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Graffiti : "Bayer Monsanto, tueurs de vie"

Business et Histoire ne font pas toujours bon ménage

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De l'histoire controversée de Bayer et Monsanto aux conséquences de leur fusion, les «noces du diable» sont attendues aujourd’hui entre les deux groupes.

Graffiti : "Bayer Monsanto, tueurs de vie"
Graffiti : "Bayer Monsanto, tueurs de vie" Crédits : MATHIS BOUSSUGE / CROWDSPARK - AFP

Rarement un groupe industriel avait généré autant de haine. Avec des sobriquets tels que «Evil Incorporated» (diable incarné) ou bien «Monsatan», mais aussi «Mutanto», qui ironise sur les techniques de manipulation génétique, c'est peu de dire que le nom du spécialiste américain des OGM et des pesticides, Monsanto, n'était pas franchement de nature à faire rêver. Et ce faisant, on comprend assez aisément pourquoi le groupe allemand Bayer, qui doit boucler aujourd'hui son opération de rachat du géant américain de l’agrochimie, a décidé de dissiper aussitôt le parfum pour le moins sulfureux de sa cible en enterrant définitivement le nom de Monsanto. 

Sauf que l'empressement de Bayer à faire disparaître la marque associée au grand méchant loup ne fera pas disparaître, pour autant, toutes les casseroles que traîne avec lui le géant des pesticides. Or, elles sont nombreuses, note le quotidien bavarois SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, qu'il s'agisse des plaintes collectives de patients atteints de cancer aux États-Unis, mais aussi du fameux glyphosate (cet agent «tueur d’abeilles» très décrié en Europe), sans parler de son défoliant tristement célèbre, l’ «Agent Orange», utilisé comme arme de destruction massive par l'armée américaine au Vietnam. Et puis, surtout, Bayer n’entend pas faire disparaître la manipulation génétique de l’activité du groupe. Au contraire, il entend la développer. 

En d'autres termes, analyse toujours le journal, si le business est amené à se poursuivre, il en sera de même pour toutes les critiques qui lui sont associées. Et la disparition du nom -Monsanto-, cette opération purement cosmétique, n'y changera rien. D'où cette question lancée par son confrère du FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG : le prix à payer pour cette acquisition (63 milliards de dollars, la plus grande jamais réalisée à l'étranger par un groupe allemand) n'est-il pas trop lourd en termes financiers et d'image ? Car si elle autorise des opportunités de marché énormes, cette opération comporte désormais un risque non moins élevé pour la réputation de Bayer. 

Et, en l'occurrence, en terme de mauvaise réputation, le groupe allemand en connaît un rayon, lui qui est encore aujourd'hui régulièrement ramené à son passé par ses détracteurs, rappelle pour sa part LE TEMPS. Du développement de la bertholite (ce gaz de combat qui entraînait la mort par asphyxie durant la Première Guerre mondiale), à la production du zyklon B utilisé dans les chambres à gaz, jusqu'au scandale de produits contaminés au VIH dans les années 1980, c'est peu de dire que le besoin de transparence pour Bayer est aujourd'hui évident.

Et il en est un, en revanche, qui devrait bénéficier, à coup sûr, de la disparition de Monsanto, c'est ... Twitter. Grâce à la disparition du géant des OGM et des pesticides, le réseau social va, en effet, intégrer dès ce matin l’indice élargi S&P 500 à Wall Street, qui regroupe les 500 plus grosses sociétés cotées américaines. C’est tout simplement l'un des indices boursiers les plus surveillés aux Etats-Unis, avec l’indice vedette Dow Jones et le Nasdaq. Depuis lundi, le cours du réseau social ne cesse, d’ailleurs, de progresser dans les échanges électroniques. 

Voilà de quoi encore accroître le don d’ubiquité du petit oiseau bleu, commente pour sa part l’agence BLOOMBERG. D’autant qu’il est parfaitement inhabituel que Standard & Poors inclue une société dans son fameux indice, avant que celle-ci n’ait réalisé au moins quatre trimestres consécutifs de bénéfices, précise THE WALL STREET JOURNAL. Or, le mois dernier, la société Twitter n’avait annoncé que son deuxième trimestre rentable, après 16 trimestres consécutifs de pertes. Mais, à présent, Twitter s’attend à être rentable pour toute l’année 2018.

Business et Histoire, toujours et encore, avec cette fois-ci la polémique autour de l’application de surtaxes sur l'acier et l'aluminium, au nom de la sécurité nationale des États-Unis.Selon des sources citées par la chaîne CNN, le premier ministre canadien Justin Trudeau aurait demandé, par téléphone, au président américain en quoi ces tarifs douaniers constituaient, véritablement, un enjeu de «sécurité nationale». Et Donald Trump lui aurait alors répliqué : «N’avez-vous pas déjà incendié la Maison-Blanche ?», faisant ici référence à la guerre de 1812. 

Et le hic, note LE JOURNAL DE MONTREAL, c’est que ce ne sont pas les Canadiens mais les Britanniques qui avaient alors mis le feu aux bâtiments gouvernementaux de Washington. Et pour cause, l’offensive des Anglais était une réponse à l’attaque des Américains à York, la capitale certes du Haut-Canada, mais qui était encore à l’époque une colonie du Royaume-Uni. Et la chaîne CNN de préciser encore : lorsqu'on a demandé à Justin Trudeau s'il avait pris la remarque de Donald Trump pour une blague, celui-ci aurait répondu que l'impact de la décision des Etats-Unis sur le Canada et, par voie de conséquence, sur les travailleurs américains eux-mêmes, ne sera pas de nature à faire rire qui que ce soit.

Et puis, décidément, cette guerre commerciale lancée par les Etats-Unis oblige de très nombreux dirigeants à prendre directement leur téléphone pour se plaindre auprès de Donald Trump. En l’occurrence, c’est ce que n’a pas hésité à faire Emmanuel Macron.Jeudi dernier, le jour même où Donald Trump décidait d'imposer des droits de douane, le président français a aussitôt appelé son homologue américain. Une conversation «terrible», selon un compte-rendu de la chaîne CNN. Evidemment, il n'en fallait pas davantage pour que tout le monde se demande ce qu'Emmanuel Macron avait donc bien pu raconter à son homologue américain. L'intéressé a lui-même répondu, mardi, en éludant tout simplement la question. La vidéo de son intervention est disponible, ce matin, sur la version en ligne du GUARDIAN. Empruntant une célèbre citation de l'homme d'État prussien Bismarck, Emmanuel Macron y déclare : «Si on expliquait aux gens la recette de la saucisse, je ne suis pas sûr qu'ils continueraient à en manger», avant d'ajouter : «Je suis attaché à ce que les gens voient le plat servi, mais je ne suis pas persuadé que le commentaire de la cuisine aide au bon service du plat ou à sa bonne consommation». Ou quand Macron compare le fait de parler avec Trump à la fabrication de saucisses, résume ce matin, d’une phrase, THE NEW YORK POST.

Par Thomas CLUZEL

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