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Horst Seehofer leader de la CSU (g), Angela Merkel leader de la CDU (c) et Martin Schulz leader des SPD (d)

Je t'aime moi non plus

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Plus de quatre mois après les élections législatives, les conservateurs et les sociaux-démocrates ont conclu un accord de coalition en Allemagne. Le SPD a obtenu de larges concessions de la part de la chancelière Angela Merkel, en quête d'un quatrième mandat à la tête du pays.

Horst Seehofer leader de la CSU (g), Angela Merkel leader de la CDU (c) et Martin Schulz leader des SPD (d)
Horst Seehofer leader de la CSU (g), Angela Merkel leader de la CDU (c) et Martin Schulz leader des SPD (d) Crédits : TOBIAS SCHWARZ - AFP

En Allemagne, le contrat de mariage renouvelé hier entre conservateurs et sociaux-démocrates ne séduit, visiblement, personne. Il faut dire que ces dernières semaines les longues nuits passées entre Angela Merkel d'un côté et Martin Schulz de l'autre ne transpiraient pas franchement la passion. Et, d'ailleurs, preuve que cet accord de coalition aura surtout été inspiré par la raison, le SPD a d'ores et déjà obtenu d'y inclure une clause de réévaluation au bout de deux ans. Et puis les photos de mariage choisies, ce matin, à la Une de la presse témoignent à elles seules du peu d'entrain que suscite la prolongation de cette union. Que ce soit en première page de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ou du TAGESPIEGEL, on y voit Angela Merkel et Martin Schulz visiblement embarrassés, ne sachant pas quoi faire de leurs mains, hésitant même à aller l'un vers l'autre. Mais plus que tout, sur aucune de ces photos, les deux conjoints n'échangent le moindre regard. Pour le reste et à l'unanimité, les commentateurs politiques jugent que le SPD apparaît, ce matin, comme le grand vainqueur de cette nouvelle union. Pour la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, les sociaux-démocrates ont obtenu bien plus que ce que leurs résultats électoraux désastreux ne pouvaient leur laisser espérer. Ils héritent, notamment, du ministère des Affaires Etrangères, mais aussi du Travail et des Finances. De son côté la CSU, la petite sœur bavaroise de la CDU obtient un ministère de l'Intérieur enrichi d'un volet «patrie». De sorte qu'hier, en apprenant la nouvelle, les conservateurs se sont demandé : mais que nous reste-t-il ? Réponse dépitée, ce matin, du journal : Angela Merkel. Quant au quotidien BILD, proche des conservateurs, il est de ceux qui se montrent le plus sévère en n'hésitant pas à qualifier cet accord de renoncement pour la chancelière. 

Enfin ce nouveau contrat de coalition fait, notamment, la part belle à l'Europe. Il y est même question «d'un nouveau départ».  L'occasion pour la presse germanophone de commenter, également, le nouveau plan d'action de la Commission européenne pour l'adhésion à l'UE de six pays des Balkans.Et la plume de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG est assurément la plus sévère sur ce sujet. Non seulement les Etats des Balkans ne sont pas compétitifs mais ils ont, aussi, des problèmes avec la criminalité et la corruption, assène le journal. Sur un ton, à peine moins vindicatif, son confrère de Düsseldorf HANDELSBLATT juge que ces Etats sont encore très loin des normes européennes. Et d'ailleurs, pour se convaincre de là où peut conduire une adhésion précoce, dit-il, il suffit de regarder les mauvais exemples de la Roumanie et de la Bulgarie. Ces Etats n'étaient pas prêts et on en ressent les effets aujourd'hui. Voilà pourquoi, insiste le journal, dans le cadre de l'élargissement dans les Balkans, la qualité doit primer sur la vitesse. Et d’en conclure : l'Europe doit se garder de tomber dans le piège des réformes en trompe-l’œil élaborées par les comédiens de la démocratie. De son côté, le quotidien slovène DNEVNIK estime que l'UE n'est pas en position de formuler des exigences excessives aux pays candidats. Bien sûr, personne ne veut que de nouveaux membres de la famille n'apportent d'autres problèmes. Mais cela paraît quelque peu égoïste et hypocrite, écrit l'éditorialiste. Car actuellement l'UE n'a rien d'exemplaire pour les candidats en matière d'unité à la fois interne et externe. Les futurs membres, s'ils le pouvaient, régleraient volontiers eux-mêmes les nombreux problèmes nationaux et internationaux auxquels ils sont confrontés. Mais comme ceci est impossible, ils ont besoin d'aide. Or certaines choses ne pourront être résolues que par le biais d'une adhésion effective, et non par la simple promesse de cette adhésion.

Je t'aime moi non plus aux Etats-Unis, à présent. Cette semaine Donald Trump a confirmé son souhait d’organiser une grande parade militaire à Washington pour la fête nationale. Preuve, sans doute, de son amour pour le patriotisme américain. Une idée qui suscite, toutefois, des remous outre-Atlantique. Même s'il n’est pas encore sûr que le défilé se fasse, une source interrogée par THE WASHINGTON POST assure qu’ «on y travaille au plus haut niveau de la hiérarchie militaire». Un fonctionnaire de la Maison-Blanche confirme, lui aussi, que le projet est en préparation. Et comment s'en étonner ? Le cas échéant, écrit le journal de la capitale cité par le Courrier International, ce sera le moment le plus complètement Trump de son mandat. Pourquoi ? Non seulement parce qu'on parle d’une démonstration de puissance en grande pompe, qui risque de mettre à rude épreuve les limites du budget fédéral, mais aussi parce que Trump va pour cela bouleverser des décennies de tradition politique et ce faisant s’attirer l’ire de ses adversaires, lesquels le compareront à un autocrate. 

Et puis on ne peut pas détacher cette affaire de ce qui se passe avec la Corée du Nord, laquelle est peut-être le pays le plus synonyme aujourd'hui de défilés militaires à grande échelle. Or il se trouve que son dirigeant est, justement, engagé dans une guerre verbale avec Trump. Ironie de l'histoire, on l'a appris ce matin : selon une source gouvernementale sud-coréenne, Pyongyang a organisé ce jeudi un défilé militaire. La télévision officielle nord-coréenne n'a diffusé aucune image en direct de l'événement. Reste que cette nouvelle a, d’ores et déjà, pris les capitales étrangères de court, après le spectaculaire revirement diplomatique amorcé début janvier par la Corée du Nord, laquelle avait pourtant saisi l'occasion des JO pour tendre la main à son voisin du Sud. Et d'ailleurs, commente ce matin la chaîne CNBC, cette parade organisée la veille de l'ouverture des Jeux est bien la preuve que Pyongyang entend, en réalité, reléguer ces Olympiades de la réconciliation au second plan.

Enfin s'agissant toujours d'amour-désamour, ce matin, le magazine NEWSWEEK nous apprend, lui, que le Pakistan a interdit aux médias nationaux de mentionner la Saint-Valentin, jugée contraire aux principes de l’islam. L’interdiction vaut également pour tous les événements liés à la fête, ainsi qu’à toute marchandise vendue pour l'occasion. Une décision qui, selon THE DAILY PAKISTAN, fait suite à une sentence prononcée par un juge d’Islamabad l'an dernier. Pourquoi ? Réponse du TIME, cité par le magazine Slate : car la Saint-Valentin inciterait à l’immoralité, à la nudité et à l’indécence sous couvert de l’amour. 

Par Thomas CLUZEL

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