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La canadienne Michaëlle Jean, à l'ouverture du XVIIe sommet de la Francophonie à Erevan

Malaise et tractations en coulisse au Sommet de la Francophonie

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A Erevan la secrétaire générale de l'OIF, la canadienne Michaëlle Jean, refuse de quitter ses fonctions malgré le consensus autour de la rwandaise Louise Mushikiwabo. En Espagne l'ultra-droite renaît avec le parti anti-système Vox. Au Cameroun, polémique autour de faux observateurs électoraux.

La canadienne Michaëlle Jean, à l'ouverture du XVIIe sommet de la Francophonie à Erevan
La canadienne Michaëlle Jean, à l'ouverture du XVIIe sommet de la Francophonie à Erevan Crédits : KAREN MINASYAN - AFP

Le XVIIe Sommet de l'OIF, l'Organisation Internationale de la Francophonie, s'est ouvert mercredi soir à Erevan en Arménie, avec une secrétaire générale qui fait de la résistance. 

Elle s'appelle Michaëlle Jean, native de Haïti, citoyenne canadienne, et donc pour quelques heures encore à la tête de l'OIF, cette journaliste de profession semble bien décidée à troubler jusqu'au bout, à Erevan, le consensus qui la pousse vers la sortie. Michaëlle Jean "refuse de jeter l'éponge", écrit à Montréal le journal Le Devoir, qui nous rappelle que les dirigeants canadiens comme québécois ont lâché, mardi, leur représentante, se rangeant derrière l'unanimité des autres pays membres en faveur de l'autre candidate, la diplomate rwandaise Louise Muchikiwabo. 

Car c'est la tradition, à l'OIF, la nomination du (ou de la) secrétaire général se fait par consensus, et non par vote pendant le sommet. L'insistance de Michaëlle Jean crée donc "un malaise" à Erevan, nous dit Radio Canada, pour qui c'est bien la France qui a manœuvré en coulisse en faveur d'une candidature féminine, certes,  mais africaine. Objectif fixé par Emmanuel Macron dès la fin du mois de mai dernier.  Depuis, la candidature de Louise Mushikiwabo a obtenu le soutien de l'Union Africaine, et s'est livré une impitoyable "bataille de dames" selon le titre de Une de l'hebdomadaire Jeune Afrique cette semaine, bataille perdue d'avance pour la canadienne.

Car contrairement à il y a quatre où ils n'avaient pas pu trouver un candidat commun, les membres africains de l'OIF de sont rassemblés, sous l'influence de Paris, derrière Louise Mushikiwabo. Finalement Ottawa a préféré faire "un calcul pragmatique", analyse Radio Canada, pour "préserver sa relation avec l'Afrique et la France".

Mais comme rien n'est jamais gratuit en matière de diplomatie, Justin Trudeau aurait obtenu en échange le soutien de Paris dans sa candidature pour un poste de membre non-permanent au conseil de Sécurité de l'ONU. Derrière le recul des canadiens, et l'abandon de leur candidate, un autre enjeu semble se dessiner, cette fois selon Radio France Internationale : on se souvient que cet été Ottawa avait du affronter la colère de l'Arabie Saoudite, pour avoir osé dénoncer les violations des droits de l'homme dans le Royaume. Or l'Arabie Saoudite est candidate, à Erevan, pour rejoindre l'OIF comme pays observateur. Justin Trudeau y est fermement opposé, et Paris aurait promis de tout faire pour que les saoudiens acceptent de retirer leur candidature. Il faut dire, avec l'hebdo marocain TelQuel que l'insistance saoudienne est particulièrement embarrassante pour la Francophonie, au moment où Riyad est accusé d'avoir fait assassiner, à Istanbul, le journaliste dissident Jamal Khashoggi.   

En Espagne, c'est une première depuis la fin du franquisme : un parti d'extrême-droite émerge, dans le registre anti-immigration et anti-système qui fait florès ailleurs en Europe. 

C'est vrai, note El Pais, que ces dernières décennies l'Espagne faisait figure d'exception dans une Europe gagnée par la fièvre d'ultra-droite... mais voilà: dimanche le petit parti VOX a réussi à rassembler plus de 9000 personnes à un meeting madrilène.  Selon donc El Pais, ça n'est pas sans lien avec le contexte mémoriel actuel, ces passions exacerbées en Espagne depuis l'été par la volonté du gouvernement socialiste de déplacer la dépouille de Franco du Mémorial national où elle est enterrée. Cette exhumation est sans cesse repoussée face à l'émoi suscité à droite, et ça "réveille de vieux démons obscurantistes".  Vox surfe sur cette vague, et espère bien entrer au Parlement, européen d'abord puis national.

Pour El Périodico , c'est "la revanche des rednecks espagnols", ces citoyens blancs des campagnes, appauvris par la crise économique qui demandent des comptes au "système". Le quotidien catalan fait clairement le parallèle avec le phénomène Trump aux Etats-Unis. 

Après sa "démonstration de force" à Madrid dimanche, le parti commence à inquiéter la concurrence. On notera, avec El Pais, la prudence avec laquelle les partis de droite, Ciudadanos et le PP, se refusent à qualifier Vox "d'extrême-droite", préférant évoquer les bonnes relations et les idées qu'ils partagent, à commencer par le rejet de l'immigration et une haine tenace contre tous les indépendantismes.   

Des nouvelles de la présidentielle de dimanche dernier au Cameroun : toujours pas de résultats officiels, mais une polémique qui enfle autour d'étranges observateurs électoraux. 

C'était ces jours-ci sur toutes les chaînes de télé camerounaises : conférence de presse d'observateurs de l'ONG anti-corruption Transparency International. Voilà ce qu'ils déclaraient, repris par CRTV:

Bilan franchement élogieux pour la commission électorale camerounaise, ça tombe bien au moment où l'opposition dénonce des fraudes pendant le vote et des résultats pipés d'avance en faveur du président sortant Paul Biya. 

Sauf que voilà... ces observateurs n'étaient pas du tout mandatés par Transparency International, nous révèle Actu Cameroun. Les vrais représentants de l'ONG dans le pays ont fermement démenti toute affiliation avec eux. "Je ne peux pas vous dire qui ils sont" déclare à Jeune Afrique le président de Transparency. Eet c'est bien le problème : qui sont ces gens, qui ont berné tout le monde, avec toutes les accréditations officielles nécessaires à leur supercherie? 

"L'affaire Transparency" faisait hier la Une du quotidien Le Messager, quand Mutations titrait sur une "honteuse manipulation". 

En menant l'enquête, ces médias ont trouvé que parmi ces faux observateurs se trouvaient un journaliste freelance israélien, une médecin tunisienne, tous liés à une mystérieuse Agence Cameroun Presse créée un mois tout juste avant la présidentielle. 

Alors bien sûr, l'entourage de Paul Biya est montré du doigt ; l'opposant Maurice Kamto, qui s'est autoproclamé vainqueur de la présidentielle dès lundi, exige qu'une enquête publique soit ouverte, afin de faire toute la transparence, sur les faux observateurs de Transparency.

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