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L'ex président sud-africain Jacob Zuma

Requiem

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Au terme de plusieurs semaines d'un féroce combat avec son parti (ANC), Jacob Zuma a annoncé son départ de la présidence sud-africaine, après neuf ans au pouvoir.

L'ex président sud-africain Jacob Zuma
L'ex président sud-africain Jacob Zuma Crédits : PIETER BAUERMEISTER - AFP

Tard, hier soir, Jacob Zuma a fini par se plier à la volonté générale. Il était près de 23 heures lorsque, dans une allocution à la nation retransmise en directe à la télévision, le président honni a annoncé sa démission. Une issue accueillie, dans la presse ce matin, avec un soulagement non dissimulé. Quand THE MAIL AND GUARDIAN jubile : «Time's up!» (Le temps est écoulé!), le site d'information LEDJELY, lui, se félicite : «Enfin, la capitulation !». «L’insubmersible a fini par couler», peut-on lire encore en Une de L'OBSERVATEUR PAALGA. Mais c'est, sans aucun doute, THE DAILY MAVERICK qui semble le plus satisfait ce matin. Lettres blanches sur un bandeau noir, le célèbre caricaturiste du journal a écrit : «La fin d'une erreur», avec à la place de la lettre 'd', le dessin de la fameuse douche avec laquelle il avait pris l'habitude depuis 10 ans, maintenant, de représenter systématiquement Jacob Zuma. En 2006, avant de devenir président rappelle LE TEMPS, Zuma avait été accusé de viol. Et au tribunal, quand le juge lui avait demandé pourquoi il ne s’était pas servi de préservatif sachant que la jeune fille était séropositive, il avait simplement répondu : «J’ai pris une douche». De son côté, l'éditorialiste du DAILY MAVERICK le répète, ce matin : enfin, enfin, notre long cauchemar est terminé. Hier soir, après ce qui ressemblait plus à une longue tirade qu'à un discours, les bouchons de champagne ont sauté dans tout le pays. Partout des soupirs de soulagement ont été entendus. Bien sûr, tant de choses ont été cassées que nombreux sont ceux qui se réveilleront encore lugubres, ce matin, en examinant l'état dans lequel Jacob Zuma laisse notre pays : la pauvreté, le chômage et les terribles inégalités raciales. Tous ceux-là vous diront, probablement, que les Sud-Africains n'ont rien à célébrer ce matin, que les problèmes ne feront qu'empirer, que la corruption gangrène toujours le parti au pouvoir (ANC). Mais ils ont tort. L'Afrique du Sud doit au contraire se réjouir, dit-il, car notre société certes divisée et inégale a réussi à renverser cet homme maléfique qui, des années durant, aura essayé de nous monter les uns contre les autres. Ce matin, ce n'est pas seulement une victoire pour l'ANC, mais pour chaque citoyen sud-africain. Les gens de ce pays ont été poussés à bout, jusqu'à la limite, mais ils ont survécu. A présent, tout sera différent. Il y a certes des problèmes à résoudre, mais désormais il y aura une volonté de les résoudre et non plus de les aggraver. Reste qu'à un peu plus d'un an des élections générales, prévient aussitôt le site LEDJELY, la tâche du futur président, Cyril Ramaphosa, s'annonce rude. L'ancien homme d'affaires, devenu millionnaire, a promis de relancer l'économie du pays et d'éradiquer la corruption. Mais qu’il ne se fasse aucune illusion. Il ne bénéficiera pas de la moindre période de grâce. Après ce que le pays vient de vivre, il n’a pas droit à l’erreur. Il devra agir vite et bien. Et s'il ne le fait pas il devra s’attendre, lui aussi, à sortir par la petite porte réservée à tous ceux des dirigeants qui ne font pas l’effort de mériter la confiance et l’espoir placés en eux par leurs peuples respectifs. Voilà donc Cyril Ramaphosa averti ! Enfin, s'agissant de ces dirigeants poussés vers la sortie, sous les lazzis et les quolibets, l'éditorialiste du PAYS note pour sa part que le président sud-africain a suivi, en cela, les traces de son homologue zimbabwéen Robert Mugabe.

Le Zimbabwe, justement, à la Une également de la presse ce matin après la mort hier, des suites d'un cancer, du chef de l'opposition.Tsvangirai : ce vrai héros, titre ce matin THE ZIMBABWEAN. Ennemi de longue date de l'autocratique Robert Mugabe, rappelle pour sa part THE NEW YORK TIMES, il avait dirigé pendant près de 20 ans le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Un engagement qu'il avait, d'ailleurs, payé de sa personne. Détenu à plusieurs reprises, il avait lui-même été victime de la brutalité des forces de sécurité. C'était en 2007. «Oui, ils ont brutalisé ma chair», avait-il déclaré dans un message depuis son lit d'hôpital. «Mais ils ne briseront jamais mon esprit. Jusqu' à ce que le Zimbabwe soit libre». L'année suivante, son rêve d'accéder au pouvoir avait, enfin, failli devenir réalité. Il était arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle avant de décider, finalement, de se retirer du second tour à la suite d'une campagne de violences, là encore, orchestrée par le pouvoir contre ses partisans. A l'issue de ce scrutin, Tsvangirai avait tout de même été nommé Premier ministre d'un gouvernement de, soit disant, coalition. Un pacte qui avait, de facto, considérablement réduit sa capacité à s'opposer au président. Et nombreux sont ceux, à l'époque, qui lui avaient reproché d'avoir été ainsi coopté par son ennemi juré. Et puis cette année, Tsvangirai devait être, à nouveau, le candidat officiel du MDC pour la présidentielle face au successeur de  Mugabe. Du moins jusqu'à la semaine dernière, où il avait fini par céder sa place à la tête du parti, laissant déjà présager que son état de santé s'était détérioré. Toujours est-il qu'il laisse, à présent, un parti orphelin et affaibli par ses querelles internes. 

Enfin autre titre à la Une de la presse ce matin, l'une des pires fusillades aux Etats-Unis depuis 25 ans.Hier un jeune homme, armé d'un fusil semi-automatique, a fait 17 morts dans un lycée de Floride. Le suspect, 19 ans, identifié comme un ancien élève renvoyé de l'établissement pour des raisons disciplinaires, a été arrêté. Et ce matin, dans la presse, nombreux sont donc les témoignages racontant la panique qui a saisi les élèves retranchés dans leurs classes ou tentant de s'échapper. «C'était la fin de la journée et l'alarme incendie s'est déclenchée. Nous avons commencé à évacuer. Et après avoir fait quelques pas hors de la classe on était à terre, cachés dans un placard», raconte une enseignante sur CNN. «Ce qui s'est passé, c'est que l'alarme à incendie a sonné et nous avons tous pensé que c'était un exercice parce qu'on avait déjà eu une fausse alerte incendie alors on ne l'a pas pris au sérieux, et tout à coup on a entendu des coups de feu», confie, lui, un élève sur une chaîne locale WSVN 7 NEWS. Quoi qu'il en soit, ce drame est donc le dernier d'une longue série de fusillades, ayant ensanglanté l'Amérique ces dernières années, particulièrement récurrentes dans les écoles américaines : il y en a déjà eu 18 depuis le début de l'année. D'où cet édito à lire dans les colonnes du CHICAGO TRIBUNE : cela s'est déjà produit par le passé, cela s'est produit hier et cela se reproduira, demain. Pourquoi ? Parce que rien. Parce qu'on ne fait rien. Surtout ne parlez pas des armes. Ne politisez pas les morts. Trop tôt, nous dit-on. Juste des pensées, des prières et ... un tweet du président. Rien de plus. Rien, rien, rien. Rien ne doit s'arrêter.

Par Thomas CLUZEL

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