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Trump en Europe, vu d'Allemagne et de Grande-Bretagne

5 min
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La visite de Donald Trump hier au sommet de l'OTAN s'annonçait houleuse, il n'a pas déçu... Et les commentaires peu amènes du président américain à l'encontre de l'Allemagne en général et d'Angela Merkel en particulier n'ont pas laissé les medias allemands indifférents.

"La haine du président, c'est le titre de l'éditorial de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. L'Allemagne est l'adversaire que Donald Trump aime haïr, jusque dans les couloirs du sommet de l'OTAN. Cette fois, ce sont donc les livraisons de gaz russe qui rendraient notre pays prisonnier de Moscou". Même si les critiques ne sont pas totalement infondées, reconnaît le journal, l'Allemagne dépense il est vrai trop peu en matière de défense et le gazoduc à travers la Baltique est controversé mais la manière dont Trump nous attaque rend ses critiques peu audibles.  

Pourquoi tant de rancoeur ?, se demande la FAZ, parce que la chancelière est appréciée en Amérique, elle a été sacrée chef de l'Ouest par la presse libérale américaine avec laquelle Trump est en guerre. Quiconque y est encensé récoltera sa haine.  

Trump semble obsédé par l'Allemagne, opine Bild. C'est bien l'Allemagne qui est l'adversaire renchérit Die Zeit. Avant de s'indigner : "Angela Merkel, otage de Poutine? Elle qui a imposé les sanctions contre la Russie en Europe? Elle qui, avec le président français Hollande a arrêté l'avancée de Poutine en Ukraine avec l'accord de Minsk? Quelle folie!"  

En fait, en psychanalyse on appelle cela une projection, poursuit le journal, ce mécanisme de défense qui transfère sur l'autre ses propres conflits. Or Donald Trump est celui en faveur de qui les services secrets russes sont intervenus, écrit Die Zeit et ce qui est intéressant c'est qu'il n'a pas eu une seule critique contre la politique de Poutine en Ukraine ou en Syrie. Et c'est cet homme qui prétend au sommet de l'OTAN que l'Allemagne de Merkel est dans la poche de Poutine! En réalité, c'est le modèle économique allemand qu'attaque le président américain. L'adhésion d'Angela Merkel au multilatéralisme et au libre échange va à l'encontre de ses vues nationalistes et protectionnistes.  Et bien sûr il n'apprécie pas que l'Allemagne ait accueilli tant de réfugiés et migrants. C'est pourquoi il ment et sape maintenant l'architecture de sécurité qui nous a permis de connaître des décennies de croissance pacifique. 

La presse allemande remarque toutefois que la crise annoncée n'a pas eu lieu et que Trump a bien signé le communiqué final du sommet. Un communiqué dans lequel, écrit Die Welt, il est notamment clairement dit que l'annexion de la Crimée par Moscou ne sera pas reconnue. Il s'agit d'empêcher Trump de faire cavalier seul lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine lundi prochain mais rien ne dit qu'il se sentira lié par ce document ajoute le journal. Son attitude à Bruxelles donne même peu d'espoir à cet égard.  

Les yeux se tournent à présent vers la prochaine destination de Donald Trump : Londres. La presse britannique regorge déjà d'articles. Au programme, dîner de gala dès ce soir, déjeuner avec la Première ministre Teresa May, thé avec la reine au château de Windsor avant un weekend de détente en Ecosse et un peu de golf au programme. A chaque fois, des milliers de manifestants ont prévu de protester. Et la presse de noter que le programme a été spécialement concocté pour éviter au maximum que Trump n'entende leurs échos. 

Il assistera dans un endroit hors de la capitale tenu secret à une démonstration des forces spéciales britanniques et américaines, explique l'Independent mais son épouse Melania, elle, ne craint pas d'affronter les foules. Elle se rendra dans une école de la capitale avec l'époux de Teresa May. Une Teresa May bien nerveuse, estime le Guardian. Les manifs ont déjà commencé, la police a dû annuler tous ses congés, la Première ministre et son ministre des affaires étrangères se préparent à toute gaffe ou insulte... Donald Trump arrive finalement au Royaume Uni. May joue gros, analyse le quotidien travailliste. Elle a investi un sacré capital politique pour maintenir des liens étroits avec un président américain souvent capricieux. C'est peu de dire que pendant trois jours elle va prier pour qu'il ne sorte pas des rails.  

Car le Telegraph met en garde. Donald Trump pourrait bien se prononcer pour un Brexit dur lors de sa visite, ce qui mettrait la pression sur Teresa May. Il soutient une rupture franche entre la Grande Bretagne et l'Union européenne. Selon le journal qui a parlé à des proches du président américain, Donald Trump souhaite que la Grande Bretagne soit indépendante d'une Union qu"il voit dominée par l'Allemagne et il prêt à le dire publiquement. Voilà qui affaiblirait la solution arrachée par Teresa May à son gouvernement il y a à peine une semaine, estime le Telegraph. Ce fameux plan qui prévoit le maintien d'une relation commerciale étroite avec les 27 et qui a provoqué la démission des ministres des affaires étrangères et du Brexit. 

C'est lundi que ce plan doit être soumis aux Communes, rappelle le Times. May sera alors confrontée à une rébellion des deux côtés du spectre politique.  Tous ces calculs politiques, l'Independent les épingle dans son éditorial... qui remercie l'équipe d'Angleterre, sortie hier par la Croatie. "Merci à cette équipe humble et dévouée qui nous rend immensément fiers. A l'heure où les dirigeants politiques se montrent si incapables d'impulser une direction claire et ne nous proposent que divisions, désespoir et égoïsmes, l'équipe de foot anglaise nous a offert une autre vision si rafraîchissante. Jeune, dévouée, multiculturelle, multiethnique, avec un sens du fair play, elle représente le meilleur de l'Angleterre. Non pas ce que nous sommes mais ce que nous aspirons à être. Merci à vous. Merci de nous avoir uni."

Marie-Pierre Vérot

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