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Poignée de main entre Kim Jung-un (d), le leader nord-coréen et Chung Eui-yon (g), le conseiller national sud-coréen à la Sécurité.

Comme autant d'acrobaties politiques

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Le Premier ministre japonais émet des doutes sur la proposition de Pyongyang de discuter avec Washington de son arsenal nucléaire, dans laquelle il voit un possible stratagème pour gagner du temps.

Poignée de main entre Kim Jung-un (d), le leader nord-coréen et Chung Eui-yon (g), le conseiller national sud-coréen à la Sécurité.
Poignée de main entre Kim Jung-un (d), le leader nord-coréen et Chung Eui-yon (g), le conseiller national sud-coréen à la Sécurité. Crédits : HANDOUT - AFP

Après des mois d’escalade verbale, faisant même redouter un affrontement armé, le rebondissement spectaculaire opéré ces derniers jours par la Corée du Nord continue d'interpeller la presse. Dernier épisode en date, à l'occasion d'une rencontre avec des émissaires sud-coréens, Pyongyang s'est dit prêt à renoncer à toutes ses bombes atomiques et autres missiles balistiques. Autre surprise, relève le webzine de Séoul PRESSIAN, beaucoup avaient prédit que Pyongyang réitérerait sa demande de réduire les traditionnelles manœuvres militaires communes à la Corée du Sud et aux États-Unis. Or, il n'en a rien été. Au contraire, Kim Jong-un aurait même déclaré qu’il pouvait comprendre que ces manœuvres, déjà repoussées à cause des Jeux Olympiques, aient lieu avec leur ampleur habituelle. D'où cette question soulevée par la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : mais qu'est-ce que la Corée du Nord va bien pouvoir demander en échange d'une éventuelle dénucléarisation ? Ou dit autrement : quel sera le prix à payer ? Et le journal de Munich de rappeler que, non seulement ce mystérieux empire exporte des catastrophes depuis maintenant des décennies, mais que son nouveau leader est, qui plus est, connu pour ses volte-face. Dès-lors, faut-il craindre un double jeu de la part de la Corée du Nord ?, ainsi que l’avance son confrère DE TELEGRAAF. En réalité, si Kim Jong Un se dit prêt, aujourd'hui, à dialoguer, ce n'est pas parce qu'il a décidé d'être gentil. Non. Depuis quelques temps, explique la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, il existerait des indices concordants laissant penser que les sanctions des Nations Unies pourraient porter leurs fruits. Même la contrebande n'apporterait plus que le strict minimum au pays. Et voilà pourquoi Kim Jong Un serait, à présent, contraint d'envisager de nouvelles possibilités de survie. Et le dialogue, justement, conclue la FAZ, pourrait être l'une d'entre elles.

Autres jeux de pouvoir largement commenté dans la presse. Ils concernent, cette fois-ci, la visite du prince héritier saoudien au Royaume-Uni. Une visite de trois jours entamée hier et durant laquelle les deux pays doivent sceller un partenariat élargi.L'expression «Jeux de pouvoir» est, d'ailleurs, à la Une ce matin du quotidien de Londres THE INDEPENDENT. On y voit Mohammed ben Salmane tout sourire, devant la résidence de la Première ministre britannique, tandis que Theresa May, elle, offre un visage légèrement plus contrit. Il faut dire qu'en dépit des efforts du prince lequel, soucieux de son image de réformateur, avait fait précéder sa visite de pleines pages de publicité dans la presse avec cette phrase inscrite sous sa photo : «Il amène le changement en Arabie saoudite», nombreux sont ceux qui dénoncent aujourd’hui le soutien apporté par Londres à Ryad. C'est le cas, en particulier, du chroniqueur du journal qui, dans une tribune au vitriol ce matin, rappelle que si le prince héritier d'Arabie Saoudite est certainement un réformateur courageux, désireux de faire entrer sa riche nation dans le XXIe siècle grâce à toute une série de promesses (de l'autorisation de conduire pour les femmes à celle d'ouvrir des salles de cinémas), son pays n'en demeure pas moins à la tête d'une guerre scandaleuse au Yémen. Et le problème, évidemment, c'est que lorsqu'il s'agit d'argent, de fusils et de pouvoir, nous sommes prêts, dit-il, à faire des câlins à n'importe quel Autocrate. Que nous n'hésiterons pas, d'ailleurs, à écarter lorsque celui-ci cessera d'être utile (comprenez qu'il n'achètera plus nos armes) ou que nous ne manquerons plus d'argent ou qu'il aura simplement été renversé. La vérité, poursuit le journaliste, c'est que de nos jours tu ne peux pas dire qui sont tes vrais amis. Et c'est la raison pour laquelle, de manière tout à fait ironique, il en appelle l'illustre prince d'Arabie Saoudite à se méfier de la perfide Albion, avant de lui adresser la longue liste de tous ceux dont les Occidentaux ont cru, un moment, qu'ils pourraient être leurs hommes, avant de leur planter un couteau dans le dos : Nasser, Khomeni, Kadhafi, Saddam et Assad.

Et la Syrie, justement, est elle aussi à la Une de l'actualité après que le Conseil de sécurité de l'ONU a de nouveau réclamé, hier, l'application du cessez-le-feu exigé et ignoré depuis dix jours. Tandis que le régime syrien a reconquis plus de la moitié de l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale, cible des attaques les plus lourdes jamais perpétrées depuis le début de la guerre,  la communauté internationale s'avère à l'évidence incapable de stopper le bain de sang. Et puis en Allemagne, là c'est le voyage en Syrie, justement, d'un groupe de six députés et élus régionaux du parti d'extrême droite AfD qui suscite de très nombreux commentaires dans la presse. La BILD, en particulier, note qu'à cette occasion les élus en ont profité pour poster des photos sur leur compte Twitter, agrémenté de moult commentaires : quand l'un constate, par exemple, qu'il y a des publicités pour les téléphones et les télévisions à Damas, bref une vie quotidienne normale selon lui, un autre y expose les images d'une luxueuse piscine. Et la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG d'expliquer que l'objectif de ce déplacement privé des représentants de l'AfD ne souffre aucun doute : laisser croire que la Syrie pourrait, aujourd'hui, être classée dans la catégorie des pays d'origine sûrs et ainsi suspendre l'interdiction d'expulser des demandeurs d'asile syriens déboutés.

Enfin direction l'Italie, où le Mouvement 5 étoiles, grand vainqueur des élections législatives, n’apparait plus comme le grand méchant loup.Il n’y a encore pas si longtemps, les «grillini» (ainsi qu'on surnomme les membres du Mouvement fondé par Beppe Grillo) étaient les barbares du système politique, les populistes auxquels il fallait faire barrage à tout prix. Mais ça c'était avant constate, non sans une certaine satisfaction, IL FATTO QUOTIDIANO (aux positions proches du parti). Et de citer, notamment, le président de la fédération patronale italienne qui, avant les élections, se disait «inquiet» mais estime, désormais, que le Mouvement 5 Etoiles est «un parti démocratique» et qu’il ne faut donc «pas avoir peur». A l'inverse, le site d'information LINKIESTA, repéré par le Courrier International, se désole, lui, de voir ainsi le vent tourner.  Nouveau record mondial pour la classe dirigeante italienne : une fois de plus, elle se distingue par la rapidité avec laquelle elle emboîte le pas au vainqueur, même quand celui-ci était, hier encore, une espèce de monstre de la démocratie, dit-il, avant d'en conclure : et vu le niveau de difficulté de l’acrobatie, s'en serait presque émouvant.

Par Thomas CLUZEL

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