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Les Yeoman Warders (les gardiens de la Tour) à la Chambre des Lords

Qui sont les nouveaux rebelles ?

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A l'occasion de l'examen du projet de loi gouvernemental sur le Brexit, les Lords britanniques ont voté cette semaine un amendement supprimant du texte la date de sortie de l'UE. Un nouveau camouflet pour le gouvernement conservateur, lui-même divisé sur les futurs liens avec Bruxelles.

Les Yeoman Warders (les gardiens de la Tour) à la Chambre des Lords
Les Yeoman Warders (les gardiens de la Tour) à la Chambre des Lords Crédits : STEFAN ROUSSEAU / POOL / - AFP

Il est temps de débrancher les Lords ! Le titre qui barre ce matin la Une du DAILY MAIL désigne, sans concessions, les nouveaux rebelles en Grande-Bretagne. Depuis que les parlementaires de la Chambre Haute ont voté, cette semaine, un amendement supprimant la date de sortie du Royaume-Uni de l'UE (29 mars 2019), la presse tabloïd farouchement pro-Brexit ne décolère pas. Hier, déjà, THE DAILY EXPRESS accusait les Lords de vouloir ruiner le Brexit. Et ce matin c'est au tour de son confrère du DAILY MAIL de prendre le relais, pour réclamer rien de moins qu'une refonte complète et totale de cette Chambre, composée de 800 membres non élus (pour la plupart nommés à vie) qui osent, aujourd'hui, aller à l’encontre de la volonté du peuple. En avril dernier, déjà, les Lords (majoritairement pro-UE) avaient voté un amendement donnant au Parlement le pouvoir d'empêcher l'exécutif de quitter l'UE, en l'absence d'accord avec Bruxelles. Et cette semaine, nouvel acte de rébellion : les Pairs ont voté un amendement portant sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Espace économique européen. Un cas de figure qui, le cas échéant, obligerait le pays à continuer de respecter les quatre libertés de circulation (des personnes, des biens, des capitaux et des services) du marché unique. Au total, dix-sept conservateurs ont soutenu ce principe, alors que la position du gouvernement est, au contraire, de sortir du marché unique et de l’union douanière. Une ironie absolue, se délecte pour sa part le quotidien du soir EVENING STANDARD. Sans compter que 83 membres du Labour ont, eux aussi contre l’avis de leur parti, voté en faveur de l’amendement avec les rebelles conservateurs.

En Espagne, à présent, des femmes journalistes ont décidé d’initier un mouvement de protestation inédit, en portant des vêtements noirs à l'antenne.Sous le hashtag #AsiSeManipula (C'est comme cela qu'on manipule) cette campagne de protestation vise à dénoncer un traitement biaisé de l’information, en l'occurrence les dérives du groupe audiovisuel public RTVE, ostensiblement favorable au parti au pouvoir. Comme le relate ce matin le site d'ARRET SUR IMAGES, la rédactrice en chef de la station régionale de la RTVE à Valence a décidé, mardi, de claquer la porte. En cause, la décision de sa hiérarchie de ne pas diffuser une séquence, pour le moins embarrassante, mettant en scène la secrétaire d’Etat à la Communication. La veille, une journaliste de la télévision locale avait filmé l'arrivée à Alicante du chef du gouvernement Mariano Rajoy, en visite officielle, accueilli sous les huées et les sifflets d’une manifestation de retraités, lesquels se mobilisent depuis des mois pour protester contre la baisse de leur pouvoir d’achat. Or, sur la vidéo, la journaliste de la RTVE a également réussi à capturer, par hasard, la réaction de la secrétaire d’Etat à la Communication, visiblement irritée par la manifestation des retraités : «Ça donne envie de leur faire un bras d'honneur et de leur crier d’aller se faire foutre», glisse-t-elle à voix basse, dans un ricanement. Aussitôt, la vidéo s’est propagée sur Twitter. Et très vite tous les médias ont relaté ce qui s’est passé. Tous, sauf la télévision publique, précise l'édition espagnol du HUFFINGTON POST. Finalement, face à la colère des journalistes de la chaîne, la RTVE fera elle aussi état de la séquence, mais uniquement dans le journal régional et en diffusant la vidéo mais … sans le son. Un cas de censure retentissant, qui a aussitôt mis le feu aux rédactions du groupe audiovisuel public espagnol.  

Autres rebelles à la Une de la presse suisse, cette fois-ci : les banquiers. Ou plus exactement la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Cette semaine, en effet, s'est ouvert à Fribourg un procès fleuve, que l'on appelle dorénavant sur place «le procès du siècle», écrit le correspondant du TEMPS. Un procès hors norme, prévu pour durer jusqu'à la fin du mois de juin et mobilisant pas moins de 21 avocats. Devant la justice, la banque réclame aujourd'hui un peu plus de 38 millions d'euros de dédommagement à l'oligarque russe, Roman Abramovitch, le célèbre patron du club de football londonien de Chelsea. L'affaire remonte à 1997 et porte sur des prêts accordés par la BERD à deux entreprises russes (ayant pour propriétaire Roman Abramovitch), soupçonnées de ne pas s'être acquitté de leurs créances grâce à un transfert d'actifs douteux vers Gibraltar. Et la rébellion aujourd'hui des banquiers ne tient pas tant à leur désir de récupérer leur argent mais plutôt aux méthodes employées pour y parvenir. Des méthodes que l'avocat du multimilliardaire russe a vertement dénoncées hier. C'était le 4 avril 2007, à 22h40 précise, la BERD décidait de remettre sa notification en mains propres au président de Chelsea de façon spectaculaire, en plein stade de Stamford Bridge, au terme d'un match de Ligue des Champions, «devant des milliers de personnes, alors que mon client, une personnalité publique, était facilement joignable autrement», s'est indigné hier son avocat, pour qui Roman Abramovitch se retrouverait aujourd'hui «dans une situation kafkaïenne» et n'aurait tout simplement «rien à faire devant un tribunal».

Enfin, de l’enracinement de la religion musulmane dans une société fortement sécularisée : la Suède. Cette semaine, les autorités ont accordé le droit à une mosquée de diffuser, par haut-parleur, l'appel à la prière du vendredi.Une décision, remarque d'ores et déjà le journal SVENSKA DAGBLADET, qui va fort probablement faire boule de neige. Mais ce qui est intéressant à noter c'est que pour traiter de cette question, la police a eu pour mission de se baser uniquement sur la réglementation légale de l'ordre public. En l'occurrence, le débat s'est limité à des questions de … niveau sonore. Un débat, certes, un peu tiré par les cheveux, estime son confrère AFTONBLADET. En clair, si la liberté de culte n'autorise pas à importuner impunément ses prochains, ce n'est pas parce que les appels à la prière menaceraient la culture ou les valeurs suédoises, quoi que l'on puisse entendre par là, mais parce qu'ils pouvaient constituer une nuisance sonore, au même titre que les marchands de glace, les cloches des églises ou ceux qui imposent à tout le monde leur musique hip-hop. Qu'il s'agisse de musulmans n'a aucune espèce d'importance. Fidèle à sa tradition bureaucratique, la police a pris sa décision sur cette base. Mais n'y voyez là aucune forme de rébellion. Au contraire, conclue le journal : on ne saurait être plus suédois.

Par Thomas CLUZEL

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