privé avec les dirigeants de quatre pays d'Amérique latine, il aurait récidivé : «Mon équipe m’a demandé de ne pas vous dire cela», leur aurait d’abord confié le président américain, avant de demander à chacun s’il était réellement contre une invasion américaine du Venezuela. Ce que les quatre dirigeants se seraient, bien sûr, empressés de confirmer.

Quoi qu'il en soit, et au-delà de cet épisode en particulier, nombre de commentaires soulignent combien la politique étrangère du président peut, parfois, sembler totalement inconsciente, au risque de fournir même des munitions aux adversaires de l'Amérique. Car après tout, fait remarquer ce matin le site d'information américain SLATE, parler d'invasion est une musique qui ne manquera pas certainement de résonner aux oreilles du président vénézuélien Nicolás Maduro, lequel évoque régulièrement la façon dont Washington voudrait renverser son régime pour accéder aux réserves pétrolières du pays. 

Par Thomas CLUZEL

Chroniques

8H35
20 min

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