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Le président américain Donald Trump

Pris au piège

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Le chef de l'ONU a appelé «à éviter une situation hors contrôle» en Syrie, après l'avertissement lancé par Donald Trump d'un tir imminent de missiles en représailles à l'attaque chimique présumée près de Damas.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : NICHOLAS KAMM - AFP

Il est parfois des images qui changent le monde, ou du moins qui devraient le changer. Voir un enfant suffoquer puis se débattre tandis qu’il s’asphyxie et finit par se figer, devrait être de celles-là. L’usage d’armes chimiques est assurément une «ligne rouge», estime ce matin l'éditorialiste du TEMPS, et ce qui tient lieu aujourd’hui de «communauté internationale» a raison de proclamer qu’elle doit rester infranchissable. Reste, toutefois, à traduire la riposte en une stratégie cohérente. 

Or c'est là que résident aujourd'hui nombre de paradoxes. Le premier d'entre eux consiste à assumer l’hypocrisie de la production de quantité d’autres armes tout aussi meurtrières et du commerce juteux dont elle bénéficie. Et le second revient à admettre que celui qui s’est rendu coupable de l’emploi de gaz toxiques avait fini, ces derniers temps, par apparaître comme le meilleur rempart (ou au moins comme un pis-aller) à la furie sanguinaire de Daech, que nul n’a besoin d'ailleurs de qualifier de «ligne rouge» tant elle dépasse les bornes de l’intelligible.

En clair, si lutter contre la barbarie chimique ne souffre aucune contestation possible, reste à savoir : à quel prix ? Et avec quelles conséquences ? Hier, si les mots ont encore un sens, Donald Trump a, lui, détaillé par le menu les frappes punitives imminentes qu'il entend lancer contre le régime de Bachar el-Assad. D'où cette première interrogation largement partagée par la presse, ce matin : pourquoi gâcher tout effet de surprise en annonçant aussi clairement ses futures frappes ? Dans les colonnes du NEW YORK TIMES, deux responsables du ministère américain de la Défense racontent comment le régime de Bachar el-Assad et son alliée la Russie en ont profité pour commencer à déplacer, d’ores et déjà, une partie de leurs forces militaires en prévision de l'action des Etats-Unis. Autre preuve de l'incompréhension générale suscitée par le tweet de Donald Trump, selon THE HILL, même ses plus proches collaborateurs à la Maison-Blanche, lesquels étaient encore en train d'élaborer une réponse possible à l'attaque chimique perpétrée dans la Ghouta orientale, auraient été surpris par le message du président. 

Pour THE WASHINGTON POST, l'explication est pourtant simple. Voilà ce qui arrive, dit-il, lorsque vous êtes profondément analphabète. Si la plupart des présidents entrent généralement en fonction en sachant relativement peu de choses sur la politique étrangère, le problème c'est que non seulement Donald Trump en savait moins que n'importe lequel de ses prédécesseurs, mais surtout qu'il en a appris moins depuis que n'importe lequel d'entre eux. De sorte que le brouillard perpétuel qui obscurcit sa pensée ne s'est pas levé d'un pouce. Pis encore, il devient de plus en plus impénétrable. 

Et le journal de la capitale de relever, notamment, toutes les incohérences de sa récente politique étrangère : tandis qu'il tente de négocier un accord nucléaire avec la Corée du Nord, il menace de déchirer celui avec l'Iran. Et alors qu'il a besoin de l'aide de la Chine pour contraindre la Corée du Nord à conclure un accord, il menace dans le même temps Pékin d'une guerre commerciale. Et l'éditorialiste d'ajouter, Trump s'enorgueillit sans doute de l'imprévisibilité, mais comme l'attaque en Syrie l'a montré, il y a un prix à payer pour laisser ses alliés et ses ennemis deviner vos intentions.

Toujours est-il qu'après avoir explicitement menacé le régime de Bachar el-Assad, les Occidentaux peuvent aujourd’hui difficilement reculer.Selon THE TIMES, Theresa May aurait ainsi convoqué aujourd'hui une réunion de son cabinet pour obtenir l'autorisation de se joindre à l'action militaire américaine. Ce qui laisse entendre qu'elle pourrait lancer cette opération sans demander, au préalable, l'approbation du Parlement, exactement comme l'avait fait son prédécesseur (David Cameron) dans des circonstances similaires en 2013. Ce que THE DAILY MAIL résume, lui, ce matin en Une par ce titre : le grand pari de May. 

De son côté, THE DAILY TELEGRAPH assure que la Première ministre a d'ores et déjà ordonné aux sous-marins britanniques de se déplacer à portée de missile de la Syrie. Enfin quand THE DAILY MIRROR juge que nous sommes à présent au bord du gouffre, THE GUARDIAN prévient : l'impasse en Syrie risque de dégénérer en la plus dangereuse confrontation entre puissances nucléaires depuis l'apogée de la guerre froide.

Direction l'Algérie qui, elle, ce matin pleure ses morts. Hier, un avion de l'armée algérienne s'est écrasé peu après son décollage, faisant 257 morts, majoritairement des militaires et des membres de leurs familles. Pour l’heure, les raisons de cet accident demeurent inconnues. Toujours est-il que c'est le quatrième crash le plus meurtrier depuis 20 ans, toutes causes confondues, précise le journal en ligne TSA. La consternation est à son comble, écrit ce matin l'éditorialiste d'EL MOUDJAHID. La nation entière est aujourd’hui appelée à faire preuve de courage. Dès hier soir, d'ailleurs, de belles images d’une patrie rassemblée ont été fournies, dit-il, avec un seul souhait : que les traces de ce sinistre soient vite effacées, sans pour autant que le souvenir des disparus puisse jamais quitter leur mémoire. 

Enfin quand les apôtres de la morale sont pris en faute.En Suède, le scandale autour de l'Académie décernant le Nobel de littérature ne fait que grandir au fil des jours, note le journal UPSALA NYA TIDNING. Au cœur de cet imbroglio, une poétesse et dramaturge, l'académicienne Katarina Frostenson, mariée avec un homme soupçonné de harcèlement sexuel et avec lequel elle dirige un institut culturel qui, pendant des années, a perçu des sommes importantes de l'Institution. C'est le quotidien DAGENS NYHETER qui, le premier, a publié les témoignages de 18 femmes affirmant avoir subi des violences ou des faits de harcèlement. Et dans cette situation, il serait judicieux que par égard pour l'institution qu'elle représente, Frostenson renonce à sa fonction. Or elle semble aujourd’hui vouloir s'accrocher coûte que coûte à son fauteuil, contrairement à trois autres sages (nommés à vie) qui, eux, ont décidé de démissionner. 

De son côté, le journal danois JYLLANDS POSTEN jette un regard narquois sur le scandale qui touche son voisin. Les Suédois ont certainement de nombreuses qualités, dit-il, mais ils ont par trop tendance à se poser en parangons de vertu, ce qui finit par leur jouer des tours. Quand leurs gouvernements prêchent la paix et la concorde, cela ne les empêche pas d'exporter des armes. De même, la Suède a longtemps reproché aux autres (Danemark inclus) de ne pas accueillir suffisamment de demandeurs d'asile, avant de se résoudre à fermer elle-même ses frontières. A présent, voilà que le prix Nobel pourrait être menacé, même si le président de l'institution assure que le Nobel ne fera pas faillite. Reste, conclue le journal, que la faillite morale, elle, paraît indéniable.

Par Thomas CLUZEL

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